"Como antes, como nunca, como siempre". Dans son film, elle a
mis "tout ce qu'elle avait", comme elle dit. Moitié
aveu, moitié constat : un objet qui vous échappe...
Elle voulait faire un documentaire sur le cirque, sur les clowns,
ces êtres qui donnent dans l'extrême des sentiments,
qui permettent "d'être vraiment soi, mais derrière
le nez rouge". Depuis peu, Emmanuelle Gracia apprend à
être clown, une vieille fascination à laquelle elle
a fini par céder. Pour rompre avec une timidité
maladive : "Si je fais ça, c'est aussi parce que j'ai
du mal à m'exprimer". Son film, en définitive,
ne parle pas du clown. Ou si peu, en bout de course, comme pour
raccrocher les wagons d'une idée première et mieux
brouiller les pistes d'un récit par trop autobiographique.
C'est elle, petite fille, ballottée entre les souvenirs
de l'autre, adulte, flottant sur la nostalgie de l'enfance. Des
photos détachées de l'album de famille dans lesquelles
son oeil pénètre, zoomant sur les détails,
"en redécrivant le chemin de mon propre regard, mais
sans construction intellectuelle".
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Jamais intellectuelle, elle insiste là-dessus : "Je
suis plus plastique, comme au théâtre, l'essentiel
c'est l'émotion". Le texte qui l'accompagne, dit par
une voix aux accents d'ailleurs, suggère les ascendances
espagnoles (le père) et pied noir (la mère). Mais
n'en dit pas plus : "Je voulais qu'il y ait cette distance
par rapport au réel". Elle ajoute pourtant, sans y
trouver de paradoxe, que son sujet préféré
tourne autour de la mémoire, de l'origine, de l'identité.
Son prochain projet parlera de ça. Avec pudeur. Dans l'histoire
de ses parents, il y a deux guerres, celle d'Espagne, et d'Algérie.
Avec eux, et derrière la caméra, elle refera le
chemin des souvenirs, "pour confronter le récit qu'on
peut en faire avec la réalité". Histoire d'un
paradis perdu, comme toujours.
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