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Il est des images tellement signifiantes, qu'après avoir fait le tour de toutes les télés du monde, elles se gravent dans la mémoire collective pour n'en plus sortir. La mort de Carlo Giuliani est de cette nature. Chacun a, dans un coin de sa tête, le souvenir du véhicule de police passant et repassant sur son corps inerte, sous le regard incrédule et terrifié des manifestants anti-mondialisation. C'était à Gênes, en août 2001, pendant le sommet du G8.
De cet événement, Francesca Comencini a tiré un documentaire d'une force exceptionnelle.
Comme une trentaine de ses confrères transalpins, la réalisatrice était présente à Gênes, et mobilisée. Contre la mondialisation et contre Berlusconi, ce qui, de l'autre côté des Alpes, est une seule et même chose. L'engagement politique étant une longue et tenace tradition du cinéma italien, se trouvaient côte à côte des vieux de la vieille, comme Ettore Scola, et des représentants de la jeune génération dont, justement, Francesca Comencini (Bon sang ne saurait mentir diront les cinéphiles qui connaissent les films de son père)
On connait les faits : trois jours de manifestations gigantesques, auxquelles participent des gens de tous âges et de toutes conditions, venus de l'Europe entière, les exactions d'un groupuscule, les Black Blocks, qui servent de prétexte à une répression policière d'une incroyable violence, dont la mort de Carlo Giuliani constitue le point culminant. Tout ceci sous l'objectif des caméras du monde entier.
A la télévision italienne, ces images de Gênes sont montrées et remontrées, avec des commentaires rajoutés, et sur fond de musique rock, jusqu'à banalisation complète.
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Fille du célèbre cinéaste Luigi Comencini, Francesca Comencini est née à Rome en 1961. Après des études de philo , elle décide se se consacrer elle aussi au cinéma . Depuis 1984, date de son premier film Pianoforte , elle a alterné fictions ( La lumière du lac 1989, Les paroles de mon père 2001) et des documentaires (Elsa Morante 1995, Shakespeare à Palerme 1997). Carlo Giuliani ragazzo a été présenté hors compétition en sélection officielle au dernier Festival de Cannes.
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Via ses chaînes et ses journalistes, Sua Emittenza entame illico presto une campagne de dénigrement à l'égard du ragazzo décédé : il est présenté comme violent, instable et associé aux Black Blocks. Un vaurien tué par une balle perdue, telle est la version officielle....
Au nom du fils
Francesca Comencini se dit alors que les images filmées à Gênes par elle et ses collègues ne font pas le poids pour contrer le discours berlusconien. Il faut trouver autre chose.
Sa rencontre avec la mère de Carlo Giuliani, Haidi, va être déterminante. C'est autour de cette femme remarquable que le film s'ordonne et se bâtit. Car pour échapper à la folle douleur d'avoir vu tuer son fils unique, Haidi a trouvé un recours : tel un juge d'instruction, elle a reconstitué, minute par minute, les faits et gestes de Carlo en ce jour fatal, retrouvant les témoins, les photos ou les bouts de films où il apparait. Autant de pièces à conviction qui lui servent à marteler le droit, à demander justice.
Dans cette femme qui se dresse ainsi, seule, sans pleurer, pour rappeler la Loi, il y a quelque chose d'Antigone.
De même, on sent peu à peu le Fatum, le destin tragique, s'emparer de Carlo pour le mener à la mort. Depuis le moment où il se lève et hésite entre la plage et la manif', le ragazzo de 22 ans est sans arrêt placé devant des choix et, inexorablement, il opte pour celui qui le conduira à recevoir une balle tirée à bout portant par un carabinier de son âge.
Engagé, Carlo Giuliani ragazzo, l'est assurément. Sans oublier d'être avant tout un film, une tragédie. La chronique d'une mort annoncée.
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