Samedi 24 novembre à 14 h 30
Troisième table ronde

Femmes et Création


animée par Julie Clarini (France Culture) avec :

Longtemps considérées avant tout comme mères, et même dans l'Antiquité comme "déesses mères", les femmes étaient tenues à l'écart de la création artistique. Le seul rôle social qui leur était dévolu et reconnu était celui de la… procréation !
Il n'en va heureusement pas tout à fait ainsi aujourd'hui dans les sociétés méditerranéennes, même si bien des réticences demeurent. Les femmes s'affirment sur la scène artistique, cinéastes, vidéastes ou écrivaines, musiciennes, plasticiennes ou comédiennes… elles jouent un rôle ascendant dans la création contemporaine.
Peut-on parler d'une véritable mutation, d'un mouvement qui semble irréversible ? Existe-t-il une sensibilité particulière des femmes dans le champ de la création contemporaine ? A quels problèmes spécifiques sont-elles confrontées ? Sont-elles porteuses de visions ou de tendances nouvelles ? Peut-on faire un premier bilan de la création au féminin dans le monde méditerrané-en ? Cela a-t-il même un sens ? Ou est-il préférable de ne pas distinguer création au féminin et au masculin ?

Synthèse

Les liens dans le texte renvoient à des extraits sonores (format real audio)


Conquérir l’espace public par la création

Introduction par Julie Clarini
L’histoire de l’art prouve que la création artistique est un moyen de résister, de dénoncer, de lutter pour la liberté et contre la violence, notamment durant les périodes de guerre et de crise. On ne s’étonnera donc pas que le schéma caricatural qui attribue la création à l’homme et la procréation à la femme soit encore bien vivant : dénier aux femmes la pratique d’activités créatrices revient en effet à maintenir le statu-quo où la limitation des libertés s’équilibre avec l’exercice de la violence à leur encontre. Suggérée par Julie Clarini (qui animait cette dernière table ronde), l’idée que la création artistique est un moyen pour les femmes de conquérir l’espace public était donc partagée par l’ensemble des intervenantes, dont la présence aux Rencontres était déjà une façon de tordre le cou à la caricature.
" La création est un acte de liberté fondamental ", revendiquait Fawzia Zouari avant d’ajouter que " le monde arabe craint la femme, la création, la fiction " et d’évoquer la " naissance de l’individu dans le monde arabe par la création féminine ". Un travail subversif qui, pour l’écrivain et journaliste tunisienne, passe notamment par une re-formulation des imaginaires établis par les auteurs masculins, comme, par exemple " tuer Shéhérazade ", ou par la découverte " d’autres mythes ". Lina Saneh reconnaissait à la création artistique le pouvoir de la subversion et de la transgression, mais nuançait ce propos en le replaçant dans le contexte de la société libanaise. " Je ne travaille pas dans un souci de lutte féminine. Ce n’est pas parce que je suis une femme que j’ai quelque chose à prouver. J’ai quelque chose à prouver en tant qu’individu ". Cette remarque suggérait une distinction plus générale entre création artistique féminine en tant que fin ou en tant que moyen. Et c’est plutôt la création féminine en tant que moyen que la metteur en scène libanaise revendiquait : " Le théâtre est un lieu d’où on voit émerger l’individu, pas uniquement la femme ".


Créer pour tous

Comme le remarquait Agnès Merlet, ce débat dans le débat posait la question de la place de la création féminine dans les revendications féministes. " Il n’y a pas forcément d’opposition entre homme et femme ", rappelait la cinéaste française avant de souligner que " le féminisme peut aussi être un carcan ". On serait tenté de re-formuler cette affirmation par une question : circonscrire la création féminine à des objectifs féministes ne risque-t-il pas de retourner cette coercition contre les artistes ? " Le mot grec ‘’créer’’ signifie ‘’faire de l’œuvre pour le peuple, pour tous ", tranchait Nena Venetsanou.

Le problème de l’équité et de la mixité se pose par contre dans le cadre de l’accès à la formation de l’artiste, des moyens mis à sa disposition pour exercer son art et surtout, dans le cadre de la diffusion de ses créations. Les structures de blocage ressemblent probablement aux mécanismes évoqués au cours des deux tables rondes précédentes : absence de moyens financiers, de soutien public, de recours juridiques. On citera pour mémoire une étude réalisée par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité français : ‘’ S’il y a plus de filles que de garçons dans les écoles de Beaux-Arts aujourd’hui en France, les grandes expositions internationales ne rassemblent guère plus de 10% de femmes’’.

Nicolas Weinberg

Autres extraits sonores :

Sur la question : l'art peut-il émanciper le peuple ? Lina Saneh
La place de l'artiste dans la société ? Nena Venetsanou
L'artiste venant du monde arabo-musulman doit-il être nécessairement engagé ?
Fawzia Zouari
A propos du regard des occidentaux sur les créations orientales Lina Saneh
L'occident un modèle pour l'autre rive ? Fawzia Zouari

 

Ressources internet

‘’Composer au Féminin’’, un article de Catherine Buser publié et par l’Eveil Culturel. Nombreuses références de CD.
http://www.original.ch/eveilculturel/ec15/composer-f.html


Un article chronologique et documenté intitulé ‘’Les femmes et la musique ‘’
http://musicaetmemoria.ovh.org/femmes.htm


Page de présentation du Grefec (Groupe de recherche femmes et création) constitué en janvier 2000, par une équipe pluridisciplinaire de chercheurs. S’intéresse essentiellement à la création littéraire.
http://www.fabula.org/actualites/article1885.php


‘’Valoriser les femmes dans l’univers culturel’’
http://www.social.gouv.fr/femmes/actu/doss_pr/egalite/chap6.pdf


Issu d’un dossier général intitulé ‘’ L'égalité en marche‘’ réalisé en mars 2001, réalisé par le ministère de l’Emploi et de la Solidarité.
http://www.social.gouv.fr/femmes/actu/doss_pr/egalite/