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Aujourd'hui mercredi 11 mar.

Expérience(s)

Lizzie Reid

Par Grégoire Triau
11 mars 2026
© Grégoire Triau

En Méditerranée, territoire particulièrement exposé au réchauffement climatique, le programme européen MATCH explore la manière dont l’art peut nourrir de nouvelles formes d’engagement écologique. En s’appuyant sur les jardins communautaires comme espaces de rencontre et d’expérimentation, il invite artistes et habitant·es à imaginer collectivement des pratiques plus solidaires et régénératives.
À la Friche, cette résidence prend racine au jardin des rails, où création, écologie et participation citoyenne se rencontrent.

Rencontre avec Lizzie Reid artiste et graphiste accueillie durant 1 mois à la Friche avec MATCH.

Après des études en design graphique et une maîtrise en écologie politique et droit environnemental, Lizzie Reid a entamé une réflexion sur les réponses apportées par les habitant·es à la chaleur, et à la manière dont celle-ci affecte des villes comme Marseille. 

Tes recherches pendant la résidence concernent-elles un sujet en particulier ? 

Je m’intéresse aux grandes chaleurs dans les villes. J’aborde la chaleur en tant que réalité concrète pour les gens qui doivent s’y adapter, apprendre à vivre avec, et les manières dont, en ville, nous pouvons répondre à ça. 

J’ai travaillé sur l’espace public, la législation et les usages autour, et sur les principes d’ouverture et fermeture. J’ai basé mes recherches sur la notion de « ville poreuse, » une expression utilisée par Walter Benjamin et reprise dans les études d’urbanisme. Je m’y réfère comme pour parler de la perméabilité des feuilles, des matériaux. Les villes aussi ont besoin de rester perméables aux personnes, mais deviennent de plus en plus policées et privatisées. 

Comment ta manière de travailler a-t-elle évoluée au contact de Marseille ? 

De par mon bagage de militante j’ai l’habitude des grandes phrases, des assertions utilisées pour leur côté graphique, du sentiment de ralliement collectif qu’elles donnent. Avoir l’occasion d’expérimenter avec une large palette de matériaux, mais aussi de pouvoir mêler des sources académiques et des observations, m’ont mené à des essayer des esthétiques nouvelles. Par exemple, j’ai collecté sur les trottoir les signes que se laissent les ouvriers pour cartographier et noter les réseaux souterrains. 

Pour une des pièces faite ici j’ai utilisé des pigments réactifs à la chaleur, sérigraphiés sur du textile. Les images (des photographies de plantes) et les textes sont peu visibles, mais quand ils atteignent 27ºC ils apparaissent clairement. Les plantes ont d’ailleurs été cueillies dans le jardin à l’arrière de la Friche Belle de Mai, près de la Villa des Auteurs. 

Les villes aussi ont besoin de rester perméables aux personnes, mais deviennent de plus en plus policées et privatisées. 

Mais surtout, en vivant ici à la Belle de Mai on se rend compte des manières inventives avec lesquelles les gens occupent l’espace public. La ville de Marseille donne en effet ce sentiment de porosité, lorsque les habitant·es investissent les rues de façons diverses, même ces tensions dont je parlais (la présence policière et la privatisation) demeurent. 

Marseille est un îlot de chaleur dans la région, et La Friche est un îlot de chaleur dans Marseille. Après tout, c’est 99 % de béton. Le problème avec le béton c’est qu’il absorbe et absrobe la chaleur, mais ne la relâche que très tard, et reste chaud jusque dans la nuit. Ici plusieurs personnes travaillent sur cette question, et proposent par exemple de casser la couverture de béton par endroits, de renaturer, de mettre en place des heures d’ouvertures différées, d’ouvrir de nouveaux espaces au public… c’est aussi ce qui a mené au travail avec les parents et les enfants, au terrain de jeu, où nous avons dessiné et discuté. 

Quelles perspectives semblent se dessiner, justement, pour ton travail ici ? 
 
Je reviens en Juin pour installer une œuvre, et en fait, il fera chaud… Je vais me concentrer sur cette histoire de pigments thermo-réactifs, avec lesquels je vais essayer différentes choses dans les prochains mois, avant de revenir.  Ces bannières que j’ai accroché me rappellent les grandes bannières qui peuvent flotter au vent. Dans un espace comme la Friche, qui est ouvert, on peut aisément imaginer que cela apporterait quelque chose de beau et léger à l’espace. 

DÉCOUVRIR LE TRAVAIL DE LIZZIE REID
Instagram : @lizzie_reid_

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