Sally Jane Norman
Internet ? Nouvel espace décriture à inventer ?
Nouvelle scène pour le spectacle vivant ?
Points soulevés ce matin :
Michel Simonot : " veut-on du théâtre aujourdhui "
" Où se joue la responsabilité de lartiste ? "
La culpabilisation de lart/ du travail artistique : cest quoi cette prétention de donner la parole aux gens ?
Le rêve politique : abolition de la distance physique entre le public/ luvre/ lartiste
Comme si cette abolition de la distance physique allait entraîner labolition de la distance symbolique. Le vieux rêve Wagner (luvre dart total), Appia (lart cest une attitude), Duchamp bien entendu, Cage, la lettre dAlembert sur les spectacles, etc.
Revenons plutôt sur la question : comment franchir le seuil ?`
Ce seuil, ce que jappelle "la rampe ", est historiquement évolutif, modifié et modifiable en permanence : ce que les uns voient comme une séparation, comme une distance physique, dautres voient comme une proximité, une promiscuité
Question de la culture du regard. Question doù on voit. Lexotisme qui nous émerveille peut profondément ennuyer lindigène, et inversement
Jean-Pierre Renault
Le théâtre du quotidien, le mouvement quil a identifié comme précédant 68, préparant la révolte
Mais ce mouvement pendulaire entre le théâtre " aliéné ", lointain, féerique, imposant, et son pendant " quotidien ", réaliste, intime/intimiste, existe depuis toujours
La Farce de Maître Pathelin, les origines du théâtre bourgeois à la Renaissance quest-ce qui est venu dabord, lécriture scénique (eg la Mandragore de Machiavel), ou la codification des espaces scéniques (Serlio, le carrefour de la ville, le palais, la campagne
- moyen âge terre, paradis, enfer, etc)
Puis la comédie des murs au 19c Bècque de Foulquières et dautres, les drames du salon le théâtre naturaliste, Zola/ Antoine, les Tisserands de Hauptmann représentation de la révolte des tisserands en Silésie
Et encore, cette interrogation sur le droit de faire parler le " populaire " : vieux débat, Zola sest monstrueusement planté parfois, surtout dans ses opéras Messidor, Louise où les gavroches causent comme la princesse de Clèves
Michel Cochet la nécessité décrire pour le théâtre en prenant la scène comme le point de départ, la priori à lacte décriture le funambule Genet à Abdallah veille à ce que tu meurs avant de monter sur le fil
Alix de Morant :
Est-ce que, pour être auteur, il faut quil y ait un livre ?
Bonne question lorsquon a affaire à des outils, des techniques dont le propre est dexploiter limmédiat, un présent éternellement dépassé
(dont lart théâtral)
Aujourdhui, linteractivité, les processus algorithmiques, qui sadaptent constamment aux opérations de lutilisateur, du spectateur, empêchent que le parcours soient enregistré, consigné
En effet, les " programmes " (mot lourd de sens pour lécrit) qui aujourdhui commandent certains processus, voire certaines oeuvres artistiques, ne sont plus les manuscrits qui dorment dans un placard et qui, comme la belle au bois dormant voire comme un bon vin, conservent leurs qualités artistiques
Ce sont des phénomènes étrangement proches du vivant, évolutifs, mutants
Michel Simonot : le théâtre dexhibition journalistique, lexhibition de la misère, de la pauvreté
mais il faut voir que linstrumentalisation des problèmes sociaux pour remplir du " prime time ", pour combler laudimat, est une technique courante, que le vrai-faux direct dont un nombre terrifiant de spectateurs est dupe, en est également une, que le web-cam dans sa chambre, dans ses toilettes, ça en est une aussi (mais toutes les évolutions techniques ont été accompagné de leurs versants " exhibitionnistes " : voire les lanternes magiques pornographiques que colportaient les Savoyards (dont Voltaire), les images stéréoscopiques aussitôt récupérées pour faire des peep-shows miniaturisés
)
Je dis cela non pas pour " dédouaner " les créateurs de leurs responsabilités, de leur devoir de fournir autre chose, mais pour relativiser, pour quà force de jeter lanathème sur les mauvaises pratiques dites " contemporaines ", on noublie pas que le sensationnalisme est toujours allé de paire avec lavènement dun nouveau médium de diffusion, de transmission dinfo
Mais comme la très bien dit Ben Amar Mediene, cest souvent labsence explicite du réel qui est le meilleur garant de son intrusion
LAkropolis de Grotowski fait passer une révolte profonde par la poésie du geste, de la mise en scène
Comme les uvres de Tadeusz Kantor.
La nécessité de ces uvres qui repoussent les limites du concevable le théâtre étant, en effet, le seul lieu où nous pouvons mourir et renaître en public, en direct, in vivo
.
" La bulle " - le poisson dAristote qui ne voit pas leau dans laquelle il baigne sil sort de leau afin den prendre conscience, afin den prendre connaissance, alors il meurt. Nous avons inventé le théâtre afin de pouvoir sortir de notre milieu " naturel ", afin de nous distancier de la vie que nous vivons, pour mieux la connaître, la reconnaître, pour pouvoir être émus par cette vie qui nous meut
Simonot le danger des dispositifs qui " naturalisent " les discours des uns et des autres, alors que ce qui fait défaut, ce sont des dispositifs qui offèrent à cette naturalisation (de type télévisuelle) une résistance
MAIS encore une fois pour relativiser en regardant lhistoire : la gestuelle " quotidienne " retravaillée chorégraphiquement, ainsi quelle la été chez les femmes de Lens, na rien de nouveau. Les joueurs de boules dans les Fâcheux de Molière, la gestuelle " dénaturalisée " par sa mise en scène, sa mise en uvre, chez des danseurs dits " post-modernes " - Yvonne Rainer, Anne Halprin, Steve Paxton
.
Il est discutable de voir, dans cette appropriation, un marque démagogique ou esthétique en fonction de lenvironnement dans lequel elle se pratique
Michel Simonot :
La commande politique se fait à légard du seul dispositif, dune situation de " co-présence " qui dédouane
Claude Behr le happening, la performance (Beuys, Jochen Gerz)
Lhéritage des plasticiens, ceux qui ont travaillé les installations, les parcours des lieux et des formes dexpression imprégnés dune théâtralité, dune qualité dramaturgique (Michael Fried : the arts degenerate as they approach the condition of theatre " - Art & Objecthood, 1968) i.e. lorsquils focalisent sur des propriétés temporelles considérées comme " impropres " à luvre plastique immuable, éternelle
Claude Behr lintérêt de ces lieux frontaliers, hybrides, ces croisements de pratiques
ICI SE POSE LA QUESTION DU / DES PUBLICS :
On parle de laccessibilité de luvre lorsque seraient envisagés des publics de provenances sociales différentes. On pourrait et il me semble, on devrait parler de laccessibilité de luvre en fonction de la culture/ des attentes de différents publics, hormis cette première question (privilégié/ défavorisé) : le public qui vient à travers les arts plastiques, à travers les arts corporels, à travers la scène littéraire, puis maintenant à travers les arts multimédia, interactifs
ces sphères daction sont chacune porteuse de codes et dattentes différentes. Lappréciation des uvres en pâtit nécessairement.
STENGERS :
Auteur/ autorité
Dans dix ans, nous irons vers les collectifs des co-philosophes
" Nous navons jamais été modernes " (Bruno Latour)
Que devient aujourdhui le public avec les nouveaux supports de diffusion, là où chacun peut être éditeur, supports qui sont de surcroît participatifs
.
Pourquoi voulons-nous que le public vibre ?
Pour que ceux qui viennent sautorisent à penser ce que, sinon, ils ne penseraient pas
Heiner Muller Hamlet Machine pour lequel était en cours une uvre multimédia. Dommage.
Constituter pour des créations ancrées dans les nouveaux outils, dans le numérique, des collectifs, des équipes de tgravail afin de tester, avec un champ de compétences élargies, les réelles implications de ces nouveaux outils, afin de voir ce que le réseau peut générer comme forme de création collective, participative (puisque ce sont là les qualités qui le différencient des outils/ environnements/ dispositifs existants
)
Le dilemme étant que les implications/ le potentiel de linteractivité mettent à mal la linéarité du récit, la ligne discursive des formes artistiques qui épousent le fil dun temps saisi comme chronologique
. Irréversible
.
Les collectifs que lon doit constituer pour sonder le potentiel scénique, artistique des nouveaux outils sont donc comparables aux équipes évoquées ce matin par Michel Cochet équipes réunissant des compétences différentes, afin de mieux sonder la spécificité (éventuelle ! !) de nouvelles formes artistiques
Pas forcément dans un but de " conversion ", de faire gagner des gens à la cause des nouveaux médias mais plutôt afin dutiliser les nouveaux outils afin de mieux apprendre, apprécier les spécificités de toute la palette doutils, nouveaux comme anciens. Nous savons combien les interactions et les interférences entre les différents média sont retorses, multiples, multidirectionnelles, complexes : la biomécanique meyerholdienne témoigne autant des rythmes du cinéma burlesque de Mack Sennet, de Charlot que des rythmes de la gestuelle tayloriste des nouvelles industries
Internet le drame de pouvoir agir à distance la célébration du " dieu prothétique " (Freud, Civilisation and its discontents), le deus ex machina du troisième millénaire, celui dont lampleur gestuelle va aujourdhui jusquà sur Mars, via Pathfinder et Rocky
Comment se saisir, artistiquement, de cette nouvelle donne temporelle ? Comment mettre en scène ce geste ubique ? Peut-être, justement, lintrusion/ l incursion de la chose par son absence est à valoriser. Mais on ne le saura quà force dexplorer les différents moyens qui nous sont offerts.
Je crois profondément à la nécessité dentretenir des espaces, des dispositifs multiples non pas pour en faire les coquilles vides, de pauvres alibis pour des pratiques très superficielles mais pour que ces dispositifs, ces lieux démergence de nouvelles écritures (expression de Michel Simonot) sirriguent, se contaminent.
Même si lon sait cest Bernard Dort qui le disait très bien lorsquil décrivait la multiplication des théâtres à la fin du 19e comme la multiplication de salles de miroirs, chacune envoyant à ses spectateurs leurs propres reflets, espaces autistes, autarciques mais si on peut tenter de mieux assurer la circulation, la jointure entre ces salles
Les dispositifs risquent encore, longtemps et beaucoup, de rester des lieux de monstration technique aujourdhui avec le numérique et le net, nous sommes à une époque comparable à celle de lélectrification des théâtres au 19e les uvres dAppia, les dispositifs déclairage de Hugo Bähr pour les mises en scène wagnériennes, figuraient davantage dans les illustrations du " Scientific American " que dans les annales théâtrales de lépoque
. On na quà relire les ouvrages du siècle dernier pour voir à quel point lélectricité a servi de prétexte (très maigre) à des drames au kilomètre (on achète bien de la musique au mètre), remplis de duels au sabres électriques, de curs battants à pile (les pacemakers de la ballerine branchée
). Soyons moins bornés que nos arrière-grand pères, en essayant de nous en souvenir, dapprendre du passé
A moins quil ny ait, rapidement, une exploitation des nouveaux outils par des collectifs faisant peser des compétences différentes, complémentaires, artistiques et techniques, dans lélaboration des nouveaux dispositifs, bien sûr que nous ne verrons venir rien de nouveau
.
Charleville les marionnettes 94 le désir de manipuler des créateurs sans poids, sans densité
le mouvement " libre " - belle illusion ! !
Imperia IMUTE Le spectacle parcours, un e sorte dinstallation réseau fenêtres sur Montréal, sur Pereslavl Zalesski, manipulation dun objet sur scène par des russes agissant sur le net
les bras de fer à distance maintenant possible, le contrôle de la lumière, du son on " édite " son spectacle, en effet
STEIM développer des dispositifs qui ciblent la virtuosité de lartiste, le comportement exceptionnel, anormal alors que le politiquement correct ferait valoir des outils " accessibles ", " intuitifs ", " conviviaux " (user friendly). Fabriquons des dispositifs pour des fous, pour des extrémistes (acrobate celui qui marche sur/ avec ses extrémités), pour voir quelles énergies peuvent peser dans ces espaces virtuels, collectifs naissants.
Stelarc flocking behaviour
Eduardo Kac linformatique portée
incarnée
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