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Expérience(s)

Oumaima Abaraghe

Par Grégoire Triau – Collectif La Friche
17 août 2026

En 2015, la Friche lance le programme Résidences Méditerranée avec l’Institut Français du Maroc. Depuis, une cinquantaine de jeunes artistes de nombreux pays du sud de la Méditerranée ont bénéficié de ce dispositif leur permettant de séjourner 3 mois à la Friche avec un accompagnement de l’une de ses structures résidentes.

Chaque artiste bénéficie alors d’un espace de production adapté à son projet et aux formes qu’iel développe. Un accompagnement personnalisé est mis en place via l’implication d’un·e accompagnateur·ice tout au long de la résidence, permettant des moments de parole et de « critique » qui ouvriront des espaces de réflexion à chacun·e.

En résidence à la Friche avec Fræme, Oumaima Abaraghe, artiste multdisciplinaire développe pour son projet « Tjarjir » un langage au ton satyrique, où l’art amorce une mise en commun. Entretien.    

En quoi le travail que tu as mené pendant la résidence fait-il écho au reste de tes recherches ? 

Pour une précédente recherche sur la sécheresse et la famine au Maroc, j’ai passé 3 ans à essayer d’accéder aux archives. Rien n’y a fait : j’ai essayé de fausses autorisations, des costumes… Le visage d’homme que j’ai représenté, je l’ai repéré dans un tutoriel mis en ligne par une étudiante : il était présenté comme le seul visage autorisé par l’administration à accéder aux archives. Je m’en suis emparé, et je l’ai dupliqué, et utilisé comme une figure de hacker. 

En tant qu’artiste je me suis confronté très vite à cette situation qu’en darija on appelle tjarjir :  ça désigne le fait d’être promené·e par l’administration, envoyé·e de bureaux en bureaux, sans résultats. C’est quelque chose que tous·tes les marocain·es connaissent, et en tant qu’artiste on est souvent confronté·es à ça, parce qu’on est pas considéré·es comme des chercheur·euses. C’est un labyrinthe et ça nous empêche de nous concentrer sur notre travail. C’est très ancré : un directeur d’école d’art m’a déjà demandé pourquoi j’aurais besoin des archives, puisque selon lui je n’étais pas chercheuse !

 

Qu’est-ce qui te guide pour ce projet ? 

Il y a le ton, déjà. Pour moi le « tjarjir » est un processus absurde, à moquer, avec humour donc, mais de manière directe, un peu grondeuse, comme pour l’enrayer. Le ton satyrique pour moi c’est un peu cathartique. Il y a aussi un rapport désacralisé à l’œuvre d’art : j’aime faire en sorte que les pièces ouvrent la conversation collective. J’ai inventé le jeu Trouve le bureaucrate (qui se joue à la manière du jeu Mr White) pour que les gens puissent se saisir de mon travail et ouvrir un champ de discussion sur la bureaucratie. J’ai prévu de filmer une partie. Cela fait écho à une culture de la distraction et du jeu, qui permet de parler facilement et de manière accessible de choses qui doivent être digérées. 

L’art pour moi c’est un moyen d’ouvrir la discussion.

Donc tu abordes des questions qui ne concernent pas que le Maroc, mais qui en parlent directement. C’est aussi le cas dans le reste de ton travail ?  
 
Je fais partie du collectif Tizintizwa, on travaille beaucoup sur les questions d’oralité et d’hommage au peuple amazigh. Pour un projet ( Croissant indigerible au FRAC Poitou-Charentes), on a aussi abordé la question coloniale de biais, à l’intérieur des frontières françaises. 

Je refuse d’aborder les choses sous l’angle « décolonial » en ce qui concerne mes œuvres : pour moi la pensée décoloniale est un travail qui a lieu au sein de communautés, mais ce n’est ni une étiquette ni un décor ! Il y a une fétichisation de l’art marocain, un « regard occidental » sur ce que l’on devrait produire ; même dans les dossiers artistiques il y a une tendance à imposer des thèmes. Je pense qu’en tant qu’artistes on peut expérimenter d’autres langages et que l’art est surtout un moyen de se retrouver, d’être ensemble. 

DÉCOUVRIR LE TRAVAIL D’OUMAIMA ABARAGHE
Instagram : @oumaima.abaraghe

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