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Vendredi 15 novembre de 14 h 30 à 16h30
Première table ronde
la violence et le sacré
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les liens dans le texte renvoient à des extraits audio [real-audio] La violence :
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Si la violence est également présente dans les textes sacrés de la tradition islamique, elle ne simpose pas plus au croyant à qui le texte offre dautres moyens dexercer sa foi. Profitant de loccasion pour préciser une notion trop souvent galvaudée dans lopinion publique,
Yadh Benachour est revenu sur le sens du Jihad : « Le Jihad est un moyen pour réaliser un objectif appelé Fath et qui consiste à gagner lesprit du monde au message de Dieu, à la révélation. Il existe deux possibilités de Jihad : faire le don de sa vie ou faire le don de ses biens, par exemple par une contribution patrimoniale, cest à dire, sans violence ». On peut alors se demander, comme Yadh Benachour le fera un peu plus tard, si les raisons qui poussent un homme à choisir la mort dans lexercice de sa foi ne sont pas à chercher dans ses conditions dexistence plutôt que dans le texte sacré
Dans ce panorama, Stéphane Mosès et Yadh Benachour ont, avec Jean Flori, accordé au christianisme une place spécifique. « Le christianisme inaugure une véritable rupture dans lhistoire du monothéisme dans la mesure où son fondateur, le Christ, est résolument opposé à toute forme de violence : il est fondamentalement non-violent. Dailleurs, pendant les trois premiers siècles de son histoire, le christianisme naura même pas darmée
», a résumé le médiéviste.
Instrumentation du religieux par le politique
Ce rapide aperçu de la place occupé par la violence dans les textes sacrés permet-il pour autant détablir la moins-violence dun monothéisme sur les autres donc, la moins-violence des textes dont il se réclame ? Certainement pas. Car lHistoire montre que, quelle que soit la relation entretenue entre le texte sacré et la violence, quel que soit le message que ses fondateurs ont voulu introduire dans ces textes, et finalement, quel que soit le texte, les croyants de ces trois religions ont su, à travers les siècles, faire preuve dune égale violence à légard de leurs semblables. « Il est vrai, observait Stéphane Mosès, que si les textes fondateurs du christianisme sont pacifistes, la civilisation chrétienne est violente, ainsi que son histoire le prouve. Et sil est également vrai que la civilisation juive à toujours été pacifiste et na jamais pratiqué la violence, nest-ce pas simplement parce quelle nen navait pas les moyens ? En effet, à partir de 1948, les choses ont changé
». La responsabilité écherrait ainsi à lhomme à qui lingéniosité ne fait jamais défaut lorsquil sagit de trouver dans linterprétation des textes sacrés ce dont il a besoin pour justifier ses actes de violence. Cest peu ou prou sur la base de cette hypothèse que Thierry Fabre a tenu à sinterroger sur le rapport entre textes, histoire religieuse et pratiques historiques : « Comment les messages de paix ont-il pu se retourner de la sorte ? ».
Pour répondre à cette question, peut-être faut-il, à linstar de Jean Flori, examiner la façon dont le pouvoir politique intervient dans la relation entre lhomme et le religieux «La séparation du politique et du religieux voulue par Jésus disparaît avec lEmpire Romain [
]. La confusion entre lEglise et lEtat pervertit le sens des textes». Une idée développée par Myriam Revault dAllones pour qui « cest lorsque la distinction entre le politique et le religieux disparaît que la violence apparaît ». Façon daccuser le pouvoir politique de manipuler la religion pour en faire un instrument de violence ? On pourrait laisser le mot de la fin à Hannah Arendt, dont le nom est souvent revenu au cours de ce débat : « La violence est, par nature, instrumentale ; comme tous les instruments, elle doit toujours être dirigée et justifiée par les fins quelle entend servir »*.
* Du mensonge à la violence
Nicolas Weinberg