Trois jours, soixante participant·es, un objectif : proposer des solutions pour améliorer le bien-être des femmes dans l’espace public. Ce deuxième hackathon du programme européen CREAConnect était accueilli par la Friche Belle de Mai et l’incubateur de l’AMI. Un exemple de coopération locale et internationale au cœur du projet de la société coopérative.
Une véritable effervescence agitait le LaboFriche ce vendredi. Pour la cinquantaine de participant·es au hackathon, c’est le moment de pitcher les projets, au terme de trois jours de création collective. Le premier groupe monte sur scène et annonce un chiffre : 25 % de femmes ont peur de prendre les transports en commun à cause du sexisme. Les participantes présentent leur solution : un escape game dont vous êtes le héros, installé sur la place Jean Jaurès à Marseille, qui permettrait aux hommes de se mettre dans la peau d’une femme victime de harcèlement de rue.
Après un tonnerre d’applaudissements, les propositions se succèdent : créer des programmes de mentorat, un foodtruck à destination des femmes, co-designer des arrêts de bus plus accueillants la nuit avec des femmes du quartier, ou encore diffuser une application, qui recenserait les initiatives déjà existantes et peu connues. Du diagnostic à la mise en œuvre, tout est pensé dans le détail.
« Je pensais que le hackathon, c’était des geeks derrière un ordi. » s’amuse Tshin-Ilya, qui participait aux journées. Ses compétences en sciences sociales et son expérience d’activisme de rue ont été utiles à son groupe, composé d’une vraie diversité de profils.
Professionnel·les de la culture, urbanistes, artistes ou étudiant·es venu·es de toute l’Europe ont ainsi été regroupé·es en équipe, pour réfléchir ensemble à des solutions innovantes. Camila était dans un autre groupe. Elle portait un projet pour rendre les performances musicales de rue, notamment les jam-sessions, plus accessibles aux femmes. L’idée : créer des Musicbox, avec tout le matériel nécessaire aux jam, qui seraient stockés dans les structures avoisinants la place Jean Jaurès, comme des outils d’appropriation de l’espace.
Les problématiques concernant les femmes sont transversales à beaucoup de pays »
Pour cette géographe chilienne, la diversité des profils est une vraie richesse : « C’est un processus dont je n’ai pas du tout l’habitude, travailler avec des gens que je ne connais pas du tout, de nationalité et de profils différents. Ça a été un vrai challenge, mais finalement une bonne surprise, parce qu’on a réussi à co-construire en respectant les différences de chacun·es. » raconte-t-elle. Le format intensif du hackathon pousse à être efficace, à se concentrer sur un problème précis et à trouver des solutions concrètes, selon Tshin-Ilya : « C’est stressant, mais ça amène à trouver des prototypes rapidement. » Des solutions qui n’ont pas vocation à être tout de suite implémentées, mais qui permettent de nouvelles idées localement.
Chaque groupe était accompagné par un·e mentor local et international. Camille Chapuis, co-dirigeante de Marseille Solutions – une structure qui accompagne des projets innovants – participait au projet : « À Marseille, on est souvent entre nous. Avoir cette diversité d’échange et un regard neuf sur la ville est vraiment très rafraîchissant, et d’une grande richesse ! » note-t-elle, en ajoutant qu’elle se servira peut-être de ces projets déjà écrits dans de futurs appels à projets.
Fabienne Guilbert Burgoa, elle, est une artiste marseillaise. Elle mentorait deux des groupes : « C’est très stimulant de travailler à plusieurs et de se questionner sur la réplicabilité dans différents pays. On se rend compte que les problématiques concernant les femmes sont transversales à beaucoup de pays. » Un constat que partage Camila dans son groupe : « On a trouvé beaucoup de points communs entre nous, dans le domaine artistique, mais aussi sur la place des femmes dans l’espace public. » Un constat qui donne de la force au collectif et aux solutions transversales.
Coopérer à toutes les échelles pour répondre aux enjeux de société
Ce hackaton a aussi été un espace de coopération locale, en lien avec des mentors locaux et internationaux, et co-organisé par la structure résidente à la Friche, l’AMI (l’Aide aux Musiques Innovatrices). Cet incubateur de projets culturels dispose d’une ingénierie d’accompagnement de projet et fait partie des sociétaires de la Friche, montée en Société coopérative d’intérêt collectif (SCIC), où chaque voix compte. Si la SCIC a mis à disposition le lieu et les ressources, l’AMI a contribué à la coordination des contenus, au recrutement des mentors, à la sélection des participants et à la mise en groupe au regard des compétences de chacun.
Le fait de travailler ensemble, et de mettre nos différentes compétences à profit était évident dès l’écriture du projet. C’estun super exemple du travail de la société coopérative avec les résidents.
Ce hackathon est bien emblématique de la coopération que permet la Friche, à l’échelle locale, avec les acteur·ices du territoire et résident·es de la structure, et jusqu’à l’échelle internationale. « La Friche est un laboratoire permanent qui interroge le rapport entre l’art et la société, travailler sur ce type de projet fait tout à fait sens ! » s’enthousiasme Elisabeth Bechara, chargée de projets européens à la Friche qui a participé à l’organisation du hackathon. Co-financé par le programme européen Europe Créative, programme de la Commission Européen, les projet CREAConnect organise cinq hackathons qui seront accueillis par cinq structures en Europe, sur des thématiques comme la justice sociale, la nature dans les tiers lieux, ou les transformations liées aux data et au tourisme.
Ce projet européen, dans une volonté de placer les tiers-lieux comme incubateurs de solutions innovantes, permet de partager l’expérience de la Friche au-delà des frontières, en termes de lieu, de production artistique, ou encore de gouvernance. « Cela permet aussi une expérimentation de méthodes, d’outils, de renforcement de nos capacités professionnelles et d’apprentissage de pair à pair. » ajoute Elisabeth Bechara à propos des projets européens qui gravitent autour de la Friche.
La SCIC, c’est quoi? La Friche la Belle de Mai est organisée en Société coopérative d’intérêt collectif. C’est un mode de gouvernance où les sociétaires prennent part à toutes les décisions et tous les projets qui ont lieu à la Friche, avec le principe une personne/une voix. Ils sont une soixantaine et représentent les usagèr·es, les structures résidentes, les partenaires, les travailleur·ses…
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Fermeture exceptionnelle de l’exposition « Au grand jour » pour circonstances indépendantes de notre volonté et maintenance d’oeuvre. Les autres expositions restent accessibles.