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Table ronde 4
Un autre monde ?
Lart a toujours été un espace d'interrogation, de
questionnement critique sur l'ordre du monde. Dans quelle mesure les nouveaux
territoires de la création parviennent-ils à revivifier
cette fonction ? Sont-ils des lieux de réinventions du travail,
de la ville, du rapport aux autres, de la construction de soi ? Servent-ils
de chambre de résonance au débat public, en posant à
leur manière les grandes questions de civilisation, en ouvrant
à leur façon des pistes alternatives ?
Animateur: Pascale
Ammar-Kodja
Rapporteur: Nicolas
Weinberg
Compte-rendu Table ronde 4
Un autre monde ?
Ce nouveau monde dont on rêve, quel est-il
? Peut-être, tout simplement, est-il un monde normal. Pas une normalité
de luniformité, mais une normalité de la liberté.
Etre libre comme allant de soi.
Mais on en revient au point de départ : un monde sans coercition
nest-il pas précisément de lordre du rêve
? Pour les participants de cette dernière table ronde, la réponse
pouvait être : on verra bien et en attendant, attelons-nous
à la tâche. Car « Lart permet de
changer le monde. Il doit être porté par lambition
de changer, de bouleverser, lordre du monde », martelait Chantal
Lamarre, donnant ainsi à penser que chaque être épris
de liberté est une ou un artiste. Pour la créatrice de Culture
Commune, cette représentation usuelle et usée
du créateur épris de liberté brillait dun nouvel
éclat : « Ce qui est nouveau, cest le sens politique
de luvre quon est en train de créer ».
Une observation que Miguel Benasayag avait effectué un peu plus
tôt en estimant que lorsquun lieu de création «
émerge dans une ville, cest de la politique, au sens le plus
noble du terme ». Noble, parce quelle correspond au désir
de liberté et de bonheur qui se trouve au centre de ce que le philosophe
et psychanalyste argentin appelait un nouveau type de protagonisme
social qui « ne fait pas référence à
lindividualisme militant, ni au narcissisme militant contestataire.
Il est plutôt lexpression dun débordement désirant
: construire un nouveau monde au-delà de la tristesse ».
Au-delà de la tristesse, du négatif, qui a pu présider
à la création des lieux intermédiaires. Au-delà
de ces expériences nées de la confrontation, du faute
de mieux, et qui sont en train dévoluer, «
de devenir quelque chose de positif ».
Nouveau monde et apathie
Mais cet enthousiasme énergique connaît un adversaire redoutable
: lapathie des groupes humains que le ronronnement de la banalité
fascine plus que la lumière de la liberté. Cest le
sentiment que lon avait à écouter le témoignage
de Giorgio Corsetti. Parlant de son pays, le metteur en scène italien
stigmatisait lexistence « dun Etat-industrie, fonctionnant
sur le mode dune entreprise privée » auquel les italiens
adhèrent, « parce quil ny a rien dautre
qui leur est proposé ". En parlant de la Hongrie comme dun
pays " sans bien-être » où « on a du mal
a avoir un image claire de soi-même », Arpad Schilling faisait
écho à cette analyse et laissait poindre son angoisse :
« Je viens dun pays où on ne connaît la liberté
que depuis douze ans. Mais la liberté a fait faillite, la politique
est morte et les troubles intérieurs menacent ». Le sens
positif, le sens politique, du lieu de création (du nouveau monde
?) est dautant plus nécessaire que lenvironnement où
il naît est triste, hostile, lui est tristement hostile. «
Lartiste et lart peuvent sonner le réveil car ils offrent
un ailleurs, un autre lieu », assenait Giorgo Corsetti avec la même
détermination quArpad Schilling évoquant la création
dun spectacle pour « rassembler ceux qui résistent
et de créer un scandale dans le métier », créer
un électro-choc et attirer lattention
faire entrevoir
ce nouveau monde.
Nicolas Weinberg
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