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Synthèse
Les liens dans le texte renvoient à des extraits sonores (format real audio)
Libres, modernes, religieuses
Cest aux flancs dune entité féminine, la déesse-mère Gaïa, que le poète Grec Hésiode (au VIIIème siècle avant JC) attribuait lorigine de toute chose, y compris celle des autres dieux. Et pourtant, dans les théogonies qui suivirent, la déesse-mère a été cavalièrement dépossédée de cette prestigieuse maternité au profit des dieux masculins qui, si lon y pense, ont été pour bien peu dans la création du monde. Lanalyse de cette dépossession originelle pourrait-elle expliquer les rapports de force qui jouent bien souvent en défaveur des femmes méditerranéennes ? Sans remonter aussi loin dans lun ou lautre des trois monothéismes nés sur le pourtour méditerranéen (ni dans linconscient des êtres qui le peuplent), les débats de la première table ronde ont en tout cas fait une large place à la responsabilité du religieux dans loppression de la femme méditerranéenne. Fethi Benslama a ainsi stigmatisé lassujettissement des hommes aux textes sacrés (notamment au Coran) et à linterprétation quils en font : les femmes en subissent forcément les conséquences, dans la mesure où cette interprétation détermine bien souvent le fondement de textes civils ou juridiques qui régissent la vie des citoyens. Et cette interprétation étant la plupart du temps exclusivement masculine, cest logiquement en défaveur des femmes quelle sapplique.
Thierry Fabre évoquait à ce sujet un article du code de la famille algérien (voir liens à la fin de la synthèse) stipulant la soumission de la femme à son mari. Nouzha Skalli a de son côté rappelé que, au Maroc, les lois qui régissent le statut de la famille et le code du statut personnel (voir liens à la fin de la synthèse) nont jamais été débattues à lAssemblée : elles établissent que lhomme entretient la femme et que cette dernière lui est soumise et redevable, assertion dautant plus absurde quelle ne correspond pas à la réalité socio-économique (au Maroc, 20% des familles vivent par exemple grâce au travail des femmes qui les composent). La mise en uvre de ce cadre juridique nest pas systématique dans le contexte marital
tant quil ny a pas de crise dans le couple. Dans le cas contraire, il y a de fortes chances pour que la loi tranche en défaveur de lépouse. Exemple : une marocaine na, pour le moment, aucun recours si son mari prend une autre femme puisque la polygamie est autorisée " et concerne 1% des marocains ", soulignait Nouzha Skalli. On comprend facilement lurgence à modifier, à faire évoluer ces textes. Mais comment faire pour changer un texte qui émane de livres sacrés ? " Ce ne sera pas possible sans le déconstruire ", avertit Fethi Benslama.
La modernité nest pas lexclusivité de lOccident laïque
En dehors de la vie quotidienne, cette coercition a des conséquences sur la représentativité de la femme dans la société civile et sur sa participation à la vie politique du pays : au Maroc, citait Nouzha Skalli, il ny a que 0,3% délues municipales et le Parlement ne compte que 0,5% de femmes (soit trois femme sur 600 parlementaires). Il faut bien sûr se défier dattribuer aux pays arabes ou musulmans lexclusivité de cet état desprit. Même sil en a été moins question au cours du débat, les problème de la mixité, de légalité des sexes et de la liberté de la femme existent aussi (parfois sous des formes différentes) en Italie, en Sicile, en Grèce, dans les Républiques de lex-Yougoslavie, en Espagne... Et bien entendu en France où, comme la souligné Irène Théry, le Code Napoléon (voir liens à la fin de la synthèse), avant les diverses réformes dont il a été lobjet (notamment dans les années 70), nétait pas si éloigné que cela du code du statut personnel algérien pour ce qui est de lassujettissement de la femme à son mari.
Il faut aussi se garder de penser que labolition du religieux et linstauration de la laïcité a valeur de solution universelle, seule capable de garantir aux femmes liberté et équité. " Les extrêmes auxquels les femmes sont confrontées dans nombre de pays musulmans sont la conséquence dune radicalisation de la tradition religieuse, mais pas dune continuité de cette tradition ", estimait Nilüfer Gole. Porter le foulard nest donc pas forcément un signe de privation de liberté, ni dextrémisme, et vivre libre nest pas indissociable de vivre croyant. Une analyse partagée par lensemble des intervenants
même si le cas précis du port du foulard na pas créé de consensus, Fethi Benslama estimant par exemple que le voile fait essentiellement partie dun système dont le but est lexclusion de la femme.
Au-delà du foulard, décidément porteur dune lourde charge symbolique sur toutes les rives de la Méditerranée, cest aussi ladhésion au modèle occidental, absolument laïque sinon irréligieux, qui a été mis sur la sellette. " Il ne faut pas faire dévolutionnisme : loccidental nest pas la forme la plus évoluée de lHumanité ! ", prévenait Irène Théry. Il est donc temps den finir avec une notion de temporalité et despace qui établit arbitrairement le retard de certains pays sur dautres : ce nest pas parce quil est religieux et éloigné de Paris ou de New York quun pays et les femmes qui le composent sont arriérés. " Il faut accepter que lidée de la modernité nest pas lexclusivité de lOccident laïque ", expliquait Nilüfer Gole. Façon de rappeler que la liberté existe dans lacceptation de la différence, autant que dans son affirmation.
Ressources internet
Sur le code de la famille algérien :
www.geocities.com/famalgeriennes/abrogation.html
home.worldcom.ch/~babdenou/famille.html
Code du statut personnel (Maroc) :
www.techno.net.ma/femmes/f-default.htm
www.techno.net.ma/femmes/statut.htm
www.hrw.org/french/press/2001/moroco0319-fr.htm
Femmes en France ; Code Napoléon :
www.france.diplomatie.fr/label_france/FRANCE/DOSSIER/femmes/10chrono.html
www.france.diplomatie.fr/label_france/FRANCE/DOSSIER/femmes/04vie_privee.html
www.hi.is/stofn/tungumala/Forum/articlesenfrancais/lecode.htm
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