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Mercredi 6 novembre
à 20h30
Le lieu Le Lido, Manosque
Le film Intervention divine
(E. Suleiman, 2002 - 1h35)
L'invité l'écrivain Elias Sanbar
En collaboration avec
Les Rencontres cinéma
de Manosque
Le Lido et la librairie Poivre d'âne
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Elia Suleiman nait en 1960 à Nazareth. C'est donc, officiellement, un arabe israélien. Un fait qui s'est déroulé 12 ans avant sa naissance marque profondément l'histoire familiale : en 1948, au moment où le jeune état hébreu occupe Nazareth, son père est arrêté, torturé et laissé pour mort. Ce père, aujourd'hui décédé, est un personnage récurrent de ses deux longs métrages.
A 20 ans, Suleiman ne voit d'autre issue que l'exil. De 1982 à 1993, il vit à New York, travaillant comme lecteur dans les universités et s'initiant parallèlement à la réalisation. Il signe ses premiers courts métrages : Introduction à la fin d'une dispute (1991) - critique de la représentation des Arabes dans le cinéma hollywoodien - et Hommage par assassinat (1992), évocation d'une nuit à New York pendant la guerre du Golfe.
Il s'installe à Jérusalem en 1994 quand la commission européenne le charge de créer le département cinéma et audiovisuel à l'université de Bir Zeit.
Deux ans plus tard, il réalise Chronique d'une disparition. Le film obtient le prix de la première oeuvre à Venise. En 2002, son deuxième long métrage, Intervention divine, est sélectionné à Cannes et en revient avec le prix du jury. Depuis, Elia Suleiman s'est à nouveau exilé. A Paris cette fois...
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Deux films, un dyptique
Dans Chronique d'une disparition et Intervention divine, on retrouve le même héros, la même structure, le même ton, le même jeu entre documentaire et fiction. Mais le contexte a changé...
En 1996, le tournage de Chronique d'une disparition se déroule normalement, y compris les scènes mettant en jeu la police israélienne.
C'est encore le moment où, après les accords d'Oslo, on peut croire au processus de paix. Mais si on regarde bien le film, on peut déjà lire de façon sous-jacente ce qui allait advenir dès octobre 2000 confiera le réalisateur en mai 2002 au journal Libération. Chronique d'une disparition, c'était le calme avant la tempête
La tempête ? C'est la reprise de l'Intifada... au moment du premier tour de manivelle d'Intervention divine !
Profondément perturbé par les événements, le tournage connait une interruption de trois semaines, et certaines séquences se révèlent impossibles à réaliser sur place. Deux scènes-clés, l'explosion d'un char israélien et l'épisode ninja, devront être tournées en France, la première chez les militaires de Mourmelon, la seconde... à l'Estaque !
J.B.
Sous la banalité des apparences, la ville de Nazareth dérive dans la folie. Le père d'E.S. voit son entreprise péricliter et se détruit lentement. E.S, lui, vit une histoire d'amour avec une palestinienne de Ramallah. A cause du contrôle militaire, les amants ne peuvent se retrouver que sur le parking du check-point.
E.S passe ainsi de son père malade à cette femme, essayant de maintenir la vie de l'un et l'amour de l'autre. Mais il est difficile d'échapper à la réalité de l'occupation. Sauf par le fantasme...
Elia Suleiman sera aussi à Marseille au cinéma Les Variété jeudi 24 octobre
L'armoire aux souvenirs d'Elias Sanbar
Historien, essayiste et voix majeure de la Palestine, Elias Sanbar sera à Manosque le 6 novembre. Avant cette rencontre autour de son dernier livre, le Bien des absents, il parle ici, avec émotion et simplicité, de son attachement à une terre qu'il n'a trop longtemps connue qu'à travers le récit de ses proches.
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Cupboard of memories, L'armoire aux souvenirs, illustre la couverture du dernier livre dElias Sanbar, le Bien des absents. Ce tableau d'Adam Henein est issu de la collection personnelle de lauteur. Tout comme les tiroirs que lon ouvre au fil des pages : lexode en famille, en 1948, avec tant dautres Palestiniens, la jeunesse à Beyrouth, les rencontres qui ont marqué le parcours de lauteur, et surtout les faux départs vers la Palestine puis le premier retour à Haïfa
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Après les nombreux essais déjà parus, Elias Sanbar nous offre là un récit plus intime, plus affectif : Cette forme décriture nest pas venue comme une alternative à ce que javais écrit auparavant. dit-il Je lai fait par désir personnel, tardivement. Il y a certainement quelque chose en moi qui sest débloqué : je me suis dit, à un moment donné, que je pouvais sortir de la forme de lessai, qui est plus utile, plus directement impliquée dans un combat didées ou de principes.
Si la violence est présente sans être jamais décrite, aucun sentiment de haine napparaît dans le Bien des absents. Elias Sanbar raconte ses amitiés, les souvenirs de déjeuners familiaux au milieu des vergers, rapporte avec humour et ironie son expérience au sein de la société américaine... Latmosphère qui se dégage de son récit ne fait en rien écho à ce que transmettent la majorité des médias du conflit israélo-palestinien : Aujourdhui, la violence fonctionne un peu comme un écran qui masque la vue. explique-t-il
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" Jaimais ma terre et je la haïssais. Comme si, oubliant que jétais moi-même parti, je lui reprochais de mavoir quitté. "
Elias Sanbar
Je ne veux pas dire que ce conflit ne soit pas cruel, ni dur, ni même violent. Il y a une forme de violence bien sûr.
Loccupation est en tous cas très violente, lexil forcé est une violence, le combat pour des idées est forcément violent, mais la haine peut en être absente. Je ne crois pas que la haine soit une composante généralisée, ni surtout permanente, de ce conflit. Dans la haine, il y a bien sûr de la violence, mais il y a une autre composante qui est le désir de vengeance. La haine sinscrit dans la continuité dans le temps : quelquun qui est haineux, cest quelquun qui attendra que son idée de vengeance puisse se concrétiser. Or je ne crois pas quil y ait de la haine du côté des Palestiniens.
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A LIRE
Jérusalem, le sacré et le politique (Actes Sud Sindbad, 2000)
Le Droit au retour (Actes Sud Sindbad, 2002)
Le Bien des absents (Actes Sud, 2002)
Le droit au retour
Né à Haïfa en 1947, un an avant la création de létat dIsraël, Elias Sanbar est aujourdhui historien et rédacteur en chef de la Revue dEtudes Palestiniennes. Il a récemment dirigé la publication dun recueil collectif intitulé Le droit au retour, concept, qui est, selon lauteur, le nud central, originel, du conflit israélo-palestinien
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Une paix est possible, affirme-t-il, mais la réconciliation ne sera pas au rendez-vous si la question du retour des Palestiniens nest pas résolue. Cette question recèle une composante morale fondamentale : à un moment donné, un état est né sur la disparition dun peuple. Ce point ne pourra être négocié si le crime commis à légard dun peuple il y a cinquante ans nest pas reconnu publiquement. On peut arriver à un compromis concrètement. Mais pour pouvoir ouvrir les négociations, il faut que la reconnaissance du principe de droit au retour soit faite de façon totale. ».
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articles extraits de L'autre Rive - Hors Série - Novembre 2002
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