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Synthèse
Les liens dans le texte renvoient à des extraits sonores (format real audio)
« Si la loi ne
change pas, la violence ne changera pas ! »
Sil existe pour la violence de multiples façons de
sabattre sur les femmes, elle survient seulement en deux types
despace : lespace public ou lespace privé.
Mais peut-on pour autant établir
un lien entre violence publique et violence privée ?
Pour Véronique Nahoum Grappe, il semble que oui, dans la
mesure où « la famille exprime
dans le privé une tendance, une ambiance publique
».
Or,
si on accepte lidée que ce qui réglemente la
violence dans lespace public, cest la loi, on peut aussi
admettre le rôle joué par la législation dans
les violences privées. Lidée apparaît
évidente lorsquon lexpose à la lumière
des discussions de la table ronde précédente Femmes
et liberté (où la notion de texte
sacré ou civil avait prévalu) : un tribunal ne punira
pas un homme qui a violenté sa femme (ou une femme) si la
loi nie lexistence de la femme en tant que sujet social;
une loi juste sera inefficace sil
nest pas possible de la mettre en uvre jusquà
lapplication de la sentence. Les exemples sont malheureusement
nombreux, autant dans les pays où la loi est conçue
au désavantage de la femme que dans ceux où divers
mécanismes (lomerta, les intérêts financiers,
la tradition machiste, la mauvaise volonté
) empêchent
la loi juste dêtre appliquée.
Annihiler la violence dont les femmes sont victimes ne se fera donc
pas sans que la loi soit modifiée ou sans que son application
soit garantie. « Si la loi ne change pas,
la violence ne changera pas ! », avertissait Letizia Battaglia.
Pour cela, lensemble des participantes sest accordé
sur un point : la femme doit conquérir lespace public.
Selon Chérifa Hadjij, cest dabord en témoignant
de leurs souffrances que les femmes amorceront cette conquête
: « Parler de la violence, reconnaître quelle
existe, est un acte social. Mais il encore est difficile à
réaliser parce quil revient à briser un tabou.
Il faudrait que cet acte soit relayé et encouragé
par les pouvoirs publics ». On pourrait dire que cest
le cas en Algérie
mais de façon indirecte (involontaire
?). « La seule institution qui a transformé la société
en Algérie et favorisé la mixité, cest
lEducation, a souligné Chérifa Hadjij. Aujourdhui,
la norme pour une femme, cest dêtre diplômée.
Et cela est en train de changer sa place dans lespace public,
par exemple en augmentant le nombre de femmes magistrats ».
Au passage, Chérifa Hadjij a décrit
le caractère « socio-culturel » de la Mosquée
dans la mesure où elle est souvent est un lieu dalphabétisation
pour les femmes algériennes (dont 40% sont cependant analphabètes)
et remplit un rôle pré-scolaire précieux dans
un pays où les
structures éducatives manquent à la petite enfance.
Cette précision rappelle fort à propos que la Mosquée
nest pas le stéréotype extrémiste souvent
mis en avant dans les médias.
Un engagement politique nécessaire
Finalement, à linstar de Dalal El Bizri, on comprend
que changer la loi, sapproprier
lespace public, ne se fera pas sans engagement politique
: « La liberté repose sur lalternance du pouvoir,
la participation à la vie publique et aux élections,
sur la possibilité de sexprimer, de réfléchir,
de choisir ses gouvernants ». Pour Letizia Battaglia, qui
sest présentée aux élections municipales
en Sicile (sans trop despoir, de son propre aveu), cet engagement
pose un problème financier : « Les femmes ne sont pas
élues parce quelles ne sont pas riches ! ». Une
opinion qui se justifie en Sicile où, expliquait Letizia
Battaglia, largent semble détenir
un pouvoir électoral bien plus efficace que le bulletin de
vote.
La photographe sicilienne a saisi loccasion pour examiner
le rapport entre richesse et émancipation : « Si la
femme travaille et gagne de largent, elle est respectée
par la société. En ce qui me concerne, jai gagné
ma liberté quand jai commencé à gagner
ma vie ». Peut-on pour autant établir
que la violence diminue quand la femme travaille ? Ce nétait
pas lavis de Dalal El Bizri pour qui « la liberté
par le travail nest pas un modèle qui fonctionne dans
le monde arabe où on observe que lacquisition de lindépendance
économique nest pas forcément synonyme dacquisition
du
statut de sujet social ». Cest ailleurs que Dalal El
Bizri décèle un facteur encourageant démancipation
: « On enregistre dans le monde Arabe un accroissement du
nombre de divorces et un accroissement du nombre de femmes qui refusent
le mariage. Peut-être les femmes commencent-elles à
refuser le modèle dun mariage quelles contestent
parce quelles le considèrent néfaste pour la
perpétuation de leur désir sexuel ". Une analyse
qui, à linverse, ne sapplique peut-être
pas au monde occidental où le désir sexuel existe,
sans prohibition, en dehors du mariage.
Violence, mort et sujet social
Les participantes ont fait preuve dune grande lucidité
en tentant dexaminer la responsabilité
des femmes dans le cycle de transmission de la violence. «
Doù vient cette obsession de lhonneur qui semble
spécifique au Sud ? En lentretenant, les femmes ne
sont-elles pas partie prenante dans la tragédie, dans la
domination dont elles sont victimes ? », sinterrogeait
Véronique Nahoum Grappe. Une problématique reprise
au vol par Dalal El Bizri qui sétonnait par exemple
du succès dOussama Ben Laden
en tant quobjet de désir sexuel auprès de nombre
de jeunes filles. « Les femmes subissent la violence,
mais en même temps, elles éprouvent une attirance pour
la violence des hommes. La femme est-elle érotiquement attirée
par le semeur de mort ? ». Emmanuel Laurentin, qui animait
le débat, a évoqué laspect culturel dune
transmission à la femme du culte viril de la mort au combat.
On pensait bien entendu à la Sicile autant quà
la Corse où le poids de lhonneur et de la famille a
généré dinnombrables drames humains,
dont Letizia Battaglia a évoqué
certains exemples. Pourtant, « nous avons renoncé
à sublimer la mort. Et si les femmes siciliennes se sont
longtemps tues par peur dêtre tuées, ce nest
plus le cas aujourdhui ». Le modèle de fascination
morbide ne fonctionne pas plus en Corse, comme en a
témoigné avec émotion, dans le public, une
membre du Manifeste pour la vie lancé
par les femmes de Corse en 1995 : « Les seuls héros
combattants morts en Corse, ce sont les résistants de la
deuxième guerre mondiale. Les autres sont sous des cagoules
: ce ne sont pas des héros ». Reste que, pour Chérifa
Hadji, la violence nest pas totalement
absente du comportement féminin. Elle connaît simplement
dautres motivations, plus vitales : « Cest peut-être
pour exister, pour émerger en tant que sujet social que la
femme doit produire de la violence et de la contre-violence ».
Le Manifeste pour la vie :
www.webdph.net/f205242.htm
Femmes immigrées et violences conjugale est le titre du mémoire écrit par Lori Mihalich. Il est téléchargeable sur le site de SOS Femmes :
www.sosfemmes.com/violences/violences_femmes_immigrees.htm
Sélection de sites consacrés aux violences familiales : violence au sein des couples hétérosexuels et lesbiens, enfants et violences familiales
www.chu-rouen.fr/ssf/anthrop/violencefamiliale.html
Signalé par le public au cours de la table ronde, L'enquête nationale sur les violences envers les femmes en France (Enveff). Extrait :
Les premiers résultats de l'enquête Enveff montrent que c'est dans leur vie de couple que les femmes adultes subissent le plus de violences psychologiques, physiques et sexuelles. Les coups et les autres brutalités physiques sont majoritairement le fait des conjoints.
www.gip-recherche-justice.fr/dossiers/violencesfemmes.htm
Des statistiques datant de 1997 et concernant 21 pays de la planète (USA, Japon, France, Argentine
). Extrait :
74% des femmes boliviennes vivent une relation de violence (
) 34% des adolescentes ont été violées, le viol intervenant le plus souvent à l'intérieur même du foyer :
www.geocities.com/sosvx_online/femmes_et_violence_dans_le_monde.html
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