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Aujourd'hui lundi 13 juil.

Expérience(s)

Tiruhi Gevorgyan

Par SB
7 juillet 2026

En 2015, la Friche lance le programme Résidences Méditerranée avec l’Institut Français du Maroc. Depuis, une cinquantaine de jeunes artistes de nombreux pays du sud de la Méditerranée ont bénéficié de ce dispositif leur permettant de séjourner 3 mois à la Friche avec un accompagnement de l’une de ses structures résidentes.

Chaque artiste bénéficie alors d’un espace de production adapté à son projet et aux formes qu’iel développe. Un accompagnement personnalisé est mis en place via l’implication d’un·e accompagnateur·ice tout au long de la résidence, permettant des moments de parole et de « critique » qui ouvriront des espaces de réflexion à chacun·e.

En arrivant à Marseille, Tiruhi, accompagnée par l’artiste Ymane Fakhir, est immédiatement attirée par l’eau. Elle est présente partout à Marseille, aux Aygalades ou autour du canal. La photographe a reconstitué une carte imaginaire avec des archives, à la recherche de ses propres souvenirs.  

Tu as décidé de suivre l’eau à Marseille ; peux-tu expliquer ton processus de travail ? 

J’ai d’abord été diplômée du conservatoire comme pianiste à Erevan, en Arménie. Pendant mes études, j’ai commencé la photographie et mon recteur m’a proposé un poste de photographe là-bas. J’ai fait ça de plus en plus sérieusement, je me suis entourée de plein de photographes, j’ai fait beaucoup de bénévolat. Puis j’ai postulé à des résidences. 

J’ai trouvé un petit livre dans la rue, “After the fall”, et j’ai trouvé que ça ferait un super titre pour ma série. Qu’est-ce qui reste après la chute ? Et qu’est-ce qui continue de couler ?

Pendant ma résidence à la Friche la Belle de Mai, j’ai participé à des balades durant lesquelles j’ai découvert plein d’endroits à Marseille, certains cachés, d’autres très connus. Et j’ai découvert le canal de Marseille, la rue des Aygalades, le quartier du Canet. À Marseille, il y a de l’eau partout. J’ai décidé d’en faire une carte imaginaire avec des photos de la rivière que j’ai mises dans différentes directions. C’est une carte géographique, mais aussi onirique, qui accompagne toutes mes histoires marseillaises. L’eau fait aussi partie de mon passé, je me baignais tous les jours dans une rivière en bas de chez moi, quand j’habitais en Ukraine. Cette série montre cette nostalgie de mon enfance, et j’ai essayé d’explorer comment un lieu peut résonner avec sa propre histoire, son passé.   

Comment les archives arméniennes ont-elles résonné avec ta propre histoire ?  

J’ai aussi commencé des recherches sur l’histoire arménienne à Marseille, tous ces personnes qui étaient arrivées ici après le génocide, et les traces qu’elles ont laissé jusqu’à aujourd’hui. Je commence tout juste à explorer. J’ai trouvé des archives arméniennes ici, ils ont peut-être 10 000 photos… et j’ai travaillé avec. Sur une des photos, il y a un endroit qui était un lieu de villégiature pour les personnes aisées, puis est devenu un abri pour les réfugié·es arménien·nes, j’ai trouvé ça très intéressant. J’ai aussi été dans le quartier Beaumont, avec des églises et des supermarchés arméniens.  

Je m’intéresse aussi aux déplacements parce que ça résonne avec mon histoire personnelle. Quand j’étais petite, on a dû migrer en Ukraine pour le travail de mon père et on est ensuite retourné·es à Erevan. Puis il y a eu la guerre, et ma famille est partie aux États-Unis, je suis restée en Arménie, mais c’est une autre histoire. 

J’ai trouvé un petit livre dans la rue, “After the fall”, et j’ai trouvé que ça ferait un super titre pour ma série. Qu’est-ce qui reste après la chute ? Et qu’est-ce qui continue de couler ? C’est aussi une histoire de traces et de ce que disent les archives de nous. 


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