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Mon grand-père a été un personnage important de mon enfance. C'est sans doute dans cette phrase qu'il faut chercher l'origine de Ceux qui sont restés, le beau documentaire de Florence Lloret.
Qui était ce grand-père? Un Républicain espagnol, réfugié en France au moment de la victoire franquiste, et qui, de toute sa vie de mineur à Carmaux, n'a jamais abandonné ses convictions politiques, ni renoncé au militantisme syndical, ni perdu sa croyance dans la belle révolution, tentée et avortée.
Quand cet homme meurt, sa fille éprouve le besoin de retourner dans son village d'origine, La Torre Del Español, à la frontière entre Aragon et Catalogne, pour y rencontrer des gens qui l'ont connu dans sa jeunesse, pendant cette guerre civile tant de fois évoquée. Sa petite-fille, Florence, déjà réalisatrice, décide d'accompagner cette démarche avec sa caméra. Cela durera trois étés...
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L'utopie et le réel
Au cours de ces séjours, deux choses vont faire du film ce qu'il est.
D'abord ce que Florence appelle la confrontation au réel. En discutant avec les uns et les autres de la période, elle se rend compte que les fameuses collectivisations des terres, n'ont pas été aussi simples, aussi idylliques que ce que lui en a dit son grand-père. Devant l'objectif, l'utopie cède la place à des réalités plus ambigües, plus complexes, moins enchanteresses,même si, précise la réalisatrice, ça ne remet pas en cause la beauté de l'idée.
Deuxième découverte, elle aussi en contradiction avec la mythologie familiale : Florence prend conscience que ceux qui sont restés, son grand-oncle par exemple, n'en sont pas pour autant des traitres. Pour les Républicains sincères qui ont supporté 40 ans de franquisme en serrant les dents (souvent après des peines d'emprisonnement plus ou moins longues) les choses ont sans doute été encore plus dures que pour les exilés, alors que ça n'avait jamais été parlé en ces termes
Le film en rend bien compte : le tribut à payer pour que la normalité reprenne son cours a été terrible. Car comment faire abstraction - si ce n'est en s'amputant de la partie la plus
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authentique de soi même - du fait que l'ennemi n'a pas été un étranger sans visage, mais le voisin d'en face, le cousin germain, le copain de classe ? Cette relation, à la fois impossible et nécessaire à renouer, a trouvé sa solution dans le silence. Une génération entière s'est tue, et se tait encore, pour ne pas parler de ce qui fâche.
Droit dans le mur du silence
Ce silence est le véritable sujet du film. Il est le stigmate d'une blessure encore à vif, bien que plus de 60 ans se soient écoulés. Je suis allée droit dans ce mur de silence. Sans l'avoir véritablement décidé d'ailleurs explique la réalisatrice. Dans des entretiens en français, j'aurais sans doute été moins directe, mais comme je ne maitrise pas toutes les nuances de l'espagnol, je n'ai pas pu tourner autour du pot. Finalement, ça a aidé !.
Devant ses questions, on voit effectivement le mur du silence se fissurer... mais pas se briser. Voilà pourquoi Florence Lloret n'en a pas fini avec cette histoire ! Elle voudrait maintenant faire un film sur la génération suivante, celle qui a grandi dans le non-dit et qui a besoin de comprendre.
Jeanne Baumberger
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