Ivana della Portalla

 

 

Rome : nouveau territoires pour l’art

 

 

 

 


 

Je suis heureuse de participer à cette rencontre internationale de grande envergure culturelle pour apporter ma contribution à une initiative qui m'apparait comme digne de mérite et essentielle pour ouvrir un débat innovant sur les nouvelle frontières de l'art, ou mieux sur les "nouveaux territoires de l'art" et ses expérimentations sociales.
Je remercie surtout, au nom du Maire de Rome, Walter Veltroni, que je représente ici, Michel Duffour, Secrétaire d'Etat au Patrimoine et à la Décentralisation Culturelle Française, de son aimable invitation et d'avoir su interpréter de la meilleure façon possible, à travers une initiative comme celleci, le rôle d"impulsion, de programmation et de développement qui lui incombe à titre institutionnel.
Je suis également heureuse d'être ici car je m'intéresse personnellement aux thèmes proposés, puisque, au-delà de mon rôle politique, je suis historienne d'art.
Il y a aujourd'hui, face à la massification dominante et à la globalisation culturelle, une nécessité d'investir dans la qualité, dans la beauté, dans la créativité en tant que facteur de croissance éthique, sociale et culturelle.
L'art, dans ses multiples expressions, peut assumer ce rôle avec une grande efficacité. Toutefois, pour mieux investir l'Art de cette fonction, il faut trouver de nouvelles routes, de nouvelles synergies, de "nouveaux territoires de l'art", en dehors des circuits conventionnels, et orientés vers une multipolarité culturelle.
Cette -pardonnez-moi le terme- cette non conventionnalité ou encore ce sortir des académies, des musées, des galeries, des théâtres et autres, sert à explorer de nouvelles voies et trajectoires et à donner corps à une forme de contact plus direct avec le public et donc à une forme culturelle "diffuse".
Là où la valeur ajoutée est donnée par l'intégration, par la mise en réseau des diverses expressions et formes artistiques avec la société dans laquelle elles opèrent, sans intermédiaires
De nouveaux espaces ont été utilisés, en général des édifices abandonnés à réhabiliter (comme des casernes ou des exemples de friche industrielle) servant, tout au moins pour ce qui a eu lieu et a été expérimenté à Rome, à la fois de contenant et de laboratoire à ces expressions.
Il s'agissait là toutefois d'épisodes intéressants mais isolés.
Aujourd'hui cependant la nouvelle municipalité qui gouverne la ville s'est placée dans une optique nouvelle qui entend favoriser le développement de ces initiatives.
Beaucoup a été fait, et pas uniquement avec des initiatives éphémères et improvisées.
Rome ,étant en outre une ville dans laquelle l'histoire est profondément présente et disposant d' un patrimoine artistique extraordinaire,
s'est toujours montrée réticente pour accueillir des expérimentations contemporaines. C'est comme si son fort tissu historique et archéologique la freinait face à une confrontation iimpossible. Ces dernières années toutefois, la ville a desserré cet étau
conservateur en s'ouvrant vers des formes innovantes et de grande originalité. Ainsi pour citer quelques exemples :
. L'espace des Fori imperiali (forums impériaux) fermé depuis toujours à la confrontation, a offert, ces dernières années, son cadre retentissant et fastueux pour contenir les oeuvres d'artistes de renommée internationale, qui, avec d'autres jeunes artistes, ont donné vie à une initiative intitulée "Giganti" (géants), qui en est maintenant à sa troisième édition.
. Dans un quartier marginal, à la périphérie de la ville, Tor Bella Monaca, a été installé, dans un espace public, un grand atelier (association Bit 72) ouvert au public et aux contributions des structures sociales de la ville.
. A Corviale, dans un énorme serpent architectural des années soixante, aujourd'hui terrain de l'exclusion sociale et culturelle, on est en train de construire un théâtre.
. A Ostie, dans le quartier marittime de la ville. Dans une ex-Colonie où sont nées en effet , dans une symbiose féconde, un théâtre, une bibliothèque, une salle multimédia ainsi qu'une auberge de jeunesse.
. Dans une ancienne savonnerie, l'ex Mira Lanza, on expérimente aujourd'hui des formes de théâtre d'avant-garde (le Teatro India) (le Théâtre India), en association avec la galerie d'art qui le jouxte.
. L'exposition Studi Aperti (Studios ouverts) qui, depuis quelques années permet à trois-cent-quatre artistes d'ouvrir leurs ateliers au public.
. Une exposition de grande envergure, intitulée Enzimi (Enzymes), a mis en contact des jeunes aux expressions artistiques diverses et des directeurs de galeries d'art dans toute la ville, et ce sans intermédiaires.
. La Casa del Jazz (la Maison du Jazz), qui veut offrir un lieu d'accueil
et d'expérimentation pour les auteurs, chanteurs et producteurs ainsi qu'un lien avec le public local et national.
. De même la Casa delle Letterature (la Maison des Littératures). C'est en outre dans ce sillage qu'est en cours de réalisation la Casa delle Architetture e del Cinema (la Maison des Architectures et du Cinéma)
De nombreuses expériences sont en cours. Elles sont essentiellement orientées vers une décentralisation culturelle et une décentralisation des ressources pour développer et activer de manière toujours plus forte les vocations et les impulsions qui proviennent directement des territoires périphériques et souffrant le plus de l'exclusion.
Selon moi, il est nécessaire de développer de plus en plus : les formes de gestion, les interactions sociales ainsi que les diverses synergies artistico-culturelles. Mais tout cela doit être réalisé au niveau de projets dans lesquels l'intervention publique et institutionnelle est seulement un facteur de coordination, d'impulsion et d'affectation ou généralement de mise à disposition de ressources et d'espaces. Et rien de plus.
Le développement de ces initiatives doit être autonome et autogéré, sinon toute la force d'innovation et de rupture de ces nouvelles recherches sera réduite à néant. Personnellement, je mettrai à profit les expériences que vous présenterez pour oeuvrer, comme il revient à un administrateur du bien public, au développement toujours plus ample de ces activités et à leur relations avec la ville que je représente.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


 
 

 


accueil / inscription / contributions / programme J. 14 - V. 15 - S. 16

s