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Avi de Tel Aviv
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Avi Mograbi est né en Israël en 1956. Après avoir fait l'école d'art Ramat Hasharon, il poursuit des études de philosophie à l'université de Tel Aviv.
Il réalise son premier documentaire en 1989, Déportation, qui obtient le prix du meilleur montage de l'Institut du film israélien. Il signe ensuite une série de documentaires, au ton percutant et frondeur, qui attirent sur lui l'intérêt de la critique internationale : La reconstruction (1994), Comment j'ai appris à dominer ma peur et à aimer Arik Sharon (1997), Bon anniversaire M. Mograbi (1999).
Août avant l'explosion a été présenté au dernier Festival de Cannes dans la sélection de l'ACID.
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Août avant l'explosion, le film d'Avi Mograbi, est encore inédit en France. Le résumer relève de la mission impossible. Du moins, peut-on en donner l'argument : il décrit un mois dans la vie d'un réalisateur et de sa femme. Pas n'importe quel mois : le mois d'août ! Lui est persuadé qu'août englobe et incarne tout ce qui est détestable en Israël (sauf la naissance de son fils). Pour elle, au contraire, ce mois d'été symbolise tout ce qui est agréable dans la vie (par exemple, la naissance de son fils).
Voilà donc notre réalisateur de par les rues pour son enquête... qui foire lamentablement !
Parallèlement, chez lui, sa femme est prise en otage par le producteur d'un film qu'il a laissé en rade. (Précisons que les trois personnages - le réalisateur, sa femme et le producteur - sont interprétés par Avi himself )
Le film en question a pour sujet le massacre de fidèles musulmans par Baruch Goldstein à Hébron en 1994 : nouvelle digression...
Puis, nous voilà repartis dans des séquences de rues à l'ambiance survoltée, et dans lesquelles le réalisateur est systématiquement pris à parti chaque fois qu'il veut filmer...
Aucune unité narrative ici ! Mais c'est précisément de cette fragmentation, de cet éclatement, que le film tire son impact. Utilisant tour à tour la farce, le réalisme, la métaphore et la ruse, Mograbi nous montre que la culture de la guerre a envahi les espaces les plus quotidiens de la société israélienne. Portrait d'un pays abimé dans la paranoïa, la rancoeur et la violence, Août avant l'explosion nous signifie que la paix est urgente pour le salut même d'Israël.
J.B.

Trop occupés à s'entretuer
pour penser à l'avenir
Avi Mograbi navait pas une vision, une conception de son film. J'avais juste cette idée de tourner 31 jours pendant le mois d'août sans planifier quoique ce soit, en espérant que les choses se révèleraient.
Le tournage démarre en août 99, mais ne donne rien. En août 2000, Avi le reprend avec, cette fois, un fil directeur : montrer la violence. Naturellement, dit-il, comme toujours, je ne l'ai pas trouvée là où je pensais qu'elle serait !
A chaque fois, poursuit-il, je me demande toujours si les scènes que j'ai tournées vont finir par faire un film. La question reste posée jusqu'à la phase ultime du montage. C'est là que le film prend son sens. Je monte d'abord le matériau documentaire que j'ai accumulé. Je pense ensuite aux scènes de fiction que je vais incorporer, à ce qu'elles vont être.
Pour Août avant l'explosion, ce processus gestatif a duré 18 mois. En principe, les rôles de la femme du réalisateur et du producteur devaient être tenus par des amis. Mais, dit-il, je reculais toujours l'échéance. Je n'arrivais pas à leur demander de tourner ces scènes. Puis j'ai joué ces rôles moi-même et j'ai compris que c'était ce qu'il fallait faire. Sans mesurer toutefois l'impact que ça aurait sur le film. Cela signifiait que je n'étais pas seulement observateur, mais aussi acteur de la violence de la rue.
Mon film est un compte-rendu de ce que j'ai vu et l'interpération que j'en donne. conclut le réalisateur Si on tient absolument à y trouver un message, ce serait quelque chose du style : Par les temps qui courent, c'est pas en Israël qu'on vit le mieux. Mais les gens n'ont pas besoin de mon film pour faire ce constat. J'ai juste envie de dire qu'il appartient aux deux peuples résidant en Palestine / Israël de trouver une manière de vivre ensemble. Mais en ce moment, ils sont apparemment beaucoup trop occupés à s'entretuer pour prendre le temps de penser à l'avenir.
Propos recueillis par
Jeanne Baumberger
Elia de Nazareth
En 1996, le premier film d'Elia Suleiman, Chronique d'une disparition, ne connait qu'une diffusion confidentielle. Pourtant, lors de sa présentation au Festival de Venise, la critique s'est montrée dithyrambique. A juste titre ! Le film contient les mêmes ingrédients qui, six ans plus tard à Cannes, pousseront David Lynch et ses acolytes à décerner le prix du jury à Intervention divine : un humour burlesque et pince-sans-rire, un récit-collage virtuose fait de petits riens de la vie quotidienne et basculant brusquement dans la folie, un personnage récurrent - E.S.- sorte de clown blanc joué par lui-même, un mélange documentaire / fiction particulièrement ambigu, et un rapport israéliens / palestiniens comme on ne l'a jamais vu...
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" On me demande souvent si j'ai été influencé par Tati ou Keaton. Je dois avouer que je n'ai vu aucun de leurs films. Mon humour n'a rien à voir avec le cinéma, mais avec moi-même et ma famille. Peut-être cela vient-il aussi de Nazareth qui est finalement un ghetto, et tout ghetto possède son humour. "
Elia Suleiman
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Suleiman balaie d'un revers de caméra le stéréotype qui consisterait à montrer tous les israéliens comme des affreux et tous les palestiniens unanimement prêts au martyre. Il préfère montrer ses compatriotes comme des gens ordinaires, passant un temps certain à prendre le frais et observer le voisinage.
Pour ce qui est des israéliens, il imagine de délirants morceaux de bravoure dont l'armée et la police sortent ridiculisées. Mais le manichéisme lui est étranger. Son but, dit-il, est de rendre les dialectiques apparentes .
On en concluera sans peine qu'Elia Suleiman déclenche la polémique dans les deux camps, les nationalistes palestiniens lui reprochant son manque de militantisme, les nationalistes israéliens ne supportant pas de voir leur armée et leur police traitées avec cette magistrale dérision. Elia Suleiman n'en a cure. Palestinien jusqu'à la moëlle, il ne veut pas pour autant se limiter au pas de sa porte .
CHRONIQUE d'une disparition
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Un réalisateur, E.S., (joué par Elia Suleiman) revient en Israël faire un film. Il observe la perte d'identité de la population arabe à travers un récit en deux parties : Nazareth, journal intime et Jérusalem, journal intime.
Dans la première, le réalisateur
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filme ses parents et amis en soulignant avec humour les paradoxes et les contradictions de leur vie quotidienne. Le ton de Jérusalem, journal intime est plus grave, mais l'humour reste présent.
Le film, inédit à Marseille, se clôt
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sur un plan qui a fait beaucoup parler : la fin des programmes de la télévision israélienne (image du drapeau avec l'étoile de David tandis que retentit l'hymne national)... devant un couple de Palestiniens - les parents d'Elia - ronflant sur leur divan.
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articles extraits de L'autre Rive - Hors Série - Novembre 2002
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