Chère Sarah
J'ai essayé d'écrire ton portrait. Tu ne voulais
pas qu'on parle de toi. Le moyen d'écrire un portrait sans
parler de la personne qui se cache derrière la photo ?
Alors j'ai décidé de parler de cette lettre que
tu m'as écrite. Après tout, c'est d'écrire
qu'il s'agit. Pour un bouquin, un ami photographe avait demandé
par lettre à Paco Ignacio Taïbo II de pondre quelques
lignes. L'écrivain avait tricoté autour de cet envoi,
les taches sur le papier, les bières qu'il avait descendues
dans la chambre d'hôtel en regardant les photos... Je ne
vais pas romancer, ça n'intéresse personne. Tu dis
que sans doute il faut "jouer le jeu". Mais tu as décidé
de ne pas le jouer. Je te cite : "Je ne suis peut-être
même pas en mesure de participer comme il se doit à
toute cette histoire de biennale. Mais j'aimerais essayer de le
faire. Parce que je voudrais être lue. Et parce que j'aime
l'idée d'amener ce texte là-bas, à Sarajevo".
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Ce texte, intitulé "Tout est dans L" parle de la Palestine.
Non, de Jerusalem. Tu dis que tu n'as rien a déclarer sur
la Palestine. Tu n'en diras rien. Sauf ce résumé
de ton livre, condensé en quelques lignes que tu as bien
voulu me confier. "Les territoires non-occupés, neutres,
ouverts à tous les vents, à tous les dieux de Jerusalem
: les terrains vagues. Une femme prénommée Branche,
un Palestinien de Jericho, un homme d'encore ailleurs. Son désir,
Branche l'appelle Palestine. Elle ne rejoindra finalement que
son nom, rejoindra l'arbre poussé libre en ce lieu déserté
par les croyants, les militaires,les touristes, les kamikazes.
Et qui demeure Jerusalem."
J'espère que tu seras lue à Sarajevo.
Valérie.
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