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Expérience(s)

Fatine Arafati, Arthur Lafrux & Yoan Soriano

Par Grégoire Triau – Collectif La Friche
19 juin 2026

Pendant trois semaines durant le mois de mai 2026, l’artiste Fatine Arafati et les paysagistes Arthur Lafrux et Yoan Soriano ont travaillé à une fresque de dix-huit mètres pour l’exposition Autoroute Tanger-Marseille présentée à la Galerie de la Salle des machines dans le cadre de la Saison Méditerranée jusqu’au 16 août 2026.

Comment avez-vous réalisé la fresque ? 

C’est un paysage qui mêle relief géologique et éléments historiques et mythologiques. On a fait le choix de quelque chose de peu anthropisé : pas d’industrie, pas de bâtiments… même le brise-lame qui est représenté près de la côte a une allure d’objet rituel ou de symbole. 

On avait deux semaines de préparation à distance, pendant lesquelles on a composé le paysage et fait des croquis. Et puis une semaine de réalisation de la fresque. Après avoir numérisé et colorisé la version finale, on a travaillé sur projection, directement sur le mur. 

© Caroline Dutrey

Dans quoi avez-vous puisé pour composer ce paysage ? 

Pour les couleurs on a fait un choix précis d’Alizarine cramoisie, un pigment qui, à l’état naturel, est issu de la garance voyageuse, une plante présente des deux côtés de la Méditerranée. C’est avec les nuances de ce pigment qu’on a obtenu ce paysage stylisé, couleur vin. On a joué sur les liens entre le bleu et le pourpre ; il y a, entre-autre, cette croyance que les grec·ques ne voyaient pas le bleu, parce que cette couleur n’est pratiquement pas décrite telle qu’on la connaît maintenant, et que le pigment utilisé à l’époque pouvait aussi donner, selon les régions et les usages, des nuances tirant vers le rouge. 

La couleur, mais aussi le relief lui-même fait osciller le paysage entre le réel et l’imaginaire : on y reconnaît des îles marseillaises, des montagnes marocaines, des grottes. On a monté l’horizon, pour donner une perspective particulière, on l’a peint dans des valeurs plus légères et ponctué de figures mythologiques et préhistoriques : la déesse Tanit, le dieu Achélôos, le titan Atlas… On est attaché·es à la géo-mythologie, c’est une discipline qui permet, par l’étude des mythes, de comprendre et situer des phénomènes géologiques majeurs, ou de nommer des entités qui ont marqué les esprits. Un dragon peut devenir la représentation d’un fleuve. 

Travailler ensemble nous a permis de personnaliser et rendre plus sensible ce qui n’apparaissait « que » comme des reliefs.

Quant aux éléments symboliques, aux personnages et aux végétaux, on les a choisis pour leurs usages, leur aura folklorique et iconographique. Et ce ne sont pas forcément ceux qu’on attend : on n’y a pas mis de zellige, par exemple. Il y a les santons, une drachme marseillaise, des fleurs locales… Ces choix qui puisent dans l’archéologie et les récits antiques donnent l’impression d’un paysage hors-temps, quelque part n’importe où entre les deux rives. 

© Caroline Dutrey

C’est la première fois que vous travaillez ensemble toustes les trois. Comment avez-vous fait pour faire se rencontrer vos parcours et vos disciplines ? 

Fatine : Travailler ensemble nous a permis de personnaliser et rendre plus sensible ce qui n’apparaissait « que » comme des reliefs.  Par exemple, j’utilise beaucoup les figures mythologiques et historiques dans mes œuvres. Quand je travaille sur un territoire inconnu, je me concentre sur l’image accessible, ça me permet d’éviter l’exotisation. Et j’aime bien questionner l’accessibilité de l’œuvre. Faire appel à l’imaginaire fait partie de cette démarche. 

Yoan : Arthur et moi, on a l’œil des paysagistes, on cherche à comprendre un territoire, celui de Tanger en l’occurrence. On a été très influencés par le paysage marseillais et méditerranéen, qui est riche et diversifié. D’autant qu’à Tanger il y a un contraste entre le développement urbain et les zones humides qui bordent la ville. Il y a des différences entre les deux villes, mais les couleurs qu’elles font naître sont similaires : le ciel, l’eau, les bâtiments, la végétation.  
 
Pour le reste, malgré une partie du travail à distance, c’était fluide et super agréable de travailler ensemble. À croiser nos disciplines respectives, on a beaucoup appris, et on a très envie de travailler ensemble par la suite si on en a l’occasion !

Fatine Arafati © Caroline Dutrey
Arthur Lafrux © Caroline Dutrey

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@fatinearafati
@arthur_lfrx
@y.snro

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