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le flot du poème Cassandre N°43, Septembre/octobre Propos recueillis par Alix de Morant
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Lhospitalité
sous la tente : Le trajet de la compagnie El Warsha (lAtelier) débute au Caire en 1987 avec le désir dadapter pour le public et la scène égyptienne le répertoire contemporain du théâtre européen . En 1987 la compagnie monte successivement deux pièces, Le Pupille veut devenir tuteur de Peter Handke et Le réveil de Dario Fo et Franca Rame. Mais cest en exploitant dans Dayer Maydour, libre adaptation dUbu roi, la matière picaresque du petit peuple égyptien telle que sut si bien la décrire luvre de lécrivain Naguib Mahfouz, quHassan el Géretly, metteur en scène, a le sentiment davoir trouvé la voie dun art populaire et exigeant qui renoue avec les plus anciennes traditions du théâtre à légyptienne tout en développant une esthétique résolument contemporaine. Deux ans plus tard, après un long voyage dinitiation vers les racines oubliées du théâtre dombre, à la rencontre des derniers maîtres dun art méprisé depuis les années cinquante, la nécessité dune structure théâtrale qui puisse englober spectateur et acteur dans les perspectives multiples de limaginaire et du réel simpose comme une évidence. Avec Dayeren Dayer, la métamorphose dEl Warsha seffectue dans la matérialisation dun espace à bâtir, un théâtre démontable qui puisse exister comme le lieu du récit et de sa transposition. Un théâtre flexible comme les lettres de lalphabet ,un lieu dici et maintenant qui relève de la tradition comme de lanticipation. Cet espace se révèle comme un lieu de prière quaurait vénéré les générations précédentes. La forme du dais cérémonial, symbole daccueil et de recueillement semble particulièrement convenir à ce temps suspendu de la convivialité quest la représentation théâtrale. Ghazir el Leil (Torrents de nuit) est le premeir spectacle joué sous la tente. Léchange entre les acteurs de la compagnie et les joueurs dombre sintensifient. Maniant le bâton ou la marionnette à gaine, les comédiens de la compagnie aquièrent un savoir faire ancestral quil métissent aux sources même de la vie quotidienne. Lobservation du réel, le parler dialectal, le comique de situation, lexpression brute, les graffitis, interview et souvenirs se mêlent aux dédales oniriques du conte et aux structures typiques du répertoire du joueur dombres pour créer la densité dune comédie populaire, reflet dune humanité en mouvement. Il aura fallu quatre ans à El Warsha pour tenter de reconstituer la geste de Beni Hilal, récit épiqque de la Haute Egypte et la traduire en théâtre. Quatre ans passés à récolter de la bouche des poètes, de loreille du peuple des bribes de cette épopée composée environ dun million de vers qui raconte les grandes migrations nomades des tribus des plateaux désertiques du Nadj au onzième siècle vers l actuelle Tunisie et Algérie orientale. Tentative de définitions dun théâtre populaire ébauchée en la présence dHassan el Géretly De la transmission : La geste hilalienne est la plus ancienne des histoires. Le conteur peut faire durer le récit des jours entiers en improvisant des milliers dhémistiches. Son impulsion est de continuer, de ne jamais sarrêter. Le moindre épisode de la geste dure environ cinq heures.La transmission est orale, et lon recueille de chaque conteur telle ou telle version. En ranimant la geste nous avons découvert un potentiel extraordinaire, un fleuve quil fallait remonter jusquà la source. Le poète est celui qui marche sur le sable chaud, le rêveur est celui qui le suit en creusant le sable et en se brûlant. La préoccupation du poète nest pas la même que celle de lhomme de théâtre : il peut décloisonner les espaces et construire sur le vide. Nous devons quant à nous creuser sous les pieds du poète pour sortir des braises, des personnages, des passions, des conflits et accoucher des revenants. Il nous fallait arrêter le flot du poème , ouvrir des brêches pour que létrange accouche du familier. Les conteurs, méfiant dans un premier temps par crainte de se voir usurper leur gagne pain, ont compris quil était vital de perpétuer lhistoire en renouvellant la forme. Ensemble nous avons imagimés des formes transparentes, retrouvé intuitivement des conventions authentiques.De lhospitalité : La question de lhospitalité concerne au plus près les acteurs. Etre un hôte, cest accepter en soi même la présence des revenants. Les acteurs qui cherchent leurs modèles dans le théâtre occidental ne font que se citer les uns les autres jusquà épuisement du stock de figures. Le théâtre dimportation ne peut pas résonner en nous. Je ne crois véritablement quen lidée de nature, ce que le photographe Nadar appelait la ressemblance intime. Lacteur doit être capable de saisir les moments dhumanité qui sont à sa portée la plus immédiate, pour en les restituant laisser deviner ce que le monde tait. Le grand acteur est celui qui ayant enmagasinné des morceaux de vie peut sélectionner la matière de son jeu dans son propre réservoir dimpressions personnelles. De la convivialité : Nous retournons toujours dans les villages où nous avons puisé notre matière première à la source de la geste, là où on se la raconte encore par bribes à loccasion dun mariage ou dune circoncision. Après des années à travailler sur Kafka ou Handke, nous nous retrouvons devant un public qui ignore le théâtre et ses conventions. Ce quil exige, cest de la convivialité, de léchange. Le public est avec lacteur, il plonge ses yeux dans les siens, il nest pas séparé : il vibre avec lui, chante, particicipe, commente le déroulement du récit. Il baigne avec lacteur dans un réservoir commun, assoifé par une culture quil reconnaît comme la sienne. Il faut que lacteur puisse assumer cette présence. De la tolérance: Nous existons dans la fureur et dans le contraste. La compagnie est composée dau moins trente personnes, dacteurs professionnels et amateurs, de pauvres, de riches, de musulmans, de chrétiens. Nous sommes tous exotiques les uns par rapport aux autres et nous nous reconnaissons en ce que nous avons dunique. Nous jouons en terre musulmane comme dans les villages coptes. Dans la geste hilalienne certaines musiques remontent à des époques anté islamiques. Lhistoire de lart dans notre pays est profondément empreinte dune spiritualité, qui au delà des différences, réunit les égyptiens. Latmosphère de ce pays, lun des plus cités pour ses problèmes dintégrisme,est teintée par la samaha ( tolérance)que chaque égyptien porte en lui. Il y a de lhospitalité en chacun, un pardon préalable au péché, qui fait que même entassés dans une foule, chaque individu dans son réceptacle intérieur a le souci de lautre. Entre les gens, il reste toujours un espace infini. De létranger : Un jour nous avons joué la geste hilalienne dans le gouvernorat de Sohag, près de Louxor. Nous étions hébergés dans une famille de riches propirétaires terriens. Pour remercier cette famille bourgeoise de son hospitalité, nous avons donné une représentation dans leur cour. Nous nous sommes retrouvés brutalement confronté à la problématique fondamentale de la geste : celle de létranger. Toute la geste raconte laffrontement de lenfant noir Abou Zeïd, le bâtard, létranger avec les princes de sang arabes. La geste cest lhistoire des peuples de lArabie malheureuse qui vont chercher fortune dans lArabie verte. Et là dans cette cour, parmi ces gens, nous nous retrouvions entourés des descendants desclaves affranchis qui étaient resté là à travailler une terre qui ne les appartenait pas. Du militantisme :
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