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Jordi Savall et Hespèrion XXI
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Jordi Savall
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Pourquoi avoir choisi ce programme de chants judéo-espagnols. Sont-ils pour vous le symbole d'une Méditerranée partagée et non plus déchirée ? Ces chants datent du XVe et XVIe siècle. Ils n'ont jamais été retranscrits et n'ont été transmis qu'oralement. Ils ont longtemps été oubliés, cantonnés dans des sphères très locales. Je voulais mettre en lumière ces mélodies merveilleuses qui nous parlent d'une époque où les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans vivaient ensemble. Cette musique vient des racines de notre civilisation, d'une époque ou la musique était le langage du cur et de l'esprit. Il est important de conserver ce langage, d'en préserver la force. Comment ces chants ont-ils évolué à travers les siècles ? Cette musique a irradié tout le bassin méditerranéen. On la retrouve au Maroc, en Grèce, dans l'ex-Yougoslavie, en Turquie, en Algérie Les Juifs ont été influencés par les contextes de chaque pays. Selon les régions, on trouve des différences très intéressantes dans les mélodies. Et pourtant, les sources restent les mêmes. Ce programme est construit sur la rencontre de ces différentes traditions qui finalement fusionnent dans un chant permettant de garder la mémoire d'une époque merveilleuse. |
Et pourquoi sont-ils toujours aussi actuels ? Nous essayons d'interpréter ces musiques dans un double contexte, historique et actuel, avec toute la créativité des instruments de l'époque. Mais, ces chants n'ont jamais cessé d'être actuels, n'ont jamais cessé d'être chanté. Ce n'est pas seulement l'interprétation qui les rend aussi vivants et aussi touchants. Ils ont une puissance poétique intrinsèque. Ils ont été inventés par des individus qui étaient profondément inspirés par une culture et une tradition. De plus, comme elles ont été transmises oralement, seules les plus belles mélodies ont été conservées ; celles qui étaient tellement belles, qu'on ne pouvait plus les oublier. Pourtant cet art partagé ne suffit pas à contrebalancer le déchaînement de la violence Il en a toujours été ainsi. Et c'est pire aujourd'hui. La musique ne peut pas lutter contre le bruit des canons. Pour que l'on puisse avoir la possibilité de chanter, d'unir les curs à travers la musique, il faut d'abord le respect des autres. C'est la condition essentielle. Nous en sommes loin aujourd'hui. C'est une vraie tragédie de penser que l'on va résoudre les problèmes par la violence. Il faudrait prendre le temps de prier. Le chant est l'une des meilleures prières. Les plus belles prières sont celles qui sont chantées. Frédéric KAHN |
articles extraits de L'autre Rive - Hors Série - Novembre 2002