Angela Spizig
Maire adjointe
chargée de la culture, Koeln/Cologne
Allemagne

 

Rôles et rappports artistes publics

 

 

 


 

La ville de Cologne est la quatrième ville de l’Allemagne avec 1 million d’habitants, dont 20 % d’origine étrangère, qui réunit des gens de 180 nations! C’est une ville ouverte qui a reçu des immigrés et leurs influences culturelles depuis 2000 ans!

Cologne est une métropole d’art avec des musées importants, 130 galeries d’art, 60 petits théâtres privés, avec 2000 artistes et 300 compositeurs, avec beaucoup d’écrivains et jeunes réalisateurs de film, qui vivent et travaillent dans la ville. A part des grandes institutions culturelles, Cologne a toujours eu une "scène culturelle indépendante" très active et créatrice.

Et, bien sûr, il y a des " friches " où travaillent ces jeunes artistes et où ils exposent leurs oeuvres : des usines où on réparait les wagons des trains, des anciens entrepôts au vieux port. . .

Je voudrais présenter trois projets qui explorent des nouveaux territoires de l’art et qui traitent, des manières différentes, la question du rôle du public. Et là, je parle d’un public qui n’a pas nécessairement l’habitude des galeries d’art, des théâtres, des musées.

Ce sont des gens de tous les âges, de toutes les couches sociales, de toutes les professions et métiers, de toutes les origines ethniques qui passent dans les rue et les stations de métro. Ce sont des personnes stressées qui poursuivent leurs devoirs quotidiens. Ce sont des familles qui se baladent en ville pour faire des courses. Ce sont des jeunes qui n’ont pas encore envie de rentrer à la maison après classe. Ce sont des gens sans domicile fixe …

C’est tout un public qui se trouve, tout à coup, vis-à-vis des œuvres d’art, des installations qui le confrontent, dans son cadre quotidien, à une beauté, une provocation inattendu et qui l’invitent à découvrir, à explorer des questions existentielles de l’art et de la vie.

 

Je vous présente d’abord l’installation de l’artiste de Cologne,

Angie Hiesl: KACHELHAUT/PEAU DE CARREAUX

Essen 1997, Munich 1999, Dortmund 2000, Cologne 2000

Si quelqu'un passait, sans le faire exprès, à côté de l’installation, ou même s’il choisissait de la visiter, il serait tout d’abord déconcerté: il marcherait sur l’herbe, d’un pas flâneur, et il humerait son odeur caractéristique flottant dans la pièce.

Dans cette sorte d’espace (une station de métro), jamais il ne s’attendrait à trouver des sections de gazon moelleux, déployées, tel un tapis, sur les marches d’un escalier roulant, ni à trouver l’escalier roulant lui-même transformé en chute d’eau. Là où l’herbe s’achève, une mare d’eau continue, et elle s’étend jusqu’aux bords de l’espace disponible. D’une profondeur à peine discernable, l’eau reflète ses abords.

Les gens et les passants recherchent un bon emplacement pour s’arrêter ou s’asseoir.

Le seul problème qui se pose est de savoir où se trouve la scène. Est-ce la surface de l’eau ou le gazon sous leurs pieds?

Et puis le public commence à se rendre compte que c’est tout l’espace qui tient lieu de scène, chaque personne étant au centre d’une représentation déjà bien avancée.

Hiesl et ses partenaires cherchent à susciter, chez les spectateurs, une prise de conscience accentuée de l’architecture spécifique qui les entoure et de son potentiel affectif particulier.

Pour ce faire, les mouvements et événements du quotidien sont associés à l’étrange, mis en scène à tout moment selon le type particulier d’architecture.

Les carreaux sont la peau de l’espace.

VIDEO – Peau de Carreaux

 

Voilà un autre projet extraordinaire de Angie Hiesl :

Angie Hiesl : x mal Mensch Stuhl (1995/96)

Imaginez-vous: vous vous promenez en ville, et tout à coup, vous voyez au dessus de vous, à six mètres de hauteur des chaises blanches fixées aux murs des immeubles différents. Des personnes sont assises sur ces chaises pendant une heure, en faisant des choses différentes : couper du pain, lire un journal, déplumer une poule…

Signe particulier : toutes sont d’un âge avancé, dans la septantaine et plus.

Ce sont des apparition saisissantes qui choquent les passants, qui mettent des sourires sur leurs visages, qui créent des discussions et des disputes parmi des étrangers. " C’est une manif contre quoi… ? "

Comme cela, Angie Hiesl invite tous les spectateurs qui passent par hasard, à se questionner sur l’âge et la place des personnes âgées dans la société.

Dans son oeuvre, le metteur en scène, chorégraphe et artiste de spectacle Angie Hiesl évolue aux confins du spectacle et de l’art visuel. Le point de départ de ses ouvrages et de ses spectacles est habituellement l’espace, ou plus exactement les espaces et les sites pour lesquels elle développe chaque projet particulier.

Tout au long du spectacle, le cadre et l’espace subissent une transformation qui, dans une certaine mesure, n’a rien à voir avec leur dessein réel ; ils reprennent vie d’une nouvelle manière:

la façade d’une ancienne usine (1987), un quai de la gare centrale de Cologne (1989), la Südbrücke (Pont sud) de Cologne (1990), les façades de différentes maisons des rues d’une ville (1997), une station de métro stérile (2000).

Chaque oeuvre commence par un examen minutieux de la structure de base, de l’architecture, de l’atmosphère et des caractéristiques spéciales de l’espace, ainsi que des possibilités de modifier l’espace sans lui ravir son caractère unique et son histoire. Dans ce contexte, Angie Hiesl commence par mettre au point l’idée et l’installation de l’espace puis, dans une seconde étape, le spectacle.

L’élément central de l’examen de l’espace respectif est le corps humain, en tant que moyen de transposer des associations, de la musique ou un sujet abstrait. Les spectacles et les ouvrages utilisent la danse, le théâtre, le cirque et des éléments artistiques visuels.

Le mouvement, qui désigne la manière dont on meut et traite le corps, occupe le premier plan. En se penchant et se tordant, l’artiste modifie sa perspective et renverse les modes de vue conventionnels.

C’est aux spectateurs eux-mêmes de développer leur propre logique, leurs explications et leurs associations au cours des spectacles. Il s’agit de modes de vue, des modes de vue et de pensée habituels, de la perception de choses selon un nouvel angle, de la vision de nouvelles choses, de la vision de choses différentes, il s’agit d’un bouleversement de la réalité et de la perception.

L’oeuvre se situe habituellement dans des "cadres habituels", très loin des espaces artistiques normaux, afin de permettre le contact et la communication avec une variété de personnes et de situations la plus large possible, d’érafler la vie quotidienne avec art, et de provoquer l’irritation.

Par-dessus tout, l’artiste Angie Hiesl aime faire des expériences et épuiser les frontières et les limites en général (qu’elles soient de nature personnelle ou physique), pour parvenir à l’essence de la matière.

 

 

La deuxième artiste qui attire un nouveau groupe de spectateurs, c’est Petra Stilper.

Son projet s’appelle :

Wandelhalle

Wandelhalle ("Promenoir") est un terme d’architecture qui désigne un toit supporté par des colonnes, c'est-à-dire un espace ouvert vers "l'intérieur" et "l'extérieur". L’idée de base de la "Wandelhalle" se base sur la représentation de ce lieu ouvert de toutes parts. Les projets sont temporaires, c'est-à-dire que la "Wandelhalle" n’a pas de salle d’exposition fixe tout au long de l’année, mais qu’elle conçoit et prend en charge des installations artistiques temporaires dans des lieux qui changent au cours du temps.

L’objectif de la "Wandelhalle" est de créer, dans l’espace urbain public, des forums donnant la possibilité aux groupes sociaux les plus divers d’aller à la rencontre de l’art contemporain et leur permettant d’échanger sur leur vécu et leurs expériences.

Le troisième projet que je veux mentionner, ce n’est pas une projet indépendant, mais un projets de plusieurs institutions :

c’est une coopération culturelle entre trois ville jumelées – Cologne, Barcelone et Lille, organisée par des institutions municipales et, très important, l’Institut Français de Cologne qui a un rôle très actif dans le dialogue culturel avec l’avant-garde de l’art. Six jeunes artistes des trois pays ont découvert, avec leurs pinceaux et leurs caméras, l’espace public et les habitants des " villes étrangères " .

Ils sont entrés en contact avec les passants dans les rues de ces villes et ont exposé, à la fin, les résultats de leurs explorations culturelles dans la forme d’un " trialogue ", dans toutes les trois villes.

Alors, toutes ces mises-en scène ont eu lieu dans des espaces urbains.

Et comme politicienne, je fais très attention au rôle de la ville. Je dois dire que le ville de Cologne joue un rôle ouvert et généreux. Et je ne parle pas seulement du soutien financier, qui existe aussi. Je parle surtout du soutien logistique. L’administration avec ses services différent agit et réagit d’une manière très peu bureaucratique. Elle permet que la gare centrale, qu’une station de métro, que les grands ponts qui traversent la ville peuvent être utilisés comme scène pour les installations des artistes.

Elle permet même que des clous peuvent êtres enfoncés dans des façades des monuments du patrimoine comme l’Opéra ou le Musée de l’Histoire de la Ville pour y attacher des chaises. Quand l’artiste demande à l’administration, si elle peut exposer des gens âgés de 60 – 80 ans sur des chaises, à 5 mètres au-dessus de la rue, les fonctionnaires ne prévoient pas seulement des catastrophes, on ne parle pas seulement des problèmes d’assurance etc. – mais on aide l’artiste à résoudre ces problèmes, à réaliser son projet – et on en est fier!

Comment peut-on achever un tel climat de fécondité culturelle? Il y a d’un côté, la tradition culturelle de la ville, liée à une grande curiosité en ce qui concerne de nouveaux développements.

Il y a des individus, dans la politique et dans l’administration, qui sont passionnés de l’art et qui arrivent à persuader, à convaincre les autres d’oser, de risquer des expériences d’art dans l’espace urbain. Et c’est cette communication qui permet aux artistes, mais aussi aux habitants de la ville, à des gens de toutes couches sociales, de tous les quartiers, de découvrir et d’explorer de nouveaux territoires de l’art!

Angela Spizig, Maire adjointe chargée de la culture, Koeln/Cologne, Allemagne

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 
 

 


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