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Ça s'est passé à la Friche

Bye Bye Julien Blaine !

31 juillet 2020

Après une carrière passée à contre-courant du marché de l’art, Julien Blaine, poète, performeur, plasticien, initiateur de formes, de revues, de festivals, de centres d’art, pilier de la scène poétique de ces cinquante dernières années, a décidé de liquider sa vie d’artiste.

L’exposition Le Grand Dépotoir a été l’ultime geste artistique de l’anartiste marseillais à la carrière foisonnante, qui a spontanément et symboliquement choisi la Friche la Belle de Mai, dont il est l’un des fondateurs, pour marquer sa sortie définitive de la scène publique.

De son vrai nom Christian Poitevin, Julien Blaine a exposé du 17 juin au 9 août 2020 (l’exposition a été inaugurée une première fois le 13 mars et fermée deux heures plus tard à cause du confinement dû au Covid-19) dans l’ancienne manufacture de tabac tous ses travaux revenus des musées et des galeries : sculptures, peintures, collages, dessins, affiches…

À l’encontre du format traditionnel des expositions rétrospectives, invitant le public à venir choisir les œuvres qu’il désirait emporter gratuitement, Le Grand Dépotoir a été une expérience artistique unique dans son genre.

L’art sans le marché ça n’existe pas, la création par-dessus le marché

Jean-Hubert Martin

Qui êtes-vous Julien Blaine ?

Julien Blaine est né Christian Poitevin en 1942 à Rognac.
Poète et écrivain prolifique (quelque quarante ouvrages et une centaine de livres d’artiste), Julien Blaine traverse la seconde moitié du XXème siècle aux avant-postes de la poésie expérimentale.
Dans les années 60, il crée sa première revue, Les Carnets de l’Octéor et il se lance parallèlement dans la performance avec Reps éléphant 306, œuvre réalisée à partir d’un interview d’éléphant retranscrit sur bande et diffusé selon trois différentes vitesses sonores.
Dès lors, il s’adonne au dépassement du support livre et s’engage dans la mise en valeur de « la force orale et corporelle » du poème, contribuant ainsi à édifier la nouvelle pratique artistique de la poésie-performance.

Initiateur de revues, de festivals et de centres d’art, Julien Blaine crée en 1976 la revue internationale Doc(k)s, véritable carrefour d’expériences d’écriture et l’une des plus vieilles revues de poésie contemporaine française, dont il cèdera la direction en 1990 à Akenaton (Philippe Castellin et Jean Torregrosa).

Ensuite, en 1988, Blaine crée les Rencontres Internationales de Poésie de Tarascon et entre 1989 et 1995, en tant qu’Adjoint à la culture de la ville de Marseille, il participe à la fondation du Centre international de poésie Marseille (cipM), de la Friche la Belle de Mai, du MAC Musée d’Art Contemporain, du FiD festival international du documentaire, du théâtre du Merlan et du colloque d’Averroès. Il occupe également une place importante dans le festival Voix de la Méditerranée de Lodève, peu après sa création en 1998.

En 2005 à l’occasion de ses 60 ans, Blaine décide de faire ses adieux à la performance avec une dernière série de prestations, Ni vieux ni traître.
Après l’ «abandon», il s’expose et expose dans des «démonstr’actions» et intervient régulièrement sous forme de «déclar’actions» en solo ou en compagnie de partenaires tels que Hortense Gauthier, Joëlle Léandre, Patrice Soletti, Philippe Boisnard, John Giorno, Ma Desheng, Guillaume Loizillon, Emmanuel Loi, Patrick Muller, Richard Léandre, Étienne Brunet, Jürg Halter, Jean-François Pauvros, et ÉrikM.

Le Grand Dépotoir : Bon débarras / Fin d’un artiste

L’origine du projet

« Après de nombreuses années de travail dans le moulin à huile de mes ancêtres où un immense premier étage me servait d’atelier, j’ai décidé de restructurer mon vieux moulin…
Or, que faire de tous mes travaux revenus des musées et des galeries : sculptures, peintures, collages, dessins, affiches ?
Comment faire pour que les maçons, les électriciens, les plombiers, les peintres puissent travailler dans des surfaces vides, des murs à creuser, des sols à défoncer, des plafonds à crever ?

Trouver une solution de repli pour tous mes travaux, une solution conforme à ma vie, à ce que j’ai vécu et à ce que j’ai à vivre, à ce que j’ai fait et ce qui me reste à faire.

Un lieu s’imposait à moi, un espace que j’aime pour un nombre incalculable de raisons : d’abord montrer comment l’État français tantôt à gauche tantôt à droite tantôt cynique tantôt infantile mais toujours ignoble abandonne des usines en plein fonctionnement, pleine d’ouvriers et d’employés au nom de la sacro-sainte rentabilité, de la règle capitaliste qui est devenu grâce à nos chers élus légale.
Ensuite prouver qu’un lieu peut être un espace de dialogue entre les classes populaires et les publics élitistes, entre la fleur champêtre ou sauvage et la fine fleur…
Enfin dans un espace où les origines ethniques se mélangent, où les disciplines artistiques s’entremêlent, un espace où à la fin se mélangent les arts et les tribus.

A Marseille où je vis, où je m’arrête quand je ne suis pas en chemin de-ci de-là, ce lieu existe, je l’ai créé quand j’étais Adjoint à la culture de Marseille et que Robert Vigouroux en était maire.

Ce lieu, c’est la Friche la Belle de Mai !

Friche la Belle de Mai ©Laurent Chappouis – photo d’archives

C’est donc là que je désirais exposer tous mes travaux revenus des musées et des galeries : sculptures, peintures, collages, dessins, affiches, tous mes travaux stockés dans mon vieux moulin à restaurer.
Mais quoi, faire encore une exposition dans le genre rétrospective ?
Non, trouver une idée vrai conforme à ma vie, à ce que j’ai vécu et à ce que j’ai à vivre, à ce que j’ai fait et ce qui me reste à faire. « 

Julien Blaine, 2019

Julien Blaine (Christian Poitevin) à propos de l’ouverture de la nouvelle Friche en 1992

L’avertissement de l’artiste

« Evidemment ce serait plus pertinent, plus exemplaire, si j’étais Christofer Wool, Peter Doig, Damien Hirst, Richard Prince, Anselm Kiefer, Adrian Ghenie, Marc Grotjhan, Rudolf Stingel, Zeng Fanzhi, Yoshitomo Nara, Jeff Koons, Ai Weiwei…
Si j’étais un artiste issu de l’impérialisme américain made in United State of America ou asiatique made in République Populaire de Chine ! Je ne suis que Blaine, Julien Blaine, et je ne suis pas dans le marché de l’art à part quelques rares collections italiennes, suisses, floridiennes et françaises que je puis compter sur les doigts de mes deux pieds.

Le but de cette exposition Le Grand Dépotoir est donc le suivant : Montrer tout ce qui me reste dans mes ateliers : Absolument tout !

Les choses seront déposées dans les pièces et sur les cimaises de l’expo de-ci de-là à l’emporte-pièce (le mot composé est doublement juste).
L’exposition durera deux mois, durant ces deux mois le public pourra venir choisir les œuvres qu’il désire emporter gratuitement.

Et à la fin, les deux mois étant écoulés, ce qui reste de l’exposition composera un beau feu de joie à moins que tel musée les récupère dans ses réserves… ! Et je ne produirai plus que du texte dans des livres ou des revues.

Plus aucune toile, dessin, sculpture, installation, plus rien pour les collectionneurs, les galeries et les musées.
Et pas loin de passer au stade octogénaire, je cesserai aussi de me produire en chair et en os et en public. »

Julien Blaine, avril 2019

Grand final !

Après seulement un mois de la réouverture de la Friche, la salle d’exposition était vide. Tout avait été emporté. À la place des 300 œuvres, des tags réalisés par Julien Blaine peignaient les murs anciennement blancs.

Ces phrases colorées, en capitale, soulignées, barrées, corrigées, effacées, entre guillemets, n’étaient finalement que la dernière trace, la dernière preuve physique de cette expérience artistique inédite, exceptionnelle, généreuse et hors-norme qu’a été Le Grand Dépotoir.

Une expérience qui a pris définitivement fin le samedi 8 août 2020 sur le toit-terrasse de la Friche : après avoir vidé entièrement son vieux moulin en faisant don de toutes ses œuvres, Julien Blaine a décidé de dire au-revoir à la scène publique et artistique avec son ultime prest’action de sa vie.

« À 77 ans & 11 mois
ce sera la vraie dernière prest’action !*
une déclar’action
qui fera honte à mes enfants, mes petits enfants, 
mes amies&amis
et à mon immense public
avec Richard Léandre à la contrebasse
et moi, 
avec mes cornes et mes conques,
mon corps presque octogénaire
et ma voix de jeune homme.

Ce soir là;
pour cette dernière, 
je vais laisser parler mon corps :
après l’ « ouverture » avec conques, cornes et contrebasse
que dit-il
quand il claque des dents
quand il salive
quand on (en l’occurence « Je » l’anime ?)
que proclame le crâne 
qu’exprime la peau et la viande ?.
&c.

Je embrasse vous. »

Julien Blaine


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