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L'art
a toujours été un espace d'interrogation,
de questionnement critique sur l'ordre du monde.
L'image de cet espace attribué à l'art rappelle, ce qui,
dans le dialecte Pulaar (un dérivé du Peulh) du Nord du
Sénégal, on appelle les Poofaali, (respirations) Lesquelles
respirations nous permettant toujours de repartir.
A l'image de ces respirations, l'art est donc une note (tout aussi vitale)
pour la création de la bonne mesure sociale ; donc du monde.
Dans quelle mesure les nouveaux territoires de la création parviennent-ils
é revivifier cette fonction ?
On parle là de Nouveaux Territoires de la Création ; et
pour faire chic et frime, nous pouvons aussi dire les NTC !
En quoi ces territoires sont-ils nouveaux ? Il apparaét tout de
suite que ce terme, dans ce contexte lé, est d'un vocabulaire politique,
étatique.
Ces territoires ont toujours existés ; le politique, en tant que
pouvoir, ayant fait le choix, plus par inintelligence que par peur, de
les ignorer pour légitimer son occupation arbitraire de cet espace
qui ne peut étre sien. Parce qu'il a toujours existé des
citoyens qui, comme Marx, sont convaincus qu'il faut soumettre l'existence
de l'art é la condition de l'absence de l'Etat.
Cette fonction de respiration, cet espace de questionnements, d'interrogations,
l'art l'a toujours joué et assumé. La question n'est donc
pas de se demander comment revivifier comme il est énoncé
dans le sujet, mais plutét comment évacuer le goulot d'étranglement
que constitue le politique dans la circulation normale de l'art dans le
monde.
Cet étouffement par le politique a des tendances destructrices
dans les pays matériellement démunis (pour ne pas dire pauvre)
où la plupart des Etats ont fait le choix d'isoler la culture sous
prétexte de la pauvreté. Les conséquences, n'eut
été l'activisme de ces territoires de créations dits
nouveaux, auraient été les défauts de mémoires
pour les héritiers que nous sommes.
Sont-ils des lieux de réinvention du
travail ?
Par cette occupation (parce que c'est bien de cela qu'il s'agit) arbitraire
de l'espace artistique par le pouvoir politique, toute action ou activité
y est assimilée é un travail ; le travail dans sa forme
la plus mercantile et la plus dégradante qui soit. On y parle alors
de gagner sa vie ! une des expressions les plus dévalorisante qu'on
puisse coller é l'une des créatures les plus parfaites de
l'univers.
Dans ces territoires qui ne sont en rien nouveaux, on y gagne pas sa vie.
On veille. Sur soi d'abord et sur la ville ensuite.
Des lieux de réinvention de la ville
?
En 1998, sur les calendriers imprimés par l'armée sénégalaise,
on pouvait lire ceci: é ce ne sont pas les pierres qui font une
cité, mais les hommes qui la composent é. Je me suis toujours
dit qu'il manquait quelque chose dans cette profession de foi militaire.
Je sais aujourd'hui quoi. Il manquait une conjonction (que) et un adverbe
(aussi). La bonne phrase aurait pu donc étre : ce ne sont pas que
les pierres qui font une cité, mais aussi les hommes qui la composent.
Parce que nous ne pouvons ignorer la place capitale de l'architecture
dans notre recherche du bien-étre.
Dans toutes les grandes villes du monde, se développe le phénoméne
de l'errance des jeunes. Des enfants nés de la relation adultére
entre la civilisation de l'argent et la ville, sur le lit méprisant
d'une urbanisation des plus sauvages.
Aujourd'hui, aprés que l'art ait survécu aux multiples étranglements
du politique, ces territoires de la création, qui ne sont nouveaux
en rien, gréce é leur pluridisciplinarité, l'intelligence
et la justesse de leurs propos et de leurs actions, sont entrain de réinventer
la ville.
Nous savons qu'en Europe, de plus en plus, les Etats s'intéressent
à ces initiatives dans le seul but d'institutionnaliser la précarité
qui caractérise ces lieux. Ce qui, en soi, est une grave erreur.
Des lieux de réinvention du rapport aux
autres ?
Revenons à ce dialecte du Nord du Sénégal. Un sujet
adulte qui s'y exprime utilise le Nous é la place du Je. Parce
que dans ces territoires, l'autre, c'est aussi moi.
Ce digne rapport à l'autre permet une intégration sociale
non violente où, pour reprendre l'écrivain créole
Edouart Glissant, on peut changer, échanger et rester soi même.
Aujourd'hui, malheureusement, comme l'a constaté le peintre et
écrivain sénégalais Amadou Kan-Si, dans un de ses
textes, JE tue NOUS.
A tous les stades de préparations et de représentations
des créations issues de ces lieux, la rencontre avec le public
est toujours, sinon souvent, un moment de confrontation de ce dernier
avec son propre étre. Le but étant de les amener dans cette
logique oé il peut voir l'autre en soi.
D'ailleurs, la science ne nous a t'elle pas révélé
récemment que nous sommes tous issus du méme géne
?
Des lieux ce construction de soi ?
Ces territoires de la création qui, rappelons le, ne sont nouveaux
en rien, ont survécu é l'étranglement des politiques
que gréce é une chose : une dynamique de groupe qui est
le résultat de la grande et intelligente acceptation des différences
qui l'animent.
Dans ces lieux ou territoires, on ne connaét pas la concurrence.
On y gagne pas sa vie non plus. On l'honore.
Oui, c'est territoires sont de véritables
lieux
de construction de soi.
Ces lieux servent-ils de chambre de résonance au débat public,
en posant à leur manière les grandes questions de civilisation,
en ouvrant à leur façon des pistes alternatives ? Ce regard
depuis une position en hauteur que le politique porte à ces territoires
de la création apparaét clairement, par le vocabulaire contenu
dans cette interrogation : chambre de résonance qui rappelle caisse
de résonance ; à leur maniére et à leur façon,
comme s'il y avait deux façons de poser une vérité.
S'il devait y avoir donc deux maniéres et deux façons de
poser les grandes questions de civilisation, je dois moi les poser depuis
ma position d'acteur de ces territoires. Parce que depuis leur maniére
é eux (donc l'autre maniére), tout est calculé. Et
Sony Labou Tansi, auteur Congolais, nous avait appris que tout ce qui
est calcul est diabolique. D'oé notre méfiance.
L'alternatif est toujours apparu, aux yeux de ceux qui ne la vivent pas,
comme une solution de précarité. Il ne faut pas, au sortir
de cette rencontre que l'Etat français essaie d'institutionnaliser
cette précarité.
Oumar sall
oumarsall@hotmail.com
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