Catherine Grout

 

"What is, in the context of contemporary art, your vision of a future / yet unknown art?"


 

 


 

Allow me to approach the question "What is your vision of a future / yet unknown art?" within a broader context, looking beyond the limited context of contemporary art. I am deeply reluctant to separate works of art from the world into which they emerge, and in reaction to which the artist created them.. What is more, in answer to your question, I am terribly sorry to have to admit that I am totally lacking in the qualities needed to see into the future, and therefore have no vision to offer.

All I can do is reiterate a few points that are well nigh truisms. Thus, we should never forget that art is to a very large extent the preserve of rich and/or powerful countries in which artworks are bought, sold, exchanged, consumed and commissioned – the countries where most (but not all) artists live, or at least, artists who are recognised and recognise themselves as such. We all know how difficult it is to make art when you are struggling to survive (because of war, hunger or other privations). In such situations, people’s energy all goes into their physical protection and biological survival. That is why, without trying to explain everything away with determinism and geopolitics, artworks cannot be separated from the economic, political, ecological (etc.) context in which they are made. This context weighs on us or stimulates our desires; it starves us or frees us from circumstances; it drags us down or enables us to open up to others.

When an artist is able to develop his/her intelligence and sensibility; when s/he can be "disinterested"; when, therefore, s/he can live in a place and in conditions that do not impede his/her mental and sensorial disposition – even if this is painful and perilous – then we need not worry about art, or even try to foresee its future. Art, like reality, is something that takes us by surprise. Indeed, that is no doubt one reason why it can be so moving.

There are – and there will be – splendid works of art, works that makes us laugh or smile, works that show us in the mirror of their own fortune, that draw in fascinated or credulous gazes, that makes us understand what the world is, what are we doing to it – things for which we cannot find the words; works that frighten us or unsettle us because the experience they offer is at one with that of Being. There are – and there will be – works that live in us and, in their own particular way – in other words, and above all, without discourse or justificatory contents, without righteousness or hosts of pious words, without twisting meaning in order to propagandise their own existence – what we need to do if we are to go on living together on the same planet, in the same space-time, and without forgetting the three dangers analysed by Hannah Arendt: alienation from the world, totalitarianism and consumerism.

I would express just one wish: that those who cannot live without art and without thought should not impose their vision of the world upon others.

Catherine Grout, Weimar- Paris, December 2001

 

Texte général de présentation de la 3ème biennale "mobilité, architecture"

" Les effets d’une globalisation se remarquent depuis déjà de nombreuses années, néanmoins, on peut se demander si l’on peut croire à une uniformisation de nos manières d’être et de se déplacer dans un espace donné. L’architecture et l’espace urbain sont des constructions élaborées à l’intérieur d’une culture, faites d’invention, de transmission et de contingence. Nos habitations, aménagements et infrastructures sont des spatialisations de nos pensées et de nos structures mentales qui nous prédisposent au même titre que le langage. Ainsi, notre manière de nous mouvoir, notre relation aux autres et aux choses sont en grande partie déjà "inscrites" dans des schémas historiques, culturels, sociaux et économiques. Pourtant en même temps, nous ne sommes pas imperméables au monde qui nous entoure : les schémas n’expliquent pas tout, ne dirigent pas tous nos faits et gestes, par exemple, les caractéristiques du lieu (sa lumière, son atmosphère) entrent en jeu. Nous faisons l’expérience des êtres et des choses au fil du temps et des événements.

Pour la troisième biennale d’Enghien-les-Bains, le thème est ‘mobilité, architecture’. L’idée initiale est double : en dehors du fait d’être soumis à l’entropie et à la destruction, nos habitations ainsi que le monde que nous construisons sont traversés, pris dans le mouvement de la lumière et de nos déplacements. Par ailleurs, des rencontres inopinées modifient nos trajets. L’inattendu est ce qui fait de notre vie autre chose qu’une répétition sans fin. Nous élaborons des itinéraires plus ou moins souples comme autant de narrations urbaines. Autrement dit, l’espace est indissociable du temps et des corps.

Présences dans la vie de tous les jours, les œuvres ont la capacité d’apporter l’étonnement dans la ville et de modifier notre relation intime vis-à-vis du quotidien. Elles furent dès l’été 1999, (avec les "Pyramides elliptiques inversées roses" de Fabien Lerat et "Petits commerces avec…", embarcation de Lin Yi-Nian et d’Alexandra Sa) des rencontres à l’échelle humaine, des surprises inopinées dans la rue et sur le lac, des propositions de regards et de sensations, des œuvres à porter et à goûter. En 2000, elles susciteront des expériences sensibles et physiques touchant aux lieux, à la mémoire de notre corps touchée autant par un volume que par des couleurs (photographies de Candida Höfer, "Habitation hélicoïdale" de Fabien Lerat), au mobilier (le "banc des amoureux" de Pierre Picot, "les Tourniquets d’Enghien" de Veit Stratmann, les fontaines "Lave-Yeux" de Jacques Vieille), à la représentation de la ville et de ses quartiers ("Cyclobox" de Lin Yi-Nian). Elles seront des événements ponctuels, dispersés dans la ville, des rencontres à l’échelle des habitants ("Gosty" de Boris Achour), voire des propositions d’expérimentation d’un espace de jeu ("Balagan" d’Alexandra Sa et le "Mobil art" de François Durif). Pensées dans le mouvement urbain, apportant leur rythme propre, elles inciteront à la découverte de soi et des autres et ce au milieu de tous. Ainsi, dans l’événement de leur expérience, elles seront des moments pour la réalité de l’espace public. "

bibliographie

  • 1991 A propos de l'art dans la ville, le Prix Bartholdi. éd. Unité Mobile,
    Besançon, 53 p

  • 1994 "Durée illimitée" in Picnic à Sanxay, éd. Le Temps qu'il fait, Cognac

  • 1995 "Le pouvoir de représentation" in Le Tramway de Strasbourg, éd. du Regard, Paris, 77 p

  • 1997 L'art en milieu urbain, traduction de Erimi Fujiwara, éd. Kajima, Tokyo, 207 p

  • 1999 Écouter le paysage, éd. École supérieure des arts décoratifs de Strasbourg, coll. Confer, 69 p

  • "Des moments de lumière", Marseille, photographies de Beat Streuli, éd. Actes Sud, Arles

  • 2000 Pour une réalité publique de l'art, éd. L'Harmattan, coll. Esthétiques, Paris, 312 p

  • 2002 Pour de l'art dans notre quotidien, des œuvres en milieu urbain, trad. Yao Meng-yin, éd Yuan-Liou, Taipei (à paraître)


direction d'ouvrages :

  • 1992 Sites et paysages, éd. Parc Naturel Régional de la Montagne de Reims, Verzy, 221 p

  • 1998 Re-discovering the landscape: a crucial urban actuality, éd. TN Probe, Tokyo, 298 p

  • 1998 Le paysage de l'espace urbain, Actualité du jardin, questions urbaines, éd. in situ, Enghien-les-Bains, 281 p

textes parus
dans les ouvrages collectifs suivant :

  • 1988 Ecrits et entretiens : Armleder, Federle, Mosset éd. W. Dijon

  • 1989 Mouvements d'art contemporain, éd. de l'Ecole Nationale supérieure des Beaux- Arts, Paris

  • 1992 Dictionnaire de l'art moderne et contemporain, éd. Hazan, Paris

  • 1993 Danse et Pensée, éd. Germs, Paris

  • 1995 Jardin, art et lieu de mémoire, éd. L'Imprimeur, Besançon

  • 1996 Le paysage et ses grilles, éd. de l'Harmattan, Paris

  • 1998 Une envie de ville heureuse, éd. du Péribole, Lausanne

  • Le Paysage de l’espace urbain, éd. in situ, Enghien-les-Bains

  • 1999 Paysage et identité régionale, de Pays rhônalpins en paysages, éd. La passe du vent

  • 2000 Kawamata, Evreux, Steidl publishers, Göttingen
    Flora und die schönen Künste, éd.Verlag der Kunst, Dresde et Kunstverein, Leipzig

  • Art et jardin, Musée d'art contemporain de Montréal
    Natures, una travessa per l'art contemporani éd Musée d'Art Contemporain de Barcelone, col. Llibres de Recerca (Macba)

  • Représentations, éditions de l'Université de Tokyo
    Nouveaux musées dans le monde, éd. Kajima, Tokyo

  • 2001 Mouvements d'art contemporain, édition augmentée, éd. de l'Ecole Nationale supérieure des Beaux- Arts, Paris

 
 

 


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