Cie alzhar - jeanne poitevin

“Faire avec qui le souhaite le théâtre que l’on invente ensemble.”
La vocation d'Alzhar est d’explorer le Théâtre, son éventualité et sa nécessité réelles dans le monde moderne. Acte public par excellence, le Théâtre est à réfléchir dans le lien avec le public sous toutes ses formes : stages, performances, cours, théâtre de rue, théâtre dans les écoles, les hôpitaux, chez les gens...
Afin de nourrir sa recherche artistique et de multiplier les rencontres, Alzhar propose des cours et des stages. Ces différentes expériences intègrent les créations de la compagnie.

“Alzhar est une compagnie errante, de lieux en lieux, de spectacles en idées. En 1993, ce silence et cette errance rassemblent une quinzaine de personnes, à Marseille, à Paris, à travailler n’importe où, à avoir peur. En 1994, on est venu se poser quelques mois à la Friche et réaliser notre première création publique, Corps et Armes ; des plasticiens, des cinéastes, des acteurs, des danseurs, tentaient leur premier acte public ensemble. Une première fois, une naissance, une interrogation qui devenait concrète, de l’espace et du temps, des mots et du silence. Nous sortions à peine des Beaux-arts, des méandres de la jeunesse et nous faisions un vrai travail. La Friche comme maison publique, Philippe Foulquier et son équipe comme parrains lointains ou très très proches, tranquilles ou ardus. C’est dans la confrontation avec tout-à-fait-ensemble-le-lieu-et-les-gens,l’architecture et la pensée qui sont ici dans les murs et les vides, que notre interrogation du travail de l’acteur a pris corps. C’est peut être ça un lieu : des gens qui le pensent, et des espaces qui renferment cette pensée…
C’est parmi tout à la fois les gens et les espaces, si violemment poétique dans leur violence, leur abandon, leur espérance, qu’Alzhar est né. Devenu possible, devenu à regarder.

Après nous sommes partis en vadrouille à Asnières, en banlieue parisienne, à Marseille (au Merlan), à Aix-en-Provence (au 3 Bis F), à Fosses, en banlieue parisienne encore…etc.

Après, il y a eu la grande crevasse de la compagnie. Les cinéastes sont repartis faire du cinéma, les écrivains enseigner la langue française, les danseurs danser… Il restait l’impossibilité totale de continuer à chercher ce que jouer veut dire, de continuer à se questionner sur la façon dont se fait et se vend le Théâtre en France.

Après, tout de suite, donc, dans ces conflits harassants et ces besoins de faire encore… Mais quoi ? Il fallait revenir un peu à la maison, là ou était né la question, et voir un peu s’il fallait encore faire ou pas du théâtre. Philippe Foulquier avait l’air intéressé par nos colères et nos impasses. Il nous a donc proposé de travailler dans un espace que l’on inventerait, d’une façon qu’on inventerait, et - comme on ne savait pour qui l’on travaillait, ni pourquoi - nous a soufflé de convoquer le public et de lui poser la question.

Se demander si celui qui joue, l’acteur, n’est pas en définitive toujours le même que celui qui regarde, si ce n’est qu’il a changé de place… et que c’est dans ce déplacement qu’il s’est autorisé à regarder à la loupe ses coups, ses blessures, ses joies et ses questions, et d’en être devenu maître, par la violence de l’acte artistique.
Voilà où en est notre travail actuellement. Il est possible que le lien de la Friche avec son public soit aussi bousculé dans ce sens là... C’est donc ce qu’on fait, travailler la porte ouverte, depuis un an à la Friche en même temps qu’à Aix et à Paris, avec acharnement et grand bonheur : Inviter les gens à jouer qui ils sont, à faire le théâtre qu’ils veulent.

Marcher dans la poussière et la pénombre de la Friche, répondre ou pas aux questions de l’équipe qui a la charge de son fonctionnement, croiser d’autres gens, d’autres inventions… Voilà dans quelle sensation de vie Alzhar est reparti pour un tour, en intégrant ceux qui viennent nous voir dans tous nos spectacles… Jusqu’à Britannicus de Jean Racine ! “

Cie alzhar / jeanne poitevin