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Expérience(s)

Dix ans d’innovation discrète mais radicale

10 juillet 2025
Pourama, Pourama, spectacle de Gurshad Shaheman. Un des premiers spectacles coproduits par le Pôle Arts de la Scène en 2015 avec les Rencontres à l’échelle – B/P. 10 ans après, le spectacle continue sa tournée, notamment à la Friche lors des 20 ans du Festival Les Rencontres à l’échelle en juin 2025. © Lola Mettout

Le Pôle Arts de la Scène modifie les usages de l’accompagnement dans le spectacle vivant.

À la Friche la Belle de Mai, un projet innove dans la production pour les arts de la scène depuis dix ans. Placé sous l’égide de l’entraide plutôt que de l’aide, cette instance originale stimule la co-responsabilité des parties prenantes et s’inscrit ainsi pleinement dans la transformation des politiques culturelles à l’ère de la facilitation. Ni lieu, ni guichet, il incarne une autre manière de faire, de coopérer et de durer.

Vers une sobriété structurelle : mettre au travail et mobiliser l’existant

Dans un contexte professionnel de contraction toujours plus forte des moyens disponibles pour l’activité de création et celui, paradoxal, du nombre croissant de structures porteuses de cette activité (des compagnies aux festivals, en passant par les lieux de tout type), le Pôle Arts de la Scène est pensé pour ne pas en rajouter, tout en préservant les moyens numéraires issus du rapprochement opéré entre un théâtre (Le théâtre Gyptis qui fermait) et la Friche la Belle de Mai, dont il est devenu un des services, afin de ne pas non plus constituer de dispositif à part entière qui aurait eu besoin de structure.

Né en 2015 d’une initiative de la Société Coopérative d’Intérêt Collectif Friche la Belle de Mai et de la volonté conjointe de ses partenaires publics (Ville de Marseille, Région SUD Provence-Alpes-Côte d’Azur et Département des Bouches-du-Rhône), le Pôle Arts de la Scène stimule une certaine méthode de travail, associant des volontés de collaboration, de coopération et de mutualisation entre les acteurs du territoire régional, national et international.

Son action se situe au début du travail de production de spectacles, en apportant des moyens financiers conditionnés à la mobilisation d’autres partenaires producteurs. Cette dynamique favorise un engagement accru – matériel, humain et financier – de l’ensemble des parties prenantes, augmentant ainsi les possibilités de concrétisation et de diffusion des projets.

Au-delà de ses apports financiers, le Pôle Arts de la Scène se singularise par sa méthode de travail et son endroit d’intervention, différents, qui démultiplient les forces habituelles en présence. Il incite donc ses différents partenaires de coproduction à valoriser un véritable travail coordonné et collectif autour d’un projet artistique.

Un tiers impliqué original et low-tech

Le Pôle Arts de la Scène occupe une place singulière dans l’écosystème de la production scénique en France : coproducteur “hors-sol”, il ne défend aucun intérêt propre si ce n’est celui, collectif, de la bonne réalisation des projets qu’il soutient. Doté d’un Comité artistique et technique* qui prend les décisions d’engager les moyens du Pôle, il se distingue des logiques de guichet ou de financement de complément. Au fil du temps, son rôle s’est précisé : tiers impliqué, il agit en partenaire engagé, faisant des choix assumés, au service exclusif de la qualité et du rayonnement des œuvres.

Le Pôle Arts de la Scène incarne une approche volontairement low-tech de la coproduction : sans structure de production propre, sans outil numérique complexe ni dispositif lourd, il agit comme un tiers discret mais engagé, au service des projets. Sa gouvernance collective, sa posture sobre et son absence d’intérêt propre en font un acteur agile, non intrusif, qui privilégie l’écoute du terrain et la mobilisation coordonnée des forces existantes. Loin des logiques industrielles ou automatisées, le Pôle fait le pari d’un accompagnement léger, souple, mais structurant, fondé sur la confiance et la coopération directe.

À la différence de nombreux projets dont on va devoir hériter et qu’il va peut-être falloir fermer, le Pôle Arts de la Scène constitue un commun positif. 1

1-Héritage et fermeture de Emmanuel Bonnet, Diego Landivar et Alexandre Monnin (Éditions Divergences, 2021)

DÉCOUVRIR LE FONCTIONNEMENT DU PÔLE

10 ANS D’ACTIVITÉ EN CHIFFRES

– un budget annuel de 250 000 €
192 spectacles coproduits de 2015 à 2024
5936 représentations cumulées
31 représentations par spectacle en moyenne
– un apport numéraire moyen stabilisé entre 14 000 et 15 000 depuis 2018
– aujourd’hui, après une progression régulière du ratio, 88% des propositions reçues sont suivies. Un chiffre qui atteste que la modalité coopérative de cette organisation favorise la mobilisation et l’accompagne dans l’intérêt toujours collectif de la bonne réalisation des projets.
– un rayonnement national : sur 105 équipes artistiques, 36 sont implantées hors-région ; sur 86 structures cheffes de file, 41 sont implantées hors région

Et maintenant ?

Alors que le secteur du spectacle vivant est à la recherche de nouveaux équilibres, le Pôle Arts de la Scène offre des pistes concrètes : sortir de la logique dominante des appels à projets, renforcer les communs de production, penser la coopération comme une infrastructure.

Le Pôle Arts de la Scène entend aujourd’hui poursuivre son action dans une trajectoire stable, sans chercher ni à croître ni à se réduire, afin de préserver la portée politique de son intervention. Il agit concrètement sur l’organisation de la production et de la diffusion du spectacle vivant, ainsi que sur les dynamiques collectives qui les sous-tendent.

En tant que service d’intérêt général, tout comme la SCIC Friche la Belle de Mai, le Pôle Arts de la Scène constitue un modèle reproductible à l’échelle d’autres territoires régionaux. Sa démarche – fondée sur une enquête de terrain en immersion au sein des écosystèmes professionnels – pourrait être transposée ailleurs, à condition d’être portée par une structure coopérative garante de l’intérêt collectif, impliquée sans nécessairement être productrice elle-même. C’est cette exigence de méthode et de gouvernance qui fait la singularité et la robustesse du Pôle.

*Son Comité artistique et technique, dont le renouvellement partiel se fait régulièrement, est composé de cinq membres bénévoles cooptés et du directeur de la Friche la Belle de Mai Alban Corbier-Labasse ; à ce jour : Laurence Cabrol (directrice du Sémaphore à Port de Bouc, scène conventionnée), Pierre Caussin (directeur de Scène 55 à Mougins, scène conventionnée), Cathy Chahine (administratrice de la compagnie Accrorap, Marseille), Sonia Kechichian (directrice du Théâtre d’Angoulême, scène nationale) et Alexis Moati (directeur artistique de la compagnie Vol Plané et de l’Échappée Belle-théâtre école, Marseille). Lætitia Padovani, directrice du Pôle, en assure la coordination, l’animation et le suivi opérationnel.

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