Projections et Rencontres

«Slogans»
Film de Gjergj Xhumani [Albanie, 2001, V.O. sous-titrée]

Etre prof’ en Albanie....

Découvert à Cannes, ce film à l’humour caustique nous ramène aux plus beaux jours de la dictature d’Enver Hoxha. Slogans ou comment le totalitarisme détruit aussi l’intimité des êtres.

Fils d’écrivain, Gjergj Xhuvani est né à Tirana en 1963. Après avoir obtenu son diplôme à l’académie des Beaux-Arts en 1986, il travaille comme assistant-réalisateur, écrit des scénarios pour des films d’animation et des romans pour enfants.
En 1991, il débute dans la mise en scène avec un court métrage intitulé Noir et blanc. Son premier long métrage, Le dernier amour, obtient une mention spéciale au Festival de Bastia 1995. Son film suivant, Funeral business, un moyen métrage, est sélectionné au Festival de Venise et remporte le grand prix du Festival de Montpellier.
En 2001, Slogans est présenté à Cannes et en revient avec le prix de la Jeunesse
Venu d’Albanie, Slogans a créé la (bonne) surprise en mai dernier à la Quinzaine. Produit par la France (l’Albanie a d’autres chats à fouetter) ce film de Ghergj Xhuvani est tiré d’une histoire vraie.
Soit un petit village reculé à la fin des années 70, le moment où la dictature d’Enver Hoxha devient aussi féroce que délirante.
Les enseignants, par exemple, ont pour mission de faire écrire à leurs élèves des slogans politiques aux flancs des collines. Roulant pierre après pierre, les gamins exténués composent des phrases d’anthologie telles que “Gloire à l’esprit révolutionnaire” ou “L’impérialisme américain est un tigre de papier”, chaque lettre devant impérativement mesurer 1,50 m de haut et chaque slogan pas moins de 15 mètres.

Dans ce contexte voilà que débarque de Tirana, André, jeune enseignant. Lui et Diana, la jolie prof de français, ne tardent pas à tomber amoureux. Ils vont apprendre ce qu’il en coûte de sortir un tant soit peu du cadre. Le secrétaire du Parti, grand paranoïaque comme il se doit, veille au grain tandis que les “devoirs politiques” continuent à rythmer la vie du village.
L’histoire de Slogans aurait pu être traitée sur un mode éminemment tragique. Un peu comme Danis Tanovic, le réalisateur bosniaque de No man’s land, le caustique Xhuvani a préféré s’orienter du côté de la dérision, de l’absurde, de l’humour (noir). Grâce à quoi le film devient une fable politique ; pas vraiment une charge vengeresse, mais un joli coup de griffe.

L'autre Rive - Hors Série - Novembre 2001

Mercredi 21 novembre, 20h aux Variétés
en présence du producteur du film,
Pascal Judelewicz