Bienvenue à la Friche
Aujourd'hui vendredi 19 juil.

Matière à penser

« Nous sommes le rivage »

18 octobre 2023
© VPLP Design

En mai dernier, le Navire Avenir, premier navire dédié au sauvetage en haute mer à l’initiative du collectif PEROU, soutenu notamment par SOS MEDITERRANEE France, et le programme Mondes nouveaux faisait escale à la Friche pour une journée de réflexions, d’installations et de performances.

À l’occasion de la présentation du Navire Avenir au Centre Pompidou Paris ce 17 octobre 2023, cinquante-trois responsables
d’institutions culturelles dont Alban Corbier-Labasse, directeur général de la Friche la Belle de Mai ont déclaré soutenir la création de ce navire.

Dans une Tribune parue dans le journal Le Monde, iels exposent les raisons de leur soutien à ce projet.

« Quelle que soit leur localisation sur le continent européen, nos musées, théâtres, centres d’art, festivals donnent sur la mer Méditerranée. Nos institutions donnent sur ce berceau de notre civilisation, espace d’invention de nos écritures et de leurs métissages sans fin, lieu de mémoire des textes, chants et souffles traversant tant d’œuvres qu’aujourd’hui nous mettons en partage. Les parvis qui mènent jusqu’à nos bâtiments donnent sur la haute mer et les naufrages incessants qu’elle connaît, et il n’est pas une seule de nos scènes qui n’ait récemment fait retentir l’ampleur et la portée de cette tragédie, l’une des plus sourdes et terrifiantes des temps présents.

Mais, plus fondamentalement encore, il n’est pas un seul de nos cahiers des charges qui n’énonce quasi littéralement la promesse que, sur cet horizon maritime, il en soit tout autrement : nous assumons comme mission de service public, par le soutien au renouvellement incessant de la création, la perpétuation du fait civilisationnel, c’est-à-dire de tout ce qui nous relie. C’est l’une des singularités de nos architectures : ici, les portes ne veulent tenir à distance quelque altérité que ce soit, mais s’ouvrent grand sur l’humanité que nous avons toutes et tous en commun.

C’est ce qui fait l’impérieuse nécessité des lieux dont nous avons la responsabilité : rien d’autre que les œuvres, qu’elles soient écrites, dansées, exposées, chantées, projetées, performées, contées, ne porte cette vitale ambition de nous faire respirer ensemble, quelles que soient nos provenances et les idées que l’on se fait de nos destinations. Alors sans doute que chacune de ces œuvres nous rappelle à la mer Méditerranée, cette « mer d’entre les terres », cette étendue qui relie les rives avec une infinie beauté, cet horizon qui fait notre respiration. Que la mort par asphyxie s’y déploie comme un programme anéantit tout ce que nous portons et ce qui nous porte.

Un collectif se présente aujourd’hui à nous avec, dans les bras, la maquette au 100e d’un navire et, en tête, l’idée que nous puissions en soutenir la réalisation à échelle 1, et inaugurer alors ensemble ce catamaran de 69 mètres de long un beau jour de 2025. Il s’agit de la maquette du Navire Avenir, premier navire d’une flotte mondiale de sauvetage en haute mer, outil pionnier d’intervention imaginé notamment avec marins sauveteurs, rescapés, soignants, architectes, juristes, chercheurs et étudiants d’écoles d’art, de design, d’architecture d’Europe entière.

Il s’agit d’une œuvre à réaliser en mer Méditerranée, d’une œuvre agissante non seulement pour soutenir les gestes de sauvetage et de soin, mais pour les faire se perpétuer en contribuant à leur inscription au patrimoine culturel immatériel de l’humanité.
Il s’agit d’un Really-made pour le 21e siècle échappant à l’infinie répétition des formes d’indignation et de déploration, nouant une relation affective et effective avec le monde.
Il s’agit d’une œuvre commune, sans autre origine que celle d’un appel du lointain : de la haute mer comme des générations futures qui connaîtront des mouvements migratoires au centuple et auront le besoin vital que ces gestes de sauvetage et de soin leur aient été transmis.
Il s’agit d’une œuvre composée d’aciers et de droits, de textiles et de signes, de langues et de voiles, qu’un collectif sans bord ni frontière porte non par la force d’une intention géniale, mais par celle d’une attention cruciale.
Il s’agit d’une œuvre parente des œuvres ayant jusqu’alors hurlé la douleur et la colère, non une de plus, mais une prolongeant mille autres, en actes.
Il s’agit d’une œuvre non pas portée par tel ou tel de nos lieux, consacrant l’audace de certaines et certains d’entre nous, mais dont la portance exige le nouage de nos établissements et la convergence de nos directions.
Il s’agit d’une œuvre qui vient du rivage, trouvant attaches et protection renforcée dans nos institutions assemblées, et qui revient au rivage, consolidant par les faits nos convictions que tout ce qui doit advenir peut un beau jour advenir.
Il s’agit d’une œuvre collective en appelant d’innombrables, en cela qu’elle ouvre à la création de tous les refuges de haute mer et de tous les havres sur terre ferme qui ne cesseront de manquer.
Il s’agit d’une œuvre qui rend pensable et possible la nécessaire amplification des gestes de l’hospitalité vive, de ce à quoi l’on tient, de ce qui fait et fera tenir notre humanité.
Il s’agit d’une œuvre à la splendeur de ce qui vient, d’une œuvre donnant à la création artistique comme à la construction de l’Europe un nouvel horizon, de toute beauté.

Pour ces raisons au moins, il s’agit d’une œuvre que nous inscrivons au programme des institutions que nous dirigeons, et dont nous soutenons avec détermination la réalisation. »

PREMIÈ·RES SIGNATAIRES

  • Vincent Baudriller, directeur, Caroline Barneaud, directrice des projets artistiques, Astrid Lavanderos, directrice des publics et de la communication, Théâtre Vidy-Lausanne, Suisse
  • Jean Bellorini, directeur du Théâtre national populaire, Villeurbanne, France
  • David Bobée, directeur du Théâtre du Nord et de l’École du Nord, CDN Lille Tourcoing Hauts-de-France, France
  • Cathy Bouvard et Renan Benyamina, directrice et directeur délégué, Ateliers Médicis, Clichy-Montfermeil, France
  • Benoît Bradel, directeur du Passages-Transfestival, Metz, France
  • Stéphane Braunschweig, directeur de l’Odéon – Théâtre de l’Europe, Paris, France
  • Marine Brutti, Jonathan Debrouwer, Arthur Harel – (La)Horde, codirectrice et directeurs du Ballet national de Marseille, France
  • Alexandre Caputo, directeur artistique et co-directeur général, Théâtre les Tanneurs, Bruxelles, Belgique
  • Olivier Chaudenson, directeur de la Maison de la Poésie, Paris, France
  • Lou Colombani, directrice de Parallèle – pratiques artistiques émergentes internationales, Marseille, France
  • Alban Corbier-Labasse, directeur général de la Friche la Belle de Mai, Marseille, France
  • Pierre-Olivier Costa, Président du MUCEM – Musée des Civilisations de l’Europe et de la Méditerranée, Marseille, France
  • Xavier Croci, directeur, et Stéphanie Féret, directrice adjointe, du Théâtre du Beauvaisis, Scène Nationale, Beauvais, France
  • Chloé Dabert, directrice de la Comédie, Centre dramatique national de Reims, France
  • Véronique Damagnez, directrice du Centre d’Art La Brasserie, Foncquevillers, France
  • Romaric Daurier, directeur général du Phénix, Scène nationale Valenciennes, Pôle européen de création, France
  • Adrien de Van, directeur du Théâtre Paris Villette, France
  • Emmanuel Demarcy-Mota, Directeur du Théâtre de la Ville-Paris et du festival d’automne, et Christophe Lemaire adjoint à la direction et à la programmation du Théâtre de la Ville – Paris, France
  • Guillaume Désanges, président du Palais de Tokyo, Paris, France
  • Marie Didier, directrice du Festival de Marseille, France
  • Juliette Donadieu, directrice générale de la Gaîté Lyrique, Paris, France
  • Laurent Dréano, directeur de la Maison de la Culture d’Amiens, France
  • Muriel Enjalran, directrice du Frac Sud – Cité de l’art contemporain, Marseille, France
  • Nathalie Ergino, directrice de l’Institut d’Art Contemporain de Villeurbanne, France
  • Matthieu Goeury, directeur général des Halles de Schaerbeek, Bruxelles, Belgique
  • José-Manuel Gonçalvès, directeur du Centquatre-Paris, France
  • Caroline Guiela Nguyen, directrice du Théâtre National de Strasbourg, France
  • Laurent Le Bon, président du Centre Pompidou, Paris, France
  • Pascal le Brun Cordier, directeur artistique de ZAT – Zone Artistique Temporaire, Montpellier, France
  • Maud le Floc’h, directrice du POLAU – Pôle arts et urbanisme, Saint-Pierre-des-Corps, France
  • Anne Lefèvre, directrice du Vent des Signes, Toulouse, France
  • Pierre-Yves Lenoir, directeur des Célestins, Théâtre de Lyon, France
  • Christophe Leparc, directeur de Cinemed, Festival du cinéma méditerranéen de Montpellier, France
  • Michel Lussault et Lucie Campos, président et directrice de la Villa Gillet ) Maison internationale des écritures contemporaines, Lyon, France
  • Stéphane Malfettes, directeur des SUBS – lieu vivant d’expériences artistiques, Lyon, France
  • Muriel Mayette-Holtz, directrice du Théâtre national de Nice, Centre dramatique national Nice Côte d’Azur, France
  • Frédéric Mazelly, directeur artistique de La Villette, Paris, France
  • Alexis Nys, directeur de Lieux Publics, centre national et pôle européen de création, Marseille, France
  • Françoise Nyssen, Anne-Sylvie Bameule, Alain Thuleau, fondatrices et fondateur du festival Agir pour le vivant, Arles, France
  • Rachid Ouramdane, président – directeur de Chaillot – Théâtre national de la danse, Paris, France
  • Chiara Parisi, directrice du Centre Pompidou-Metz, France
  • Célie Pauthe, directrice du Centre dramatique national de Besançon Franche-Comté, France
  • Serge Rangoni, directeur général du Théâtre de Liège, Centre européen de création théâtrale et chorégraphique, Belgique
  • Robin Renucci, directeur de la Criée – Théâtre National de Marseille, France
  • Alban Richard et Catherine Menneret, directeur et directrice adjointe du Centre Chorégraphique National de Caen en Normandie, France
  • Constance Rivière, Directrice générale du Palais de la Porte Dorée – Musée de national de l’histoire de l’immigration, Paris, France
  • Christian Rizzo et Rostan Chentouf, directeur et directeur délégué de ICI – Centre Chorégraphique National de Montpellier Occitanie / Pyrénées Méditerranée, France
  • Marie Roche, directrice du Pacifque, Centre de développement chorégraphique national Grenoble –Auvergne – Rhône Alpes, France
  • Tiago Rodrigues et Pierre Gendronneau, directeur et directeur délégué du Festival d’Avignon, France
  • Christian Ryo, directeur, et l’ensemble des administrateurs et équipes du Festival de cinéma de Douarnenez, France.
  • Noé Soulier, directeur, Marion Colléter, directrice adjointe, Amélie Coster, directrice pédagogique, du Centre national de danse contemporaine d’Angers, France
  • Sam Stourdzé, directeur de la Villa Médicis – Académie de France à Rome, Italie
  • Sylvie Zavatta, directrice du Fonds Régional d’Art Contemporain de Franche-Comté, Besançon, France

Le 12 décembre 2023 se réunit une nouvelle Assemblée à la Maison de la Poésie à Paris, co-signataire de Nous sommes le rivage. Devant le bâtiment est reproduit un fragment du plan à échelle 1 du navire ; sur sa vitrine est affichée la tribune-manifeste ; sur sa scène est présentée la maquette au 100e du Navire Avenir.

Le 12 décembre 2023 est simultanément organisé un affichage du manifeste Nous sommes le rivage dans les espaces des 60 institutions co-signataires, faisant apparaître le réseau européen en extension, invitant le public de chaque institution à contribuer à la réalisation de l’Avenir, et annonçant le déploiement d’Assemblées bâtisseuses, ici ou là, dans les semaines et mois à venir.

À lire dans le même dossier

Nous la Friche

Déclaration du Hub méditerranéen de Trans Europe Halles

Depuis juin 2023, la Friche est de retour dans le réseau historique Trans Europe Halles. Au mois d’octobre, elle y a rencontré ses pair·es à Chypre pour échanger sur les enjeux que rencontrent les lieux hybrides de Méditerranée. Un plaidoyer en lien avec la situation actuelle en Palestine et en Israël y a été rédigé par les différents partenaires.

Lire la suite

La Friche en mode 90’s

Une plongée en vidéo dans le passé de la Friche, « le projet qui n’avait pas de projet ».

Lire la suite

Souvenirs de Flavia Boddi, ancienne ouvrière de la Belle de Mai

Saviez-vous qu’avant d’être une manufacture de tabac, la Friche avait aussi été une raffinerie de sucre ?
Retour sur l’histoire de mademoiselle Boddi, ouvrière Italienne de la raffinerie Saint-Charles au XIXe siècle.

Lire la suite