Les Frigos
Jean-Paul Reti
91, quai de la Gare
75013 Paris
Tél : 01 45 70 94 94
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Les Frigos font partie des sites historiques du travail artistique.
Ce lieu, situé quai de la Gare dans le 13e arrondissement de Paris,
est une propriété du Réseau ferré français
qui loue le bâtiment à des artistes, des micro-entreprises,
des artisans et quelques professions libérales. Ce regroupement
dartistes a permis au cours des dernières années de
maintenir dans ce quartier en mutation un pôle de vie et dactivités
reconnu, au niveau national et international, comme lun des plus
importants pôles de résidences artistiques. Avec le temps
et les aménagements successifs, effectués par les occupants,
le site a été utilisé au maximum de ses capacités.
Larchi-tecture de ces anciens Frigos, quelques peu carcéraux,
a permis de faire cohabiter des activités dans des domai-nes différents,
en évitant les trop fortes nuisances, liées à la
contiguïté des rési-dents. Différentes disciplines,
différents niveaux professionnels, différents horizons culturels,
se côtoient dans les Frigos qui ont un temps accueilli toute la
nouvelle génération du Jazz des années 80, avant
dêtre également utilisés par des plasticiens,
des artisans, des graphistes, des architectes
Aujourdhui près
de 250 personnes travaillent sur le site.
Par sédimentation, le projet sest peu à peu installé
dans le paysage culturel parisien, masquant sans doute la précarité
de linstallation des locataires du quai de la Gare. Lémergence
du projet daménagement urbain, Seine-Rive-Gauche menace en
effet le lieu, qui ne devait pas être conservé dans le cadre
de la transformation du site. Après lexpulsion des squats
du quartier, et la démolition dun des bâtiments voisins
des Frigos qui accueil-laient également des résidences artistiques,
la résistance des utilisateurs a permis de stopper, la démolition
du bâtiment et de contraindre les appétits des aménageurs.
Lexpulsion évitée, les questions liées à
lavenir du site restent entières. Le statut du bâtiment
doit évoluer, puisque son propriétaire, la Sncf, Réseau
ferré de France, ne souhaite pas le rester. Les 8 900 m2 ont été
évalués à 42 MF par le service des domaines, et les
90 utilisateurs, qui règlent des loyers de 3 000 F à 15
000 F, ne savent pas encore qui sera leur prochain bailleur. Lachat
par un propriétaire public est en négociation afin de maintenir
le fonctionnement actuel, en garantissant que les droits acquis ne se
transmettent pas et séteignent avec larrêt de
lactivité dorigine. Ce système permettrait de
ne pas privatiser le foncier et offrirait la possibilité daccueil
de nouveaux résidents au fur et à mesure des départs,
et ce dans un esprit de service public. Une autre hypothèse serait
la vente "par appartement" du site, et la transformation en
copropriété. Plusieurs des résidents ayant réalisé
des travaux importants trouveraient, bien entendu, cette possibilité
attractive, puisque le prix de la transaction serait loccasion dun
bon investissement. La difficulté de ce type de montage est double.
Tout dabord, certains utilisateurs actuels nauront pas la
capacité économique de se porter acquéreurs de leur
atelier. Ensuite, la pérennisation de lactivité artistique
au sein des Frigos risque dêtre mise à mal, car au
fur et à mesure la tentation risque dêtre grande, pour
certains, de réaliser une plus-value immobilière en vendant
latelier comme loft ou bureau.
Une autre problématique a trait au statut urbain du bâtiment.
Avec ce combat pour leur survie, les occupants du quai de la Gare se sont
mobilisés pour proposer une animation culturelle qui ouvre le site.
Le statut du site, même sil reste celui dun lieu de
travail, pourrait évoluer afin daccompagner la transformation
urbaine. Les Frigos sont en effet un des lieux danimation possible
de ce nouveau quartier qui se veut être "un nouveau quartier
Latin". En cela, il est indispensable que soit reconstruits et ré
attribués les 4 000 m2 de locaux qui ont été rasés,
et ce dans un plan urbain qui permette de retrouver une lisibilité
du site, notamment depuis les quais. Or, le plan qui a été
établi sur cette zone de Seine-Rive-Gauche, isole lîlot
des frigos par des opérations immobilières impor-tantes
visant par exemple à construire 40 000 m2 de bureaux entre les
quais et les Frigos. Pour sopposer à ce projet, lassociation
des Frigos, occupe depuis quelques mois le terrain et négocie avec
la société déconomie mixte lévolution
possible du projet urbain. Seule cette mobilisation orchestrée
depuis 1992 par lassociation pour le développement du 91,
quai de la Gare a permis de résister aux pressions immobilières,
en réunissant au-delà du seul intérêt des occupant,
dautres militants qui tentent de faire entendre leurs voix dans
ce grand projet daménagement, décidément très
controversé.
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