Bienvenue à la Friche
Aujourd'hui dimanche 7 juin.

Ça s'est passé à la Friche

Imaginer sous contraintes : lieux culturels et limites planétaires 

Par Sophie Bourlet
11 mai 2026
©Pierre Gondard

La 101e conférence du réseau Trans Europe Halles s’ouvrait sur la thématique : comment penser le futur des tiers-lieux culturels dans les limites planétaires ? 300 représentant·es des membres se sont réunis pour échanger pendant trois jours de débats et d’ateliers, avec pour focus la thématique de l’imagination et le futur de nos centres culturels.  

-ENGLISH BELOW-

« Cent fois, nous avons osé imaginer, malgré tout. Et cette cent-unième conférence, c’est aussi le début de cent prochaines. » a introduit Liene Jurgelane, présidente exécutive de Trans Europe Halles (TEH).

Le réseau, fondé en 1983 à Bruxelles par sept centres culturels indépendants, fédère aujourd’hui plus de 170 membres dans 40 pays, incarnant une expertise en réemploi d’espaces et gouvernance partagée. À la Friche la Belle de Mai, membre du réseau depuis 1992, la coopération joue un rôle central, comme l’a rappelé Alban Corbier-Labasse, directeur de la Friche, lors de l’inauguration de la conférence.  

Ces trois jours de conférence avaient pour objet l’exploration de l’imaginaire comme méthode pour envisager le futur écologique et social des centres culturels. Une transition qui passe d’abord par une prise de conscience : nous vivons sur une « fine pellicule » du vivant, une critical zone, un espace fragile et interdépendant, où les tiers-lieux peuvent servir de laboratoires d’habitabilité. Ils permettent de faire travailler ensemble artistes, scientifiques, habitant·es, citoyen·nes, élu·es et autres acteur·ices autour de savoirs concrets sur l’eau, le sol, l’énergie, la mobilité ou la culture, dans les deux sens du terme.  

Penser collectivement de nouveaux récits  

Liene Jurgelane, la présidente de TEH a encouragé dans ce sens à pratiquer l’éthique de l’amour de l’autrice Bell Hook, car sans elle, « toute imagination risque de se fondre dans le système, auquel justement, on résiste. » Elle appelle à une éthique du soin, de l’amour et de la présence, et invite à ralentir pour retrouver une attention réelle au vivant, aux autres et aux lieux. Mieke Renders, la directrice de TEH, souligne de son côté l’importance de l’interconnexion. Dans les lieux culturels, un concert devient un rituel de respiration collective, une fresque raconte l’histoire de la résilience d’un quartier, ou un repas partagé un acte de résistance politique face à la solitude. L’exemple évoqué par Ibrahim Nehme du Beirut Art Center, avec son distributeur d’eau dans un contexte de guerre et de manque d’eau potable, montre qu’un lieu culturel peut, avant toute action culturelle, être un lieu de présence, de valeurs partagées, d’humanité. 

Dans les lieux culturels, un concert devient un rituel de respiration collective, une fresque raconte l’histoire de la résilience d’un quartier, ou un repas partagé un acte de résistance politique face à la solitude.

Dans un panel réunissant les chercheurs Jérôme Gaillardet, avec sa « sensitivity crisis », Chloé Latour et son concept “d’habitabilité”, et l’architecte et travailleuse culturelle Efrosyni Tsiritaki, les débats ont attiré l’attention sur l’intérêt de la recherche collective et citoyenne sur ces sujets. Les intervenant·es ont débattu de l’intérêt de développer des “micro-skills”, qui pourront permettre de créer une culture commune et un changement durable, un contre-récit face à une idéologie du progrès. Grâce à cette imagination, nous trouverons « des moyens de coexister sur cette terre », selon Efrosyni Tsiritaki. Car la force des lieux de culture est précisément de faire de l’imaginaire une méthode de transition, des « dojos de l’habitabilité » selon Jérôme Gaillardet, des espaces d’apprentissage collectif où l’on expérimente concrètement d’autres rapports au territoire, aux autres et au vivant. 

Imagining Within Limits: Cultural Centres and Planetary Boundaries 

The 101st conference of the Trans Europe Halles network opened around a central question: how do we imagine the future of cultural centres within planetary boundaries? 300 member representatives gathered to exchange ideas over three days of debates and workshops, with a focus on imagining the future of our cultural centres. 

« A hundred times, we dared to imagine, in spite of everything. And this hundred-and-first conference is also the beginning of the next hundred. » opened Liene Jurgelane, Executive President of Trans Europe Halles (TEH). 

The network, founded in 1983 in Brussels by seven independent cultural centres, today brings together more than 170 members across 40 countries, embodying expertise in the repurposing of spaces and shared governance. At Friche la Belle de Mai, a network member since 1992, cooperation plays a central role, as Alban Corbier-Labasse, Director of the Friche, recalled during the conference’s opening ceremony. 

These three days of conference were devoted to exploring the imaginary as a method for envisioning the ecological and social future of cultural centres. A transition that begins first with an awareness: we live on a « thin film » of life, a critical zone, a fragile and interdependent space, where third places can serve as habitability laboratories. They bring together artists, scientists, residents, citizens, elected officials, and other stakeholders around concrete knowledge on water, soil, energy, mobility, and culture, in both senses of the word. 

Collectively imagining new narratives 

TEH President Liene Jurgelane encouraged participants in this spirit to practice the ethics of love advocated by author bell hooks, because without it, « any imagination risks being absorbed into the very system we are resisting. » She calls for an ethics of care, love, and presence, and invites us to slow down in order to rediscover genuine attentiveness to life, to others, and to places. TEH Director Mieke Renders, for her part, highlights the importance of interconnection. In cultural spaces, a concert becomes a ritual of collective breathing, a mural tells the story of a neighbourhood’s resilience, or a shared meal becomes an act of political resistance against loneliness. The example cited by Ibrahim Nehme of the Beirut Art Center, a water dispenser in a context of war and drinking water scarcity, shows that a cultural venue can, before any cultural action, be a place of presence, shared values, and humanity. 

In cultural spaces, a concert becomes a ritual of collective breathing, a mural tells the story of a neighbourhood’s resilience, or a shared meal becomes an act of political resistance against loneliness. 

In a panel bringing together researchers Jérôme Gaillardet with his concept of « sensitivity crisis, » Chloé Latour and her concept of « habitability, » and architect and cultural worker Efrosyni Tsiritaki, the discussions drew attention to the value of collective and citizen-led research on these subjects. Speakers debated the interest of developing « micro-skills » capable of creating a shared culture and lasting change, a counter-narrative to an ideology of progress. Through this imagination, we will find « ways to coexist on this earth, » according to Efrosyni Tsiritaki. For the strength of cultural spaces lies precisely in making imagination a method of transition: « dojos of habitability » in Jérôme Gaillardet’s words, collective learning spaces where different relationships with territory, with others, and with living beings are concretely experimented with. 

À lire dans le même dossier

Retour sur

Opening Saison Méditerranée

Retour en podcast et en images sur la soirée d’inauguration des 5 expositions de la Saison Méditerranée à la Friche le 20 juin 2026.

Lire la suite

Sensibiliser les citoyen·nes à une alimentation durable

Retour sur la projection au cinéma Le Gyptis du documentaire « Manger pour vivre » et témoignages de différentes associations qui œuvrent et réfléchissent au quotidien au sujet fondamental de l’alimentation.

Lire la suite

L’élévateur étant en panne, l’accès aux étages est uniquement possible par les escaliers. Nous nous excusons auprès des publics impactés.