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La guerre nest pas un devenir
par Fred Kahn
Quattendre dun débat sur un sujet dactualité aussi brûlant que le conflit israélo-palestinien ? La situation sur le terrain semble inextricable. Chacun trouve la justification de sa propre violence dans la violence de lautre, déclare très justement Théo Klein, dans le Manifeste dun juif libre. Comment sortir de ce cercle vicieux ? En sappuyant sur des faits et non sur des fantasmes ou des discours idéologiques. En se référant à la mémoire sans la mythifier et au passé sans falsifier lhistoire. En refusant de rentrer dans lavenir à reculons, pour reprendre les propos de Mohamed Talbi.
Comme la déjà expliqué Elias Sanbar, il y a quelques années, dans le cadre de ces mêmes Rencontres dAverroès : Dans le cas des palestiniens et des israéliens la pierre angulaire de la réconciliation ne se trouve pas dans le souvenir de la cohabitation andalouse ou judéo-arabe avant la naissance dIsraël, mais dans lépisode qui, en 1948, expulsa par la force des armes la majorité des palestiniens pour les réduire à lexil.
Le conflit touche à des questions essentielles de territoires et didentité. Pour autant, tout est négociable. Même la question des réfugiés, des colonies et le statut de Jérusalem. Lenjeu est de permettre à chacune des parties davoir in fine le sentiment quelle a obtenu davantage quelle na perdu, écrit encore Théo Klein.
Seul le dialogue peut permettre de passer de la politique de la violence à la politique de la civilisation. Jai toujours pensé que le mot civilisation était intimement lié au mot dialogue, explique Ilan Greilsamer. Il y a civilisation lorsquon range de côté les armes, que lon sasseoit lun en face de lautre et que lon discute dans le respect mutuel. Civilisation nest pas synonyme de consensus, et le dialogue peut être extrêmement dur. Mais il ny a pas de civilisation, là où on ne peut parvenir à se parler dans le respect et la dignité.
Et seule la diplomatie peut amener des ennemis irréductibles à devenir simples adversaires autour dune table de négociation. En termes pratiques, il ny a que les modérés des deux bords qui peuvent sasseoir, dialoguer, et chercher des solutions, poursuit Ilan Greilsamer. Dans le cas du conflit israélo-arabe, déchiré par la violence, ce nest bien évidemment pas avec le Hamas, ou avec les colons de Hébron, que lon va passer à la civilisation, mais avec les modérés des deux camps. Ces modérés existent, mais il faut leur donner les conditions de se rencontrer. Je pense que le passage à la civilisation signifie dabord la reconstruction du camp de la paix en Israël et, de lautre côté, le développement dun courant modéré, intransigeant sur les droits de lhomme, et critique vis-à-vis de la direction palestinienne.
Mais pour rapprocher les points de vue, il faut des médiateurs. Il faut que les pays démocratiques occidentaux, qui ont un long passé de culture et de civilisation, qui vivent aujourdhui en paix entre eux, et connaissent les techniques de la négociation et du dialogue, fassent pression sur les parties pour quelles fassent des concessions.
LAmérique qui est en situation dominante dans la région est-elle le bon interlocuteur ? Alain Joxe ne le pense pas. Il est tout aussi critique sur la stratégie sharonienne qui conduit tout droit au désespoir conjoint des deux peuples et à une absence totale de perspective de paix 1, que sur celle menée par léquipe Bush : On a cru, entre le 11 septembre et le 11 décembre 2001, que laction de représailles contre la secte Al-Qaida et les talibans allait amener lAmérique à rechercher activement la solution du problème palestinien, par un retour à une négociation fondée sur les résolutions de lONU [
] On sest trompé [
] La victoire sur les talibans sest accompagnée dun feu vert accordé au gouvernement Sharon daller encore plus fort dans sa stratégie daffrontement asymétrique du fort au faible. La politique du secrétaire à la défense Donald Rumsfeld lemporte et comporte une acceptation des provocations systématiques contre les populations civiles, et, peut-être, la destruction de lAutorité palestinienne, systématiquement humiliée, rabaissée et raillée en la personne de Yasser Arafat 2.
Pour Alain Joxe, lordre américain vise au contrôle du monde et non à la recherche de la paix. Doù son engagement en faveur dune Europe forte qui constituerait, tant dun point de vue philosophique que social, une réelle alternative à la vision américaine.
Une politique de la paix est possible. Le conflit nest pas structurel, mais conjoncturel. La guerre nest pas un devenir. Me tenant sur cette terre, jobserve lévénement tragique et je le trouve passager, car les êtres sont en fin de compte le produit de cette tragédie traversée dabsurdité, écrit le poète Mahmoud Darwich3.
1.- 2. Le vrai logiciel de la conduite américaine, le Monde du 16/12/01.
3. Mahmoud Darwich, La Palestine comme métaphore. Ed. Babel.
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