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Aujourd'hui dimanche 6 sep.

Expérience(s)

Hasnae Lachgar

Par SB
3 juillet 2026

En 2015, la Friche lance le programme Résidences Méditerranée avec l’Institut Français du Maroc. Depuis, une cinquantaine de jeunes artistes de nombreux pays du sud de la Méditerranée ont bénéficié de ce dispositif leur permettant de séjourner 3 mois à la Friche avec un accompagnement de l’une de ses structures résidentes.

Chaque artiste bénéficie alors d’un espace de production adapté à son projet et aux formes qu’iel développe. Un accompagnement personnalisé est mis en place via l’implication d’un·e accompagnateur·ice tout au long de la résidence, permettant des moments de parole et de « critique » qui ouvriront des espaces de réflexion à chacun·e.

Formée aux Beaux-Arts de Casablanca, Hasnae Lachgar est aujourd’hui curatrice et invitée en résidence à la Friche Belle de Mai par l’association Fræme. Pour ce projet, elle a choisi d’explorer le sabir, une langue anciennement parlée sur le pourtour méditerranéen, avec l’artiste Karim Rafi. Entretien.    

Qu’est-ce que le sabir et pourquoi avoir choisi de travailler sur le sujet ?  

Le sabir méditerranéen (ou Lingua Franca) était une langue de contact parlée dans les ports de la Méditerranée entre le Moyen Âge et le XIXᵉ siècle. Il était principalement fondé sur différentes langues romanes (italien, génois, vénitien, espagnol, occitan, français), avec des emprunts à l’arabe, au turc, au grec et à d’autres langues méditerranéennes. C’était un moyen de communiquer pour des communautés très différentes. Le sabir est avant tout une langue orale, mais il en existe des traces écrites, des dictionnaires et des témoignages historiques. J’aimais bien cette idée que chacun fournisse un effort pour s’adapter à l’autre, plutôt qu’une seule personne s’adapte à l’autre. C’est ce qu’est la curation selon moi, se mettre ensemble au service de l’artiste, d’un propos. Il n’y a pas beaucoup de traces de cette langue aux archives et peu d’artistes ont exploré la question, c’est pourquoi j’ai choisi de travailler avec Karim Rafi, qui connaissait le sujet, et je trouvais qu’on parlait le même langage justement.  

La Friche est un lieu incroyable, il y a toujours quelque chose à faire, à voir, à manger… Il y a une grande communauté d’artistes très solidaires. Je me sens vraiment très chanceuse ! 

Quelles sont les œuvres que vous avez développées à deux durant cette résidence ?  

On a décidé de combiner une vidéo de la Méditerranée prise depuis le Rif marocain lors d’une résidence avec Abdellah Karroum, le fondateur du lieu de résidence l’Appartement 22 à Rabat. Et sur cette vidéo, on a ajouté des captations sonores prises à Marseille. On s’est baladé avec Karim, équipés de micros, dans le tram, le métro marseillais, en discutant avec les gens. On prépare aussi un atelier avec la participation des visiteur·ses. L’idée est que chacun·e puisse laisser une trace avec des points sur une feuille, qui ensuite seront mis sur un ruban perforé. Tout cela deviendra un ensemble, qu’on pourra tourner et qui produira du son, comme une boîte à musique. L’idée est qu’il n’y a ni début, ni fin, qu’on est tous·tes là à faire partie d’un ensemble, à communiquer malgré différents langages.  

Tu es arrivée au moment de la saison Méditerranée, comment cette saison et la ville de Marseille résonnent-elles avec ton travail ?  

J’ai eu beaucoup de chance d’arriver pendant cette saison, car j’ai pu assister aux montages d’expo, échanger avec des artistes comme Zineb Sedira ou Abdessamad El Montassir, et des Algérien·nes ou Tunisien·nes, nombreux·ses pour l’occasion. Ça a vraiment résonné avec mes enjeux autour du langage, de l’identité. Énormément de choses se passent dans la ville, et Fræme m’a beaucoup aidé à circuler, c’était vraiment une chance. J’ai assisté aux Rencontres à l’échelle, qui ont un rapport avec le langage très intéressant, j’ai rencontré la Compagnie, portée par des bénévoles, et j’y ai vu des supers films, expo, et j’ai aussi découvert la compagnie Air Sabir qui font même un karaoké sabir.  

Marseille n’est pas vraiment dépaysante pour moi. Je m’attendais à entendre des accents marseillais, mais dans la ville, j’ai entendu quatre types d’arabe ! Tunisien, libanais, algérien, marocain… On se sent un peu comme à la maison et il y a une chaleur qui me rappelle beaucoup le Maroc. Et la Friche est un lieu incroyable, il y a toujours quelque chose à faire, à voir, à manger… Il y a une grande communauté d’artistes très solidaires. Je me sens vraiment très chanceuse ! 

Karim Rafi est artiste pluridisciplinaire. Il était invité par la curatrice Hasnae Lachgar pour créer autour du sabir.

« La question du sabir est une question philosophique et politique. Avec Hasnae, nous avons pensé le sabir comme un espace et non comme un langage, plutôt comme une métaphore. On s’est demandé quel protocole activer. Le sabir ne s’écrit pas, il s’enrichit de chacun·e, c’est pour cela que nous avons conçu cette installation contributive et maïeutique, qui accouche d’une prise de conscience libre et libertaire. Cette boîte à musique, activée par le vent, joue les notes de chacun·e sur un ruban de Möbius infini. Elle est une proposition sensible de ce que peut être une ré-publique et crée un vocabulaire commun. » 

DÉCOUVRIR LE TRAVAIL D’HASNAE LACHGAR
Instagram : @ha______________r

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