Projections et Rencontres

«Une femme-taxi à Sidi Bel Abbès»
Film documentaire de Belkacem Hadjadj [2000]

La R4 de la liberté

Que se passe-t-il, en Algérie, quand au mépris des conventions, une jeune veuve devient chauffeur de taxi pour élever ses trois enfants ? Réponse dans ce documentaire de Belkacem Hadjadj.

Elle s’appelle Soumicha, ce qui, nous dit-on, veut dire “Petit Soleil”. Elle porte bien son nom, Soumicha. Un moral d’enfer et toujours le sourire ! Pourtant, elle est loin d’avoir une vie facile. Belkacem Hadjadj, le réalisateur de ce documentaire, ne s’étale pas sur le passé de son héroïne. On apprend seulement l’essentiel : le mari de Soumicha est mort, et elle, qui n’avait jamais travaillé jusqu’à son veuvage, a décidé de devenir taxi -la seule femme taxi de Sidi Bel Abbès- pour nourrir ses trois enfants.
Il faut avoir plus que du cran, un sacré courage, pour prendre cette décision : chauffeur de taxi, c’est considéré comme un travail d’homme, ça n’est pas le rôle d’une femme “bien”, surtout à Sidi Bel Abbès où l’intégrisme essaie par la violence d’imposer sa loi.
Au volant de sa R4 jaune, Soumicha affronte tous les jours la stupéfaction des passants et les préjugés tenaces. Et, visiblement, elle n’est pas mécontente d’avoir mis un coup de pied dans la fourmilière ! En tous cas, à travers ses réactions, et celles de ses clients, le film nous offre un formidable portrait des rapports hommes / femmes dans l’Algérie d’aujourd’hui.
Ainsi, après qu’elle ait “chargé” un couple, le passager lui signifie sèchement de n’adresser la parole qu’à sa femme ! Un autre client prétend au contraire que grâce à elle, son épouse pourra enfin se déplacer seule (jusque là, il ne l’autorisait pas à prendre un taxi parce qu’ils étaient tous conduits par des hommes...) Une femme, dont on entend la voix, refuse de se laisser filmer “à cause de ses frères”. Mais une autre, au contraire applaudit Soumicha des deux mains.
Elle, ne s’arrête pas à ces considérations. Sous le regard admiratif de sa copine Hafida, elle va son chemin, avec la caméra d’Hadjadj en guise de co-pilote.

Pourtant, le ton allègre, presque narquois du début, cède peu à peu la place à une sourde angoisse. C’est que Soumicha et Hafida décident d’aller rendre visite à des copines de l’usine de montage électronique de Telagh. Et là, depuis que les islamistes y ont mis le feu, en 1993, tout tourne au ralenti : les 600 employées risquent de se retrouver à la rue et n’ont pas le moral. La virée se poursuit... Nouvel arrêt à Zfizef où onze enseignantes ont été tuées en 1997. Les femmes pleurent et se serrent autour de Soumicha. Le petit soleil est devenu tout pâle ...

L'autre Rive - Hors Série - Novembre 2001

Lundi 19 novembre, 20h30, Institut de l’Image, Aix.
Débat animé par Thierry Fabre et la romancière Leïla Marouane
Mardi 20, 20h30, au Jean Renoir, Martigues.
Débat en présence de Leïla Maourane.