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Aujourd'hui vendredi 9 oct.

Expérience(s)

Gözde Mimiko Türkkan

Par SB
9 octobre 2026

En 2015, la Friche lance le programme Résidences Méditerranée avec l’Institut Français du Maroc. Depuis, une cinquantaine de jeunes artistes de nombreux pays du sud de la Méditerranée ont bénéficié de ce dispositif leur permettant de séjourner 3 mois à la Friche avec un accompagnement de l’une de ses structures résidentes.

Chaque artiste bénéficie alors d’un espace de production adapté à son projet et aux formes qu’iel développe. Un accompagnement personnalisé est mis en place via l’implication d’un·e accompagnateur·ice tout au long de la résidence, permettant des moments de parole et de « critique » qui ouvriront des espaces de réflexion à chacun·e.

L’artiste turque est invitée en résidence à la Friche en partenariat avec l’Institut français d’Izmir. Au cœur de ses recherches : les vagues, physiques ou plus métaphoriques, et leurs mouvements, au-delà des frontières.

Mimiko, pourquoi avoir choisi de travailler sur les vagues ? Qu’est-ce que cela représente pour toi ?

Tout mon travail est tourné autour des vagues. J’aime l’idée qu’elles véhiculent d’un monde fluide, sans frontières, qui n’est pas figé. Par exemple, les fleuves qui se déversent dans la même mer proviennent de différents pays et pourtant deviennent une même eau. Il n’y a pas vraiment de binarité entre la terre et l’eau, tout est en mouvement.

Au-delà des vagues physiques, il y a aussi des vagues de féminisme, de canicule, de pandémie, sismiques, électromagnétiques… Les vagues sont aussi physiques que sociales. Je m’intéresse aussi beaucoup aux vagues d’intention : ce qu’on a fait dans le passé se propage dans le futur, comme une onde, une fréquence. Quelles étaient les intentions de nos aïeux pour qu’on en arrive là ? Et nos corps traversent la planète. Il y a cette belle expression en anglais “water body” pour désigner tout ce qui est à base d’eau, et qui pourrait aussi être le corps humain. Et j’aime particulièrement une citation de Virginia Woolf que j’ai inscrite sur mon dessin qui dit : “Il y a des marées dans le corps.”

Justement, tu as travaillé sur de grands dessins inspirés de cartes, peux-tu expliquer quel a été ton procédé ?

J’ai trouvé ces anciennes cartes de la Méditerranée chez un libraire à Istanbul, et aussi cette carte verticale de la Méditerranée de Sabine Rethore, qui a enlevé toutes les frontières et qui remet en perspective toute notre vision de la terre et de l’eau. En projetant sur le mur, j’ai ensuite tracé des lignes qui forment des vagues et représentent ce mouvement, ce changement.

© Sophie Bourlet
© Sophie Bourlet

Tu as aussi développé un projet autour de ta pratique du surf ?

L’idée de fabriquer une planche avec des déchets m’est venue à Istanbul, où je réside et où je fais du surf, en mer Noire. En voyant une photo de Zak Noyle, d’un surfeur prendre une vague dans laquelle on voit plein de déchets, je me suis demandé : est-ce qu’un jour on surfera sur des vagues en plastique ? À Marseille, j’ai eu la chance de trouver l’association le Shappatoire, qui fabrique des planches de surf, et des associations comme Team Oxygène, qui organise du ramassage de déchets au fond de l’eau. J’ai aussi pu assister au World Clean Up Day, tout a vraiment bien concordé !

Le surf, c’est pour moi une pratique qui relève de la modestie face à la force des vagues, bien que le milieu du surf soit très blanc, plutôt sexiste, et pas du tout écologique…

Et j’aime particulièrement une citation de Virginia Woolf que j’ai inscrite sur mon dessin qui dit : “Il y a des marées dans le corps.”

Qu’as-tu trouvé à Marseille et à la Friche pour t’aider dans ce projet ?

La Friche m’a beaucoup aidée à être en contact avec ces associations, c’était vraiment une chance. La ville de Marseille a, selon moi, un côté assez difficile, par son côté chaotique, qui ressemble à Istanbul. Je la trouve pour cela assez fatigante – car trop similaire à chez moi – mais c’est aussi ce qui permet des rencontres peut-être plus faciles, plus spontanées. J’ai aimé aussi la manière dont les associations s’emparent du problème des déchets sur terre et en mer.

© Sophie Bourlet

DÉCOUVRIR LE TRAVAIL DE GÖZDE MIMIKO TÜRKKAN
Instagram : @mimikoturkkan
Site internet : mimiko.net

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