Fermeture exceptionnelle de l’exposition « Au grand jour » pour circonstances indépendantes de notre volonté et maintenance d’oeuvre. Les autres expositions restent accessibles.
Bienvenue à la Friche
Aujourd'hui mercredi 11 fév.
La durabilité des équipements culturels est-elle un impensé collectif ? Et si, en cherchant à soigner la maintenance des bâtiments ou en imaginant la réversibilité des usages et le partage des espaces, on trouvait des solutions non seulement plus responsables mais aussi plus soutenables ? La réponse se trouve peut-être dans l’expérience des tiers-lieux.
Les « fermetures pour travaux » de grands établissements culturels et le désormais fameux « mur d’investissement » qu’ils doivent affronter — on entend parler de plus d’un milliard d’euros de travaux à venir pour certains d’entre eux — peuvent donner aujourd’hui l’impression d’un impensé collectif. On a construit de splendides totems culturels avec la perspective que les budgets de fonctionnement suivraient toujours et on a longtemps sous-estimé l’importance de la maintenance des bâtiments (et notamment ce qu’on appelle le G.E.R : gros entretien et renouvellement).
David Pontille et Jérôme Denis, invités du LaboFriche en juin 2023, ont permis de visibiliser et de valoriser le travail quotidien des personnes qui prennent soin de nos lieux et équipements culturels, dans leur ouvrage « Le soin des choses : politique de la maintenance » (La Découverte, 2022). Mais ces équipements ont-ils toujours été pensés pour durer ? Leur maintenance a-t-elle été intégrée dès le départ aux budgets d’exploitation sur le long terme ? Comme tout ce qui ne se voit pas, ou ne se voit pas tout de suite, c’est rarement une priorité. Il est en effet plus valorisant d’inaugurer un nouveau bâtiment ou la rénovation d’un équipement que de consolider — et augmenter quasiment chaque année — une obscure ligne budgétaire sur un budget de fonctionnement.
Prendre soin de nos lieux, c’est aussi prendre en compte leur devenir écologique. Dans leur livre « Héritage et fermeture : une écologie du démantèlement » paru en 2021 aux éditions Divergences, les chercheurs Emmanuel Bonnet, Diego Landivar (invités en 2024 au LaboFriche à la rencontre « Travailler nos attachements ») et Alexandre Monnin, nous y encouragent : rediriger certains usages et fonctions de nos lieux culturels dans une perspective de soutenabilité écologique et d’adaptation au nouveau régime climatique est crucial pour maintenir la dimension politique, vitale et essentielle de nos espaces culturels. Irait-on jusqu’à fermer certains équipements culturels trop lourds ou inadaptés aux pratiques culturelles d’aujourd’hui ? Pas sûr que la question soit entendable…
En revanche, ce qui est imaginable, c’est de réfléchir à la réversibilité des usages et au partage des espaces. En cela, ce que l’on nomme aujourd’hui les « tiers-lieux » ont certainement une expérience à partager. Comme le dit très justement Cynthia Fleury dans son livre « Clinique de la dignité » (Éditions du Seuil, 2023), « les tiers-lieux sont des acteurs clés de cette politique d’hospitalité … et constituent une nouvelle façon d’élaborer des services publics, avec des protocoles particuliers de reproductibilité ». Ainsi, un des chemins serait de mieux mettre en partage les espaces, faire cohabiter des pratiques différentes dans un même lieu — comme sait le faire depuis longtemps le champ de l’éducation populaire — et modifier les usages en fonction des réalités sociales et du climat — profiter par exemple de la climatisation des musées pour en faire des refuges en période de canicule.
Peut-être faut-il cesser de toujours résoudre l’équation un projet/ un lieu par la construction ou l’ouverture d’un nouvel équipement. Cela ne vaut peut-être pas pour les territoires sous-équipés mais dans les grandes villes, il y a sûrement d’autres manières d’imaginer les choses en jouant sur l’amplitude des heures d’ouverture, la polyvalence des équipements ou une gouvernance partagée et coopérative de la gestion des lieux. Il y a encore du chemin à parcourir mais les tiers-lieux montrent, avec le partage de la maîtrise d’usage, une direction que les partenaires publics feraient bien de regarder d’un peu plus près.



Fermeture exceptionnelle de l’exposition « Au grand jour » pour circonstances indépendantes de notre volonté et maintenance d’oeuvre. Les autres expositions restent accessibles.