Projections et Rencontres

«Nehza la bonne»
Film documentaire d’Anne Villacèque [Maroc-France, 2001, V.O. sous-titrée]

Deux ou trois choses qu’Anne sait d’elle

Réalisé par Anne Villacèque, ce documentaire fait le portrait d’une femme qui a été bonne toute sa vie à Marrakech.

Anne Villacèque est née en 1963 à Toulouse. Après avoir “intégré” Normale sup’, elle fait un DEA de philosophie politique, puis entre à la Fémis, section réalisation.
Elle réalise un premier court métrage de fiction, Nos vacances, en 1993, dans le cadre de ses études. Suivent deux documentaires -Trois histoires d’amour de Vanessa et Les infortunes de la vertu- avant son premier long métrage de fiction, Petite Chérie, présenté en 1999 à la Quinzaine et sélectionné ensuite dans de nombreux festivals internationaux .
Elle revient au documentaire avec Nheza la bonne dont elle dit qu’il a été pour elle “le plus difficile à mener jusqu’à son terme.”
La rencontre est venue comme ça, par hasard... Anne Villacèque voulait parler du Maroc, le pays de sa mère, née dans une famille juive de Tanger... Elle est partie là-bas, en vacances, à Marrakech, chez des amis coopérants, et c’est là qu’elle a fait connaissance de Nezha, la bonne, qu’elle a suivi avec sa caméra.
Succession de cinq tableaux -et de cinq jours de travail- ce portrait sensible met en lumière un rapport de classes si banal qu’on est surpris d’en voir, révélée par la caméra, toute la cruauté.
Nezha n’est ni une esclave moderne, ni une victime : elle est payée correctement et traitée “amicalement”. Alors, quand son patron, genre sympa, vient “tailler une bavette” avec elle dans la cuisine, entre golf et tennis, et qu’il lui dit que, quand même, elle devrait songer à faire des économies, ou quand, devant des invités, il reprend ses fautes de français, Nezha ne répond pas. Ou alors elle rit....
“Placée” à six ans, mariée à 16 ans avec un homme ayant le triple de son âge, abandonnée quelques années plus tard avec quatre enfants, Nezha a toujours été servante. Et aujourd’hui, à 46 ans, elle est toujours à laver, à époussetter, à faire les courses, à s’occuper des enfants, à cuisiner, à ranger, à servir à table, à frotter. Le soir venu, elle rentre chez elle auprès de sa soeur et sa fille cadette.
Nezha “rame” pour joindre les deux bouts. Sa fille ainée a émigré au Canada; son fils essaie de passer en Europe sans papiers. Mais elle sait qu’il y a pire. Alors, elle ne se plaint pas. Parfois, quand même, elle rêve : faire construire une maison, voir ses filles exercer un autre métier que le sien.
Mais que valent les rêves d’une obscure bonne marocaine face à un certain ordre du monde ?

Et aussi, «Trois amour de Vanessa...»

La projection de Nezha la bonne sera précédée d’un autre documentaire d’Anne Villacèque, Trois histoires d’amour de Vanessa. Ce film de 45 minutes, réalisé cinq ans auparavant, présente trois moments de l’éducation sentimentale de Vanessa, à 13 ans, 15 ans, 16 ans. De ses balbutiements amoureux de petite fille à ses premiers désirs de femme.

L'autre Rive - Hors Série - Novembre 2001

Jeudi 22, 20h30, Alhambra Cinémarseille
en présence de la réalisatrice.