Bienvenue à la Friche
Aujourd'hui mercredi 25 fév.
La mission de l’association Du Vote à l’Assiette est de renforcer le pouvoir d’agir des citoyen·nes pour favoriser une alimentation plus durable. Et ce particulièrement dans les quartiers populaires. Pour évoquer ce sujet, à quelques semaines des élections municipales qui se dérouleront les 15 et 22 mars, elle a co-organisé avec la Coopération Territoriale depuis la Belle de Mai et de nombreuses associations partenaires du 3ème arrondissement de Marseille une soirée projection-débat au Gyptis, le cinéma de la Friche la Belle de Mai, le 14 janvier 2026. Un « aller vers » les habitant·es pour expliquer tous les enjeux de ce sujet fondamental qu’est l’alimentation.
C’est le rush ce soir dans le hall du cinéma Le Gyptis avant la projection du film documentaire « Manger pour Vivre » écrit et réalisé par Valérie Simonet. On dresse les tables qui petit à petit se couvrent de foccacias multiples et variées réalisées au jardin Levat, un site qui propose, entre autres, dans l’année des ateliers de maraichage et de jardinage ainsi que des ateliers cuisine à partir des légumes produits sur le site pour concocter des repas partagés le midi. Quelques salarié·es, de très nombreux·ses bénévoles, des habitué·es du cinéma intéressé·es par le sujet de l’alimentation, et des habitant·es du quartier invité·es par les associations partenaires.
Il y a Nadia, habitante à la Belle de Mai, qui même avec un CDI dans un établissement de santé à Marseille connaît en tant que mère célibataire « la difficulté d’acheter les produits à cause du prix pour mes trois enfants encore à la maison » et fait ses courses aussi au Secours Populaire mais sans bénéficier de la gratuité car « je gagne trop ! ». Et Marcelline, une bénévole très active. « J’ai proposé un projet cuisine à l’association En chantier intitulé Du jardin à l’assiette (avec les légumes qui viennent du jardin Levat), je cuisine aussi dans le cadre du chantier participatif et je suis référente de CHO3, le collectif des habitants organisés du 3ème. » Et Emma, salariée depuis mai 2024 de l’association En chantier témoigne : « j’accompagne les personnes en insertion pendant six mois, cela est renouvelable jusqu’à 24 mois. L’objectif est de les aider à monter en compétences pour trouver un travail et de lever les freins sociaux auxquels iels doivent faire face. Nous menons différents projets pour faire communauté autour de l’alimentation, du maraîchage et du bien manger afin que tout le monde puisse accéder à une alimentation saine. C’est un sujet qui nous tient vraiment à cœur. » Si dans un premier temps ce soir, on mange, on parle, on échange, on se désaltère et on rigole, le sujet est on ne peut plus sérieux. Il s’agit de réfléchir aux solutions pour garantir à toutes et tous un accès digne à une alimentation saine, de qualité et porteuse de lien social. Avec à la clé des solutions concrètes portées par de nombreuses associations du territoire et présentes dans la salle. Accéder à une alimentation de qualité est un sujet politique. Agir dans ce sens peut donc passer par un vote éclairé afin de permettre le déploiement de projets ciblés.
Dans son film documentaire « Manger pour Vivre », la réalisatrice Valérie Simonet suit un collectif d’associations à Montpellier qui a créé une Caisse alimentaire commune. Pendant une année, elle accompagne l’ébauche d’une sécurité sociale de l’alimentation où 400 personnes cotisent selon leurs moyens et reçoivent toustes la même somme pour se nourrir sainement. À travers plusieurs portraits, le film propose une réflexion sur le droit à l’alimentation. Yolande, bénévole au Secours Populaire depuis vingt ans constate que « la situation se dégrade ». Samira qui a intégré le collectif témoigne qu’elle « se sent mal à l’aise » et « va toujours avec une copine pour se sentir mieux dans les magasins biologiques où elle peut faire ses courses en Mona, la monnaie alimentaire ». Elle reconnaît que le projet lui a « ouvert les yeux sur les pesticides, les circuits courts et les produits locaux. Et puis ce qui est important c’est qu’on se soutient, on se comprend. » Au-delà de l’aspect économique, chacun reprend petit à petit sa vie en main, sort de l’isolement, échange avec d’autres et crée des liens sociaux.
Rappelons qu’en France, en 2025, une personne sur dix a des difficultés chaque jour pour se nourrir et c’est trois fois plus qu’il y a dix ans. Selon l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae), le nombre de bénéficiaires de l’aide alimentaire a plus que doublé entre 2009 et 2019. Elle concerne 5,5 millions de personnes dont 30 % de familles monoparentales. L’aide alimentaire s’est installée dans le paysage mais malgré toute son humanité, elle est débordée par le phénomène et certain·es estiment qu’elle « enlève de la dignité aux personnes. » De nouvelles solutions restent à trouver pour permettre à chacun·e d’accéder à une alimentation saine et de qualité. Des initiatives émergent un peu partout sur le territoire dont certaines s’appuient sur une idée de la Sécurité sociale de l’alimentation (SSA). Une idée qui repose sur trois principes : universalité de l’accès, conventionnement des professionnel·les réalisé par des caisses gérées démocratiquement, financement par la création d’une cotisation sociale à taux unique sur la production réelle de valeur ajoutée. Ce mécanisme de Sécurité sociale de l’alimentation est aussi un des leviers pour une transformation du système de l’alimentation -production agricole, transformation, distribution, consommation – pour une démocratie dans l’alimentation. Aujourd’hui, il existe une soixantaine d’expérimentations de SSA en France, chacune avec ses particularités mais toutes dépendent de subventions. À Marseille, notamment, la COllective Marseillaise pour l’Alimentation et les Communs (COMAC) planche sur un projet d’expérimentation inspirée de la SSA dans les 2ème et 3ème arrondissements. Sandia Mbae Ali, membre du comité d’habitant·es a témoigné : « Nous venons toustes d’horizons différents, et dans cette réflexion nous souhaitons avoir des connaissances communes sont sur les liens entre la nourriture et la santé, la chaîne alimentaire (de la production à la consommation) et de la sécurité sociale pour pouvoir construire notre modèle local de SSA. Le but est d’apporter de la dignité aux producteur·ices comme aux consommateur·ices ce qui n’est pas le cas de l’aide alimentaire. »
L’association citoyenne du Vote à l’assiette qui cherche à travers différents événements à mobiliser par le vote pour une alimentation saine dans son assiette auprès des habitant·es des quartiers est partie de trois constats. La précarité alimentaire est importante et en hausse dans les quartiers populaires, l’alimentation est un droit que l’on doit exiger, et le lien entre alimentation et santé est désormais fortement prouvé. La projection du film a donné lieu à un débat animé et instructif avec les habitant·es du quartier et des représentant·es des associations présentes.
Éducatif, porteur d’espoir, solidarité, futur, réhabilitation, courage, précarité… Une fois la projection terminée, les mots fusent dans la salle ainsi que les projets comme celui de « se mettre ensemble pour réfléchir à une coopérative du bien manger ». La projection du film dans les mairies d’arrondissements et à l’Assemblée nationale permettrait une meilleure prise de conscience du sujet par les politiques à toutes les échelles où ils interviennent et peuvent agir. Un autre sujet a été fortement abordé par le public, celui de l’aide alimentaire. Bien présente, elle est peut-être un modèle à bout de souffle puisqu’elle a été pensée comme une urgence. Beaucoup s’interrogent sur ses défauts. Pour certains elle « enlève la dignité aux personnes, et ce jusque dans l’emballage et la présentation des produits moins jolis », nécessite de poser des questions aux bénéficiaires « sans garantir la confidentialité des informations très personnelles. » De nouvelles propositions doivent émerger avec autour de la table les citoyens et les citoyennes, les acteurs de terrain publics et privés, les élu·es afin de mettre en place des solutions à l’échelle notamment d’un quartier. Des solutions, c’est ce qu’attendent les habitant·es des quartiers populaires. Et c’est ce que sont venues présenter les associations du territoire sans avoir toutefois de solutions clés en main. C’est ensemble que l’on construit ces solutions, avec le politique. C’est ensemble que l’on chemine sur la voie d’une alimentation saine et durable pour toutes et tous.

Cette organisation non-gouvernementale (ONG) française de défense des droits civiques et du progrès démocratique a été créée le 28 juin 2021 au lendemain des élections départementales et régionales. Elle mène des campagnes de sensibilisation, de mobilisation et de plaidoyer pour une démocratie plus ouverte et plus inclusive. Sur le terrain, des équipes locales d’A Voté composées de bénévoles s’organisent pour créer des évènements qui ramènent la démocratie au plus près des citoyennes et des citoyens.
« Le vote est le premier moyen d’agir, c’est une façon de choisir les candidat·es qui priorisent le sujet de l’alimentation lors des élections, notamment les municipales à venir les 15 et 22 mars prochains, souligne la co-fondatrice de l’association Carole Sadaka. L’alimentation c’est politique, et même si les villes n’ont aucune compétence obligatoire sur ce sujet, la volonté politique permet de répondre aux enjeux locaux. Et pour les habitant·es, c’est une façon de reprendre le pouvoir sur leur alimentation. »
Au cœur du quartier de la Belle de Mai, l’association En chantier a construit un écosystème. Avec La Cantine du midi, l’épicerie la Drogheria, un laboratoire de boulangerie, un projet de maraîchage et un chantier d’insertion. Elle prône la promotion d’une alimentation saine et de qualité, accessible pour toustes, s’appuyant sur des circuits courts et une production agricole locale, la valorisation de la dimension interculturelle, intergénérationnelle et sociale de la cuisine et des traditions culinaires. Cuisiner ensemble, élaborer des ateliers de fabrication de pain, confectionner et distribuer des paniers repas solidaires… les actions de l’association s’adressent à tous les habitant·es, comme aux bénévoles extérieur·es, quel que soit l’âge, la condition sociale, la situation administrative, la maîtrise de la langue.
Depuis un peu plus d’un an, la COllective Marseillaise pour l’Alimentation et les Communs (COMAC) planche sur un projet d’expérimentation inspirée de la SSA dans le 2ème et le 3ème arrondissement. Reprendre le pouvoir sur notre alimentation et garantir le droit à une alimentation choisie, durable et de qualité pour toutes et tous sont ses objectifs. « Le but est de décider ensemble ce que nous voulons, les comités d’habitant·es du 2ème et 3ème arrondissement déciderons ensemble du projet qui verra le jour. L’objectif est d’arriver à une alimentation saine, durable et choisie, avec une juste rémunération pour les producteur.ices, et respectueuse de l’environnement », précise Séverine Frison, membre de la Comac.
LA COOPÉRATION TERRITORIALE DEPUIS LA BELLE DE MAI
Pour Nicolas Dupont, chargé de coopération de proximité de la Friche de la Belle de Mai, l’important est de « créer des ponts entre les habitant·es, les associations du quartier, et les structures sociales et culturelles – dont la Friche. Plusieurs enjeux nécessitent de la coopération dont la fabrique des droits et en particulier le droit à une alimentation saine. »
Les Grandes Tables I.C.I soutient Du Vote à l’Assiette dans ses actions depuis sa création.
Entreprise d’insertion depuis 2020, elle mène de nombreuses actions d’insertion toujours en lien avec la cuisine. « Nous réalisons des repas solidaires en co-production avec différentes structures et associations, à la Friche, à la Criée et au Plan d’Aou. Nous sommes également à l’initiative du festival Kouss.Kouss où les employé·es en insertion des entreprises et des associations du collectif EPICES réalisent 10 000 plats dont 5000 sont distribués place Bargemon à Marseille », précise Camille Garcin, chargée de projet aux Grandes Tables – I.C.I.
Créée en 2007, l’association des Paniers Marseillais (PAMA) est un réseau d’Associations pour le maintien de l’Agriculture Paysanne (AMAP). Si la structure a aidé au montage du débat le 14 janvier, elle mène des actions pour une accessibilité à une alimentation digne, durable et choisie auprès des plus fragiles. « Nous travaillons avec des structures sociales qui sont au contact des personnes ayant de faibles revenus pour proposer des paniers bio doublement solidaires c’est-à-dire accessibles pour les personnes les plus précaires et rémunérateurs pour nos paysan·nes », souligne Sara Bentahir, chargée de mission d’accessibilité alimentaire. Aujourd’hui, cela concerne quatre-vingt-dix familles qui payent un panier entre 3, 5 ou 7 euros (le prix classique est de 20 euros) en fonction de leurs capacités, et sept maraîcher·es. »
Nichée au sein du quartier de la Belle de Mai, l’association L’Hydre gère le Jardin Levat, un espace de 1,7 hectares dédié à la biodiversité, au partage et à l’engagement citoyen. Une parcelle collective de 300 m² bientôt agrandie d’une nouvelle de 900 m² permet de venir s’initier au maraîchage et apprendre de nombreuses techniques, deux vergers, des massifs de vivaces comestibles. L’Hydre ne se contente pas d’entretenir et d’aménager le jardin : elle organise des chantiers participatifs, des ateliers pédagogiques, des fêtes de quartier. Le leitmotiv de l’Hydre : « Rien ne se perd, tout se transforme » aussi bien pour les essences comestibles que pour les déchets de table ou de taille.
L’association nationale Vers un Réseau d’Achat Commun (VRAC) en place à Marseille depuis 2023 favorise le développement de groupements d’achats dans les quartiers prioritaires de la politique de la ville. Le projet de l’association est orienté vers l’accès du plus grand nombre à des produits de qualité issus de l’agriculture paysanne, biologique, équitable à des prix bas, grâce à la réduction des coûts intermédiaires (circuits-courts) et superflus (limitation des emballages) tout en garantissant une rémunération juste des producteurs. « Une fois par mois, les habitant·es peuvent choisir des produits secs dans un catalogue en ligne et récupèrent leur commande dans une épicerie éphémère en apportant leurs contenants et en payant sur place. À Marseille, il existe quatre lieux, des centres sociaux partenaires, dans le 1er, 3ème, 13ème et 15ème arrondissement. Nous allons aussi faire du plaidoyer et interpeller les candidats aux municipales sur le sujet de l’alimentation », explique Barthélémy, salarié de VRAC. Et petite fierté, le riz de Camargue complet vient d’entrer dans le catalogue après un vote des adhérent·es.