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Ça s'est passé à la Friche

Imaginer sous contraintes : lieux culturels et limites planétaires 

Par Sophie Bourlet
11 mai 2026
©Pierre Gondard

La 101e conférence du réseau Trans Europe Halles s’ouvrait sur la thématique : comment penser le futur des tiers-lieux culturels dans les limites planétaires ? 300 représentant·es des membres se sont réunis pour échanger pendant trois jours de débats et d’ateliers, avec pour focus la thématique de l’imagination et le futur de nos centres culturels.  

« Cent fois, nous avons osé imaginer, malgré tout. Et cette cent-unième conférence, c’est aussi le début de cent prochaines. » a introduit Liene Jurgelane, présidente exécutive de Trans Europe Halles (TEH).

Le réseau, fondé en 1983 à Bruxelles par sept centres culturels indépendants, fédère aujourd’hui plus de 170 membres dans 40 pays, incarnant une expertise en réemploi d’espaces et gouvernance partagée. À la Friche la Belle de Mai, membre du réseau depuis 1992, la coopération joue un rôle central, comme l’a rappelé Alban Corbier-Labasse, directeur de la Friche, lors de l’inauguration de la conférence.  

Ces trois jours de conférence avaient pour objet l’exploration de l’imaginaire comme méthode pour envisager le futur écologique et social des centres culturels. Une transition qui passe d’abord par une prise de conscience : nous vivons sur une « fine pellicule » du vivant, une critical zone, un espace fragile et interdépendant, où les tiers-lieux peuvent servir de laboratoires d’habitabilité. Ils permettent de faire travailler ensemble artistes, scientifiques, habitant·es, citoyen·nes, élu·es et autres acteur·ices autour de savoirs concrets sur l’eau, le sol, l’énergie, la mobilité ou la culture, dans les deux sens du terme.  

Penser collectivement de nouveaux récits  

Liene Jurgelane, la présidente de TEH a encouragé dans ce sens à pratiquer l’éthique de l’amour de l’autrice Bell Hook, car sans elle, « toute imagination risque de se fondre dans le système, auquel justement, on résiste. » Elle appelle à une éthique du soin, de l’amour et de la présence, et invite à ralentir pour retrouver une attention réelle au vivant, aux autres et aux lieux. Mieke Renders, la directrice de TEH, souligne de son côté l’importance de l’interconnexion. Dans les lieux culturels, un concert devient un rituel de respiration collective, une fresque raconte l’histoire de la résilience d’un quartier, ou un repas partagé un acte de résistance politique face à la solitude. L’exemple évoqué par Ibrahim Nehme du Beirut Art Center, avec son distributeur d’eau dans un contexte de guerre et de manque d’eau potable, montre qu’un lieu culturel peut, avant toute action culturelle, être un lieu de présence, de valeurs partagées, d’humanité. 

Dans les lieux culturels, un concert devient un rituel de respiration collective, une fresque raconte l’histoire de la résilience d’un quartier, ou un repas partagé un acte de résistance politique face à la solitude.

Dans un panel réunissant les chercheurs Jérôme Gaillardet, avec sa « sensitivity crisis », Chloé Latour et son concept “d’habitabilité”, et l’architecte et travailleuse culturelle Efrosyni Tsiritaki, les débats ont attiré l’attention sur l’intérêt de la recherche collective et citoyenne sur ces sujets. Les intervenant·es ont débattu de l’intérêt de développer des “micro-skills”, qui pourront permettre de créer une culture commune et un changement durable, un contre-récit face à une idéologie du progrès. Grâce à cette imagination, nous trouverons « des moyens de coexister sur cette terre », selon Efrosyni Tsiritaki. Car la force des lieux de culture est précisément de faire de l’imaginaire une méthode de transition, des « dojos de l’habitabilité » selon Jérôme Gaillardet, des espaces d’apprentissage collectif où l’on expérimente concrètement d’autres rapports au territoire, aux autres et au vivant. 

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