Rencontre avec Assem Hazem, photographe Égyptien accueilli à la Friche au printemps 2026 dans le cadre du programme Résidences Méditerranée.
Bienvenue à la Friche
Aujourd'hui lundi 13 juil.
En 2015, la Friche lance le programme Résidences Méditerranée avec l’Institut Français du Maroc. Depuis, une cinquantaine de jeunes artistes de nombreux pays du sud de la Méditerranée ont bénéficié de ce dispositif leur permettant de séjourner 3 mois à la Friche avec un accompagnement de l’une de ses structures résidentes.
Chaque artiste bénéficie alors d’un espace de production adapté à son projet et aux formes qu’iel développe. Un accompagnement personnalisé est mis en place via l’implication d’un·e accompagnateur·ice tout au long de la résidence, permettant des moments de parole et de « critique » qui ouvriront des espaces de réflexion à chacun·e.
En résidence à la Friche pour son projet L’inconnu que j’ai connu / L’inconnu que je connais, le travail de Grocco, graffeur, se déploie dans une veine à la fois intime et minimale, autour d’une collecte photographique de portraits d’inconnu·es, dans des lieux urbains marqués par la gentrification, les déménagements, les expulsions. Interview.
Qu’est-ce que ce titre signifie pour toi ?
J’ai commencé à ramasser des photos dans la rue en 2009, à Mohammedia et Casablanca. Je trouve des photos entières, plus ou moins abimées, ou des fragments. Parfois des pellicules. Sur un des petits portraits trouvés, j’ai reconnu quelqu’un : un homme que je ne connais pas vraiment, mais que je croise, qui est dans ma réalité. C’est le paradoxe de la ville, où on a accès aux vies privées.
J’ai voulu faire une expérimentation simple autour de ces images. Je passe beaucoup de temps à essayer des assemblages, des collages, des compositions. Parfois je les gratte ou les brûle légèrement, mais je n’interviens que très peu, je fais plutôt de la mise en dialogue et un travail autour de la matière. Comme certaines photos sont abimées, volontairement ou non, c’est aussi un travail autour de l’absence, ce qui n’apparaît plus.



Quel est le lien entre le reste de ton travail et la façon dont tu collectes du matériau pour ce projet ?
Je travaille beaucoup dans la rue. En tant que graffeur on documente beaucoup, on prend nous même des photos ; il y a du mouvement, des choses incontrôlables. C’est un peu pareil pour ma collecte.
Je n’achète jamais dans les vide-greniers ou les brocantes : je récupère dans la rue, dans les poubelles des marchés aux puces, dans d’anciens garages… ce n’est pas un travail d’archive, je ne sacralise rien. Je récupère et j’accompagne les images dans leur cycle de vie. C’est une prise de risque aussi : que ça ne marche pas, que le dialogue ne se fasse pas. J’ai beaucoup d’hésitations, mais je tiens à la spontanéité. La rencontre avec une photographie c’est comme une lumière, ça te traverse, il faut la voir… ou pas.
Je garde les photographies telles qu’elles sont, chargées.

Comment ce projet va-t-il t’accompagner maintenant ?
La résidence ici m’a permis de tout passer en revue, de choisir, respirer, retourner à mes images. Ça m’a permis d’être engagé sur le projet, qui arrive à maturité petit à petit. C’est une pratique au long cours, un peu contemplative, « énergétique » mais pas vraiment esthétique. J’ai envie de faire évoluer doucement le travail, peut-être par un film, en tous cas je vais continuer à chercher, comment dire… la certitude qu’il y avait dans mon idée.

DÉCOUVRIR LE TRAVAIL DE GROCCO
Instagram : @_grocco_
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