| 
|
Jonctions / un
projet conçu par Denis Martinez
Avec
Denis Martinez, l'art fait lien. Pour cet artiste d'origine
algérienne, la création n'a rien à voir avec
une posture, ou un acte d'isolement. Quand il peint, le geste déborde
toujours de la toile, vers le mur et au-delà vers la porte
et la fenêtre, vers un horizon, un au-delà, une rencontre.
L'espace intérieur tend vers un extérieur qui lui donne
sa raison d'être. Ce n'est pas par hasard non plus s'il puise
son inspiration dans les cultures traditionnelles et populaires algériennes.
Il réinvestit les savoirs artisanaux, les traditions, les rituels
et les légendes, il remonte jusqu'aux sources de l'échange
et du vivre ensemble et les transpose ensuite dans un espace imaginaire
et contemporain. Son acte artistique est, de toute façon, indissociable
d'une pratique de vie. Dans une parfaite complémentarité
avec sa production personnelle, il enseigne (à l'Ecole d'Art
d'Aix-en-Provence) et est à l'initiative de projets artistiques
ambitieux. Il se reconstruit ainsi, perpétuellement, dans une
relation à autrui. “J'existe avec les autres. Ils me
permettent de me préciser”.
Déjà en 1995, il avait organisé, à la
Friche, une manifestation d'artistes algériens contemporains.
Il a également été l'initiateur “d'Expressions
algériennes contemporaines Méditerranée”,
en 2000, à Aix-en-Provence. L'Année de l'Algérie
et la complicité avec Philippe Foulquié lui donnent
l'occasion de poursuivre ce travail de maillage entre sa création
personnelle et celles des autres, entre ce qu'il produit et ce qui
le nourrit, entre ses préoccupations esthétiques et
ses inquiétudes politiques.
Denis
Martinez envisage donc l'Année de l'Algérie comme un
ballon d'oxygène. Grâce à “Djazaïr
à la Friche”, des artistes vont pouvoir sortir de leur
pays, passer une frontière qui est autant géographique
que mentale. Ils vont rencontrer d'autres publics et d'autres artistes.
Jonctions sera, en quelque sorte, la colonne vertébrale de
la manifestation ; un événement aux multiples
ramifications dans des espaces d'exposition pensés pour favoriser
le frottement entre les propositions.
A partir de la Friche la Belle de Mai, Jonctions va rayonner, prospérer
et s'étendre, par une forme de contagion bénéfique,
au quartier, puis à la ville entière.
L'événement inaugural est emblématique de cette
volonté de décloisonnement. En effet, Jonctions débutera
par une procession à laquelle viendront s'agglomérer
des associations, des étudiants, des collégiens, des
élèves des écoles, des habitants du quartier
et le public… dans un souci toujours renouvelé de faciliter
la circulation entre l'art et la vie. Un premier acte placé
sous le signe de la paix et de la fécondité.
Pas par optimisme béat, mais pour conjurer les forces qui visent
à nous diviser. Denis Martinez sait que la réconciliation
est douloureuse, qu'il faut la bâtir à partir de décombres
et de cadavres. Les traditions ancestrales, les légendes et
les superstitions, les influences culturelles multiples qui ont nourri
l'imaginaire du peuple Algérien sont des sources d'épanouissement,
d'éclosion et de plénitude. Mais elles prennent aussi
racines dans une histoire chaotique qu'il ne faut ni trahir ni édulcorer.
L'art est à la confluence de ce qui, par ailleurs, s'oppose
et cause notre destruction.
Ainsi Jonctions convoquera des poètes assassinés, victimes
d'une guerre (soi-disant civile alors que toutes les guerres sont
un déni de la civilisation). Mais ces poètes ne seront
pas réduits au statut de souvenir, ou de monument. Ils ne seront
pas portés disparus. Ils seront, au contraire, partie prenante
d'un mouvement de création, d'un mouvement de vie seul capable
d'enrayer nos pulsions les plus meurtrières.
|
 |