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Ça s'est passé à la Friche

Des mots pour « enjamber la flaque qui reflète l’enfer » 

Par Sophie Bourlet
22 août 2025
© Sophie Bourlet

Les mots de Mouna Ouafik, Nasri Sayegh, Sarah Haidar et Souad Labbize, ont résonné lors d’une lecture polyphonique mise en scène par Maya Bösch, sous le dôme de la place Seita. Cette lecture était le fruit d’une résidence internationale à l’occasion du festival Les Rencontres à l’échelle, organisée par la structure Les Rencontres à l’échelle – B/P, résidente de la Friche depuis 2015.  

Sous le dôme en béton de la place Seita, une question résonne : « Comment fais-tu pour armer tes caresses ? » Cette question, Mouna Ouafik la pose, malicieuse, tant pour elle, que pour la centaine de spectateur·ices assis·es dans toutes les directions. Puis, les voix résonnent : celle de Nasri Sayegh, égrenant les mots, de Sarah Haidar, déroulant sa rage et celle, posée, de Souad Labbize. Accompagnés d’une création sonore de Maïa Blondeau, artiste complice de la metteure en scène, les mots s’entrechoquent, deviennent échos, rebondissent en un cercle immersif, tantôt murmures, tantôt joueurs, tantôt cris de rage. Nasri Sayegh le dit, « vos yeux qui me regardent vous regarder » et font du « je, un nous. »  

La rencontre est politique  

Les quatre auteur·ices livraient des textes, certains inédits, réalisés lors d’une résidence de dix jours à la Friche Belle de Mai, dans le cadre du festival Les Rencontres à l’échelle, dédié aux formes contemporaines du spectacle vivant, théâtre, danse, et performance. La metteure en scène Maya Bösch, chargée de la direction de la performance, raconte : « On a tenté de faire commun, avec les différentes formes d’écritures pour arriver à un montage hétérogène dans lequel chaque texte fait résonner l’autre. J’ai ressenti dans les écritures, une réelle urgence du présent. » Celle qui considère la rencontre comme politique a pensé la lecture comme une polyphonie, une véritable constellation narrative.  

la création ne doit pas devenir la caution artistique d’un monde qui n’a plus de morale

Ces quatre individualités, originaires du Liban, de l’Algérie et du Maroc, refusent les assignations. « Je ne veux pas être enfermée dans un profil d’anarchiste algérienne. Mon écriture est multiple et apatride. » s’insurge Sarah Haidar, méfiante. Nasri Sayegh, préfère de son côté l’image de « feuilleté d’expériences méditerranéennes » même s’ils se disent d’une même voix profondément « perforé·es » par le génocide en Palestine. Selon les auteur·ices, il y aura un avant et un après. Sarah le rappelle, tout en questionnant le rôle de l’art et de la littérature : « la création ne doit pas devenir la caution artistique d’un monde qui n’a plus de morale. » 

Une douleur commune  

Mais certains mots peuvent. Pour Souad Labbize, qui raconte des violences sexuelles subies dans l’enfance, l’écriture est le moyen « d’enjamber la flaque où se reflète l’enfer », tandis que Mouna Ouafik se sent comme « un mot qui lutte pour sa survie. » Et si le monde n’aura plus le droit à leurs larmes, comme est intitulée la performance, il pourra encore faire se réunir leurs amours, pour « faire trembler les empires », et rester « ensemble et vivantes » selon la formule de Nasri Sayegh, qui clôt l’émouvante performance sous les applaudissements.  

Le chantier des nouvelles écritures francophones est une coproduction de la Friche la Belle de Mai avec le soutien de la Région Sud Provence Alpes Côte d’Azur.  

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