1ère table ronde : la Méditerranée, entre créolisation et identités meurtrières

animée par Thierry Fabre








Averroes ?

Lakis Prodiguis

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Fouad Laroui

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ressources internet
Le Temps du Maroc - "Méfiez-vous des parachutistes" - le dernier roman de Fouad Laroui - L’hymne à l’individualité

Sur le métissage et la créolité
Lakis Prodiguis

extrait de "Eloge de la créolité" par Jean Bernarbé, Patrick Chamoiseau, Raphaël Confiant (Ed. Gallimard).

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En Méditerranée, les cultures se sont mélangées, se sont métissées. Alors qu’en mer des Caraïbes, les cultures se sont rencontrées beaucoup plus tardivement, à partir du XVIIe siècle seulement. Il y a eu un mélange, mais sans uniformité, une espèce de juxtaposition des cultures. De même, au niveau individuel, chez nous, les gens sont porteurs de pans de cultures différents, sans que ces différences ne se mélangent complètement. C’est passionnant de voir comment le brassage des cultures en Méditerranée s’est opéré de façon différente. Mais je pense que les nouvelles donnes des échanges inter-culturels, des brassages des peuples, de l’émigration massive, transforme la méditerranéité dans le sens d’une néo-créolité. Par l’apport de peuples relativement différents, les Comoriens, les Africains noirs, les Vietnamiens, etc., on assiste dans vos quartiers à des phénomènes que j’appelle de la néo-créolité. Cette néo-créolité est à l’œuvre en Europe, aux Etats-Unis ou au Japon. On sort d’une ère ou l’identité était close, avec des contours nets, parfaitement stables et assumés, pour entrer dans un phénomène de mondialisation. L’identité aujourd’hui est diffractée, inquiète d’elle-même, en perpétuelle remise en cause. Nous ne concevons plus l’identité comme un bloc monolithique, comme un socle sur lequel on peut s’appuyer définitivement mais comme quelque chose qu’il faut, jour après jour, remettre en cause, reconstruire, dans une vision dynamique.
L’identité est donc en train de se créoliser sans que les populations en soient conscientes. On n’est jamais conscient des phénomènes civilisationnels au moment où ils se déroulent. Mais nous, aux Antilles, nous avons déjà vécu ce que vous vivez : cette cohabitation forcée, brutale qui débouche sur un remodelage de l’identité. Ce phénomène est à l’œuvre chez vous, mais il ne sera apparent que dans quinze, vingt ans."


Avec la participation de

Francesco BIAMONTI
Narrateur profondément lyrique, il inscrit tous ses romans dans l’arrière pays ligure où il plonge ses racines.
Publications :

  • L’Ange d’Avrigue, traduit par Philippe Renard, Verdier, coll. “Terra d’altri”, 1990
  • Vent largue, traduit par Bernard Simeone, Verdier, coll. “Terra d’altri”, 1993
  • Attente sur la mer, traduit par François Maspero, éditions du Seuil, 1996
  • Les Paroles la nuit, traduit par François Maspero, éditions du Seuil, 1999

Raphaël CONFIANT
Maître de conférence en Langues et culture régionales, depuis 1997, chargé de cours en Littérature créole à l’Université des Antilles et de la Guyane de 1991 à 1997, il est membre du Groupe d’Etudes et de Recherches en Espace Créolophone.
A publié notamment :

  • Eloge de la Créolité, essai en collaboration avec Patrick Chamoiseau et Jean Bernabé, Gallimard, 1989
  • Marisosé, roman, Presses Universitaires Créoles, 1987 (traduction en français : Mamzelle Libellule, Le Serpent à Plumes, 1995)
  • La Vierge du Grand retour, roman, Grasset, 1996
  • La Baignoire de Joséphine, récit, Les Mille et Une Nuits, 1996
  • Le Meurtre du Samedi-Gloria, récit, Mercure de France, 1997

Fouad LAROUI
Écrivain, né à Oujda (Maroc), vit à Amsterdam

  • Méfiez-vous des parachutistes, éditions Julliard, 1999
  • De quel amour blessé, éditions Julliard, 1998, Prix Méditerranée des Lycées, Prix Radio-Beur FM
  • Les Dents du topographe, éditions Julliard, 1996, Prix Découverte Albert-Camus

Lakis PROGUIDIS
Fondateur et directeur de la revue trimestrielle L’Atelier du Roman - dix-neuf numéros parus.
Ecrivain et critique littéraire, il a notamment publié deux livres consacrés à l’art du roman :

  • Un écrivain malgré la critique - Essai sur l’œuvre de Witold Gombrowicz, Gallimard, 1989, Prix littéraire Michel Dard
  • La Conquête du roman - De Papadiamantis à Boccace, Les Belles Lettres, 1997, préface de Milan Kundera

A reçu le Prix de l’Académie française (soutien à la création).





Phénomène ou identité profonde ? par Frédéric Kahn

Les Rencontres d’Averroès débuteront par une approche littéraire. Le réel se nourrit souvent de l’imaginaire. Et la littérature reste un facteur d’identité et d’identification très fort pour les populations. Ne parle-t-on pas de la langue de Goethe, de celle de Molière ? “La littérature n’est pas un simple jeu de langage sans emprise sur le monde. Les écrivains qui participeront à cette première table ronde ne sont pas forcément des écrivains engagés, mais leur parole entre en résonance avec la cité”, déclare Thierry Fabre.
Lors de cette première table ronde, intitulée “Entre créolisation et identités meurtrières”, des points de vue très différents vont d’ailleurs se confronter. Ainsi, pour questionner la Méditerranée, les Rencontres font un détour par les Antilles et invitent Raphaël Confiant, co-auteur notamment d’un célèbre manifeste de la créolité*. Mais quels parallèles peut-on tracer entre une créolisation, “agrégat interactionnel ou transactionnel, des éléments culturels caraïbes, européens, africains, asiatiques et levantins, que le joug de l’histoire a réunis sur le même sol” ** et la quête des identités méditerranéennes ?

Pour Raphaël Confiant, la comparaison entre les deux cultures est extrêmement riche d’enseignement et finit par se recouper intimement :
“En Méditerranée, les cultures se sont mélangées, se sont métissées. Alors qu’en mer des Caraïbes, les cultures se sont rencontrées beaucoup plus tardivement, à partir du XVIIe siècle seulement. Il y a eu un mélange, mais sans uniformité, une espèce de juxtaposition des cultures. De même, au niveau individuel, chez nous, les gens sont porteurs de pans de cultures différents, sans que ces différences ne se mélangent complètement. C’est passionnant de voir comment le brassage des cultures en Méditerranée s’est opéré de façon différente. Mais je pense que les nouvelles donnes des échanges inter-culturels, des brassages des peuples, de l’émigration massive, transforme la méditerranéité dans le sens d’une néo-créolité. Par l’apport de peuples relativement différents, les Comoriens, les Africains noirs, les Vietnamiens, etc., on assiste dans vos quartiers à des phénomènes que j’appelle de la néo-créolité. Cette néo-créolité est à l’œuvre en Europe, aux Etats-Unis ou au Japon. On sort d’une ère ou l’identité était close, avec des contours nets, parfaitement stables et assumés, pour entrer dans un phénomène de mondialisation. L’identité aujourd’hui est diffractée, inquiète d’elle-même, en perpétuelle remise en cause. Nous ne concevons plus l’identité comme un bloc monolithique, comme un socle sur lequel on peut s’appuyer définitivement mais comme quelque chose qu’il faut, jour après jour, remettre en cause, reconstruire, dans une vision dynamique.
L’identité est donc en train de se créoliser sans que les populations en soient conscientes. On n’est jamais conscient des phénomènes civilisationnels au moment où ils se déroulent. Mais nous, aux Antilles, nous avons déjà vécu ce que vous vivez : cette cohabitation forcée, brutale qui débouche sur un remodelage de l’identité. Ce phénomène est à l’œuvre chez vous, mais il ne sera apparent que dans quinze, vingt ans”
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L’écrivain et critique littéraire grec, Lakis Prodiguis est pour le moins sceptique. “Pour nous, il n’y a rien de nouveau dans ce thème de créolité. Nous avons vécu, historiquement, pendant des siècles et des siècles, autour de ce bassin méditerranéen où il n’y a eu que de la créolisation. Ce que défend Raphaël Confiant n’est qu’une expérience antillaise, qui a sa valeur, mais qu’il faut intégrer dans le contexte historique spécifique des Antilles. On ne peut pas globaliser cette expérience et surtout l’exporter à des ensembles qui sont passés par des expériences beaucoup plus riches et historiquement beaucoup plus déterminantes. Cette notion de créolité ne peut pas déterminer notre avenir. Notre avenir est toujours dans le conflit des grands systèmes, qu’ils soient moraux, religieux ou philosophiques. Alors que le métissage n’est qu’une phase intermédiaire, inscrite dans la nature humaine. Mais ce n’est pas une valeur suprême. Les perspectives de l’imaginaire collectif, de la civilisation dépassent de loin cette dimension anthropologique qui est de l’ordre de la politique quotidienne, de l’expérience concrète”. Alors la créolité ? Mutation civilisationnelle profonde, ou simple phénomène de société qui ne permet pas d’accéder à l’identité profonde de l’humanité ?


** Eloge de la créolité par Jean Bernarbé, Patrick Chamoiseau, Raphaël Confiant (Ed. Gallimard).