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2ème table ronde : la Méditerranée, des passions et des jours
animée par Emmanuel Laurentin (France Culture)
Avec la participation de :
Dionigi ALBERA
Chargé de recherche au CNRS (Institut dEthnologie méditerranéenne comparative - MMSH, Aix-en-Provence). Auteur de nombreux travaux sur lorganisation domestique, la parenté et les migrations dans lespace méditerranéen, il est le président de lAssociation dAnthropologie Méditerranéenne (ADAM).
Christian BROMBERGER,
Professeur dethnologie à lUniversité de Provence où il dirige lInstitut dEthnologie Méditerranéenne Comparative (formation associée au CNRS). Il est, depuis 1995, membre sénior de lInstitut Universitaire de France (chaire dethnologie générale) et président du Conseil du patrimoine ehtnologique ( Ministère de la Culture) depuis 1998.
Ses travaux de recherches portent sur les fondements, les modes dexpression et daffirmation des identités collectives en Iran et dans des régions méridionales de lEurope. Il mène, par ailleurs, depuis une dizaine dannées, une recherche sur les modalités et les significations de lengouement populaire pour les clubs et les matchs de football dans plusieurs villes et métropoles (Marseille, Naples, Turin, Lens, Téhéran
).
Dernières parutions :
- Le Match de football. Ethnologie dune passion partisane à Marseille, Naples et Turin, Paris, Editions de la Maison des Sciences de lHomme
- Football, la bagatelle la plus sérieuse du monde, Paris, Bayard
- Passions ordinaires des Français, Bayard
Bernard LORTAT-JACOB
Directeur de recherche au CNRS et responsable du Laboratoire dethnomusicologie CNRS du Musée de lHomme. Responsable également de la formation doctorale ethnomusicologie à lUniversité de Paris X Nanterre.
Il travaille depuis trente ans sur les musiques de la Méditerranée (terrains privilégiés : Maroc berbère, Sardaigne et pays balkaniques, incluant la Roumanie). Il a publié une dizaine de livres, environ quatre-vingt articles et une vingtaine de disques monographiques sur les expressions musicales méditerranéennes encore très présentes dans les grandes fêtes communautaires et paysannes : danses collectives (Haut-Atlas, Maroc), chants polyphoniques (Sardaigne, Albanie, populations aroumaines), chants épiques, etc
Dernier livre paru :
- Chants de Passion, Au coeur dune confrérie de Sardaigne
Mohamed TOZY
Professeur de science politique à lUniversité Hassan II, Casablanca
Chercheur Associé (sociologue) à la Direction du Développement Rural, Institut Agronomique et Vétérinaire, au CERI (CNRS), premier vice-président de lassociation marocaine des sciences politiques
Parutions récentes :
- Monarchie et Islam politique, CNRS/PFNSP, 1999
- Les Puissances du symbole, Casablanca, 1997
- Décentralisation et pratiques locales du développement, Université Hassan II, 1996
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« La culture au quotidien » par Frédéric Kahn
La deuxième table ronde nous propose un regard anthropologique sur cette question des identités. Une plongée dans les us et coutumes de la civilisation méditerranéenne. Les intervenants interrogeront des pratiques quotidiennes qui parfois peuvent sembler anodines et qui pourtant dessinent profondément lidentité des peuples. Les points de vue se croiseront pour tenter de définir les différences et les attitudes communes spécifiques à la Méditerranée, pour, selon les propos de Christian Bromberger (qui dirige lInstitut dEthnologie Méditerranéenne et Comparative à lUniversité de Provence), repérer les caractères à partir desquels on peut proposer une étude comparative. Les modes dalimentation, le rapport à lhonneur, le patriarcat, la théâtralisation de lexpression orale, autant de pratiques sociales et culturelles qui ont circulé dune rive à lautre de la Méditerranée. Mais Christian Bromberger met en garde contre la tendance à transformer certaines observations en système général. On tombe alors dans le cliché. Les sociétés ne sont pas ce quelles disent être, prévient-il. Lethnologue risque toujours de tomber dans la réitération de stéréotypes. Or la Méditerranée nest pas une aire culturelle parfaitement unifiée avec des pratiques religieuses et culturelles communes. Lanthropologue ne doit pas chercher à ériger des modèles arbitraires. Létude comparative des populations met autant en lumière les convergences que les divergences. Et cela est dautant plus sensible face aux situations de crispations identitaires, poursuit Christian Bromberger. Il est très difficile de dissocier la part mythique de la part réelle. Jamais un Serbe na ressemblé autant à un Croate quaujourdhui, mais jamais il ne sest senti aussi différent.
Pour lanthropologue marocain Mohamed Tozy, qui a travaillé sur les modes de sociabilisation au Maghreb, notamment sur les mouvements religieux et la famille, la spécificité méditerranéenne vient surtout des déterminants climatiques et topographiques. Essentiellement de la sédentarité de ses habitants et de leur rapport à la terre. Cest un espace de culture tempéré. Il ny a ni lexcès de léquateur, ni les rigueurs des pays nordiques. Ce qui fait que les gens vivent aussi bien au dehors quau dedans. Ils sont extravertis, ouverts sur le monde, mais gardent un jardin secret. Cette vision lyrique sappuie sur un certain nombre dobservations géo-physiques.
Quant aux modes de fonctionnement des sociétés, à proprement parler, pour Mohamed Tozy, elles ont des causes profondes mais complexes. Les références religieuses se sont construites sur des sociétés patriarcales. Cest une caractéristique générale de la Méditerranée dont on retrouve encore les stigmates au sud des pays de la rive nord en Corse, en Sicile, en Sardaigne, en Grèce
Ce sont des particularismes que partagent le nord et le sud de la Méditerranée. La notion de patriarcat a été accentuée par la religion qui elle aussi est patriarcale.
Mais la société nest pas figée. Le statut de la femme, par exemple, sest sensiblement modifié : Lévolution de lémancipation de la femme dans les pays du nord a été déterminée grandement par la libération par le travail, le développement et la technologie. Si on remonte vers le Sud, on voit quil y a des distinctions très fortes à faire entre la femme rurale et la femme urbaine. Du moins en ce qui concerne les indicateurs extérieurs dune liberté de mouvement. A lintérieur du pays, la femme nest pas légale de lhomme, loin de là, mais elle a des espaces de mouvement qui lui sont propres. Elle participe très directement aux systèmes de production et aux modes de décision. Par exemple, le voile nexiste pas à lintérieur du pays. Alors que, dans la ville, chaque fois que lhomme peut se passer de la contribution de la femme pour la production, il arrive à la cloîtrer. Mais, depuis une trentaine dannées, la femme a réussi dénormes progrès. Chaque fois que la proportion de femmes actives a atteint un niveau appréciable, il y a des conséquences très fortes sur son autonomie. Au Maroc, il y a une très forte demande de changement du statut féminin qui vient surtout des femmes actives. Lindice de fécondité, qui est un indicateur démancipation, est passé au Maroc de 6,5 à la fin des années 60, à pratiquement 2 en 1990. Lâge de mariage des femmes est passé de 17 ans à 27 ans. Même si la situation de la femme reste préoccupante et si elle continue à être le parent pauvre de la scolarisation, des emplois politiques et administratifs.
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