Exposition

Letizia Battaglia, photographies
[Palerme, intervenante dans la 2ème table ronde des Rencontres]
Du 26 novembre au 7 décembre à l’Institut Culturel Italien - Marseille

Letizia Battaglia a elle-même choisi les vingt clichés qui composent l’exposition. Connue en France grâce à 2 ouvrages consacrés à son travail “Chroniques siciliennes” et “Letizia Battaglia, passion, justice, liberté”, c’est la première fois qu’elle expose à Marseille

Vernissage vendredi 23 novembre à 17 h 30, en présence de Letizia Battaglia, suivi de la projection de «Prove di stato» film documentaire de Leonardo di Costanzo, en présence du réalisateur.
Visite de l’exposition du lundi au vendredi
de 9 h à 12 h 30 et de 14 h à 17 h 30, entrée libre

Femme photographe combattante

Lauréate du prestigieux W. Eugene Smith Award, infatigable militante anti-mafia, Letizia Battaglia marquera doublement les Rencontres 2001 de sa présence : elle interviendra au cours des débats et présentera une exposition à l’Institut Culturel Italien

Energie. C’est le mot qui vient immédiatement à l’esprit quand on évoque Letizia Battaglia, en tant que femme, artiste et citoyenne. Palermitaine jusqu’au bout des ongles. Tour à tour ou en même temps photographe, éditrice, mère de trois enfants, conseillère municipale, militante écologiste, féministe, amoureuse... Aucune dispersion vagabonde dans ces activités, aucun retournement de veste dans ses engagements. Au contraire ! La vie et l’oeuvre de Letizia Battaglia suivent une trajectoire qui n’a jamais déviée, centrée toute entière sur la Sicile, tendue tout entière vers la liberté. Une liberté chevillée au corps depuis l’enfance, et qui l’a poussée dans bien des combats : pour les femmes de son pays, opprimées par un machisme archaïque, pour les malades mentaux, condamnés au confinement, contre la peine de mort partout dans le monde, et surtout, surtout, contre la Mafia.
Depuis les années 70, elle traque de son objectif les méfaits sanglants de la Pieuvre, exposant à la face du monde sa cruauté et son abomination. Elle ne craint pas de montrer meurtres et cadavres dans des photos violentes qui agissent sur nous comme des révulsifs, loin de la fascination douteuse, du folklore frelaté distillés par le cinéma. Et elle montre aussi le corollaire obligé de ces crimes : les femmes qui pleurent et qui maudissent.
Personne mieux que Letizia Battaglia n’a saisi, comme ça, en un cliché, la férocité qui fait soudain irruption dans le tranquille quotidien. Les chaises sont encore sur le pas de la porte, les draps sèchent encore aux fenêtres et pourtant le cadavre est là, disloqué, dans sa mare de sang ...
Si ses photos sur la Mafia ont fait le tour du monde, “la” Battaglia s’est aussi beaucoup attachée à restituer l’âme profonde de la Sicile, acccordant, de l’enfance à la vieillesse, une place particulière à la femme. Ce qui frappe dans ses clichés, c’est tantôt la fierté des regards et la sensualité des corps, tantôt le pathétique des gestes. Ici, ce n’est plus la combattante qui photographie, mais la femme pétrie d’humanité, l’amoureuse du genre humain. Cela s’appelle l’empathie...
Joie et combat, Letizia Battaglia porte bien son nom.

J.B
L'autre Rive - Hors Série - Novembre 2001