Jordi Savall et Hespèrion XXI
« Diaspora Sefardi »









Vendredi 15 & samedi 16 novembre à 20 h
Théâtre National de Marseille La Criée

Tarif unique
24 euros

Réservation au théâtre
du mardi au samedi
de 13 h à 19 h,
par téléphone
du mardi au samedi
de 10 h à 19 h

Réservation à l’Espaceculture
du lundi au samedi
de 10 h à 18 h 45

Présenté par
le Théâtre National
de Marseille La Criée
en collaboration
avec l’Espaceculture

Chant : Montserrat Figueras
Direction : Jordi Savall
Musiciens : Yair Dalal, Ken Zuckerman, Pedro Memelsdorff, Begona Olavide, Andrew Lawrence-King, Edin Karamazov, Arianna Savall, Xavier Diaz, Pedro Estevan

En 1492, les jsuifs furent expulsés d’Espagne par un décret royal des couronnes de Castille et d’Aragon. Les expulsés émigrèrent – non sans parfois de pénibles péripéties – vers l’Afrique du Nord, vers le puissant et ample empire Ottoman, ou vers certains pays d’Europe, tels le sud de la France, l’Italie ou le Portugal si proche…. C’est ainsi que s’est formé, grosso modo, le monde séfarade… Cet amalgame d’influences apparaît dans l’anthologie Diaspora Sefardi dans laquelle Hespèrion XXI recrée un éventail représentatif de chansons et de romances des séfarades d’Orient.
Dans le domaine musical, nous trouvons ici, unies, à de probables héritages de la musique médiévale hispanique, les influences évidentes de la musique culte qui s’est développée dès le XVIème siècle au sein de l’Empire Ottoman (et que les séfarades adoptèrent promptement, y compris dans leurs chants liturgiques) et aussi de la musique populaire des peuples des Balkans.
Avoir aujourd’hui le plaisir d’entendre ces chants judéo-espagnols – alors que le monde traditionnel séfarade ne vit plus que dans quelques précaires survivances – n’est pas seulement une invitation à jouir de leur musique et des histoires que nous racontent leurs textes, mais aussi une invitation à réfléchir sur le fait que les exilés ont su durant des siècles maintenir une tradition propre (juive et hispanique), qu’ils ont enrichie grâce au contact et la vie commune auprès de multiples cultures bien différentes.

Paloma Diaz-Mas (traduction Irène Bloc)



Jordi Savall
Les chants de la réconciliation

C'est en grande partie grâce au talent de Jordi Savall, et à son inlassable travail d'exhumation, que l'on a redécouvert les merveilles de la musique ancienne et baroque.
A la tête de son orchestre, Hespérion XXI, il donnera les 15 et 16 novembre deux concerts à la Criée “sous le signe d'Averroès”. Au programme, des romances - chantées par Montserrat Figueras - et des mélodies de la diaspora séfarade. Entretien avec un homme qui utilise la musique pour faire vibrer l'âme.

Pourquoi avoir choisi ce programme de chants judéo-espagnols. Sont-ils pour vous le symbole d'une Méditerranée partagée et non plus déchirée ?

Ces chants datent du XVe et XVIe siècle. Ils n'ont jamais été retranscrits et n'ont été transmis qu'oralement. Ils ont longtemps été oubliés, cantonnés dans des sphères très locales. Je voulais mettre en lumière ces mélodies merveilleuses qui nous parlent d'une époque où les Juifs, les Chrétiens et les Musulmans vivaient ensemble. Cette musique vient des racines de notre civilisation, d'une époque ou la musique était le langage du cœur et de l'esprit. Il est important de conserver ce langage, d'en préserver la force.

Comment ces chants ont-ils évolué à travers les siècles ?

Cette musique a irradié tout le bassin méditerranéen. On la retrouve au Maroc, en Grèce, dans l'ex-Yougoslavie, en Turquie, en Algérie… Les Juifs ont été influencés par les contextes de chaque pays. Selon les régions, on trouve des différences très intéressantes dans les mélodies. Et pourtant, les sources restent les mêmes. Ce programme est construit sur la rencontre de ces différentes traditions qui finalement fusionnent dans un chant permettant de garder la mémoire d'une époque merveilleuse.

Et pourquoi sont-ils toujours aussi actuels ?

Nous essayons d'interpréter ces musiques dans un double contexte, historique et actuel, avec toute la créativité des instruments de l'époque. Mais, ces chants n'ont jamais cessé d'être actuels, n'ont jamais cessé d'être chanté. Ce n'est pas seulement l'interprétation qui les rend aussi vivants et aussi touchants. Ils ont une puissance poétique intrinsèque. Ils ont été inventés par des individus qui étaient profondément inspirés par une culture et une tradition. De plus, comme elles ont été transmises oralement, seules les plus belles mélodies ont été conservées ; celles qui étaient tellement belles, qu'on ne pouvait plus les oublier.

Pourtant cet art partagé ne suffit pas à contrebalancer le déchaînement de la violence

Il en a toujours été ainsi. Et c'est pire aujourd'hui. La musique ne peut pas lutter contre le bruit des canons. Pour que l'on puisse avoir la possibilité de chanter, d'unir les cœurs à travers la musique, il faut d'abord le respect des autres. C'est la condition essentielle. Nous en sommes loin aujourd'hui. C'est une vraie tragédie de penser que l'on va résoudre les problèmes par la violence. Il faudrait prendre le temps de prier. Le chant est l'une des meilleures prières. Les plus belles prières sont celles qui sont chantées.

Frédéric KAHN

articles extraits de L'autre Rive - Hors Série - Novembre 2002