La Friche la Belle de Mai a le nom de son quartier : la Belle de Mai, 3e arrondissement de Marseille.  Mais son histoire commence en 1990, dans un autre quartier.

Fondation

En connivence avec Christian Poitevin, alors adjoint délégué à la culture de la Ville de Marseille, Philippe Foulquié et Alain Fourneau, respectivement directeurs du Théâtre Massalia et du Théâtre des Bernardines, investissent une ancienne graineterie du Boulevard Magallon, dans le 15e arrondissement, et créent Système Friche Théâtre : il s'agit de poser autrement les enjeux de production artistique et pour ce faire de dégager de l'espace et du temps pour les artistes.

La volonté de conquérir de nouveaux territoires de création est certes une aventure, mais elle repose sur des constats très pragmatiques. C'est elle et elle seule qui impulse les processus de transformation du lieu. Ce dernier sera donc "libre, souple et ouvert", toujours à redéfinir en fonction des projets et de leurs évolutions. L'association Système Friche Théâtre  (SFT) est créée pour gérer et développer le projet.

 

1992 – 2002

En avril 1992, SFT déménage et investit l'ancienne Manufacture des tabacs de douze hectares qui surplombe le quartier populaire de la Belle de Mai. Elle établit avec la SEITA, propriétaire, une convention d'occupation précaire à titre grâcieux. Cet ensemble architectural imposant et exceptionnel est l'un des derniers témoins de l'apogée industrielle de la cité phocéenne que la crise économique a déconnecté de son environnement. Comment ré-ancrer ce morceau de ville dans la cité ? Cultiver un territoire est une entreprise délicate : à l'image de la nature qui progresse dans l'instabilité et l'imprévu, rien ne doit être figé. La Friche s'engage donc à bâtir des cadres qui n'enferment pas.

Au fil des mois, d'autres producteurs, opérateurs culturels et équipes artistiques vont rejoindre le projet Friche.
En 1995, c'est avec l'architecte Jean Nouvel que la Friche élabore un Projet Culturel pour un Projet Urbain visant à ne plus séparer les dimensions culturelles et urbaines. La présidence (1995-2002) de Jean Nouvel permet d'imposer l'idée de la permanence artistique comme agent indispensable du développement urbain. Concrètement, la Friche est alors rattachée au périmètre Euroméditérranée et la Ville de Marseille devient propriétaire des lieux.

En 2001/2002, le site est « îloté » en 3 pôles : la mise en œuvre d'un pôle patrimonial et institutionnel d'un côté (Centre Interdisciplinaire de Conservation et Restauration du Patrimoine, Archives Municipales, Réserve des Musées de Marseille et de l'INA-antenne Méditerranée) et d'un pôle multimédia (industries de l'audiovisuel et du multimédia) de l'autre.
Le troisième "îlot" se définira donc, en 2002, dans le frottement aux deux autres, en tant que pôle d'auteurs dédié à la culture vivante. Le choix du réalisateur marseillais Robert Guédiguian à la présidence de Système Friche Théâtre est alors sans équivoque : le cinéma, à la fois industrie et art, représente ce rapport à l'économie, mais, dans le même temps, il permet de révéler la notion d'auteur et fait valoir l'écriture comme fondement du geste artistique.