Deux artistes marseillais·es, Yohanne Lamoulère et Geoffroy Mathieu, se sont rendus à Atlanta, aux États-Unis, tandis que deux artistes basés à Atlanta, Nydia Blas et Joshua Dudley Greer, ont séjourné à Marseille. Pendant leur séjour à l’étranger, chaque artiste a utilisé la photographie comme un outil de navigation, de rencontre et de réflexion.
Atlanta et Marseille sont deux capitales importantes du sud, façonnées par leur géographie, la diversité de leur population et une histoire complexe, souvent difficile. Bien que distinctes sur le plan environnemental et historique – Marseille est une ville portuaire de la Méditerranée dont les origines remontent à la Grèce antique vers 600 avant J.-C., tandis qu’Atlanta est une ville enclavée fondée en 1837 comme terminus ferroviaire –, elles partagent toutes deux un profond sentiment d’appartenance et d’identité qui a influencé leur culture nationale, en particulier dans les domaines de la musique et de la gastronomie.
À Atlanta, Yohanne Lamoulère s’est intégrée dans les fanfares des lycées, réalisant des portraits captivants et photographiant les répétitions et les représentations qui révèlent la discipline, la fierté et le sens de la communauté développés par les élèves. Geoffroy Mathieu a abordé cette ville dépendante de la voiture en tant que piéton, documentant les chemins improvisés et rencontrant des personnes qui se déplacent dans un environnement qui n’est pas adapté à la marche.
À Marseille, sans parler couramment le français, Nydia Blas et Dudley Greer ont travaillé avec des approches introspectives et observationnelles. Nydia Blas a noué des liens avec des adolescent·es travaillant à la Friche la Belle de Mai, pour créer des portraits collaboratifs. Dudley Greer a exploré les paysages et les terrains stratifiés de Marseille, capturant des moments et des lieux où le passé, le présent et l’avenir convergent au fur et à mesure que la vie quotidienne de la ville se déroule.
Les quatre artistes proposent une vision individuelle des deux villes, révélant des résonances inattendues. Peut-être permettront-elles aux habitant·es, usager·es et visiteur·eusess de voir sous un nouveau jour les diverses facettes de ces lieux, tout en favorisant un dialogue transatlantique reliant Atlanta et Marseille.
Yohanne Lamoulère : Arènes artères – Atlanta
Au cours des deux mois passés à Atlanta, l’artiste s’est intégrée à trois fanfares de lycées. Ses images témoignent de la discipline, du dévouement et de la fierté collective qui caractérisent la culture des fanfares : les adolescent·es répètent sans relâche, jouent à l’unisson sous les projecteurs du stade et sont soutenus et applaudi·es par leurs familles, leurs camarades et les chef·fes de fanfare. Yohanne Lamoulère a utilisé à la fois son appareil photo argentique Rolleiflex pour réaliser des portraits soigneusement composés et un appareil photo numérique pour capturer des scènes animées des élèves pendant les répétitions, les concerts, les défilés et les concours de fanfares. Le résultat est un ensemble de centaines d’images qui transmettent la joie et le mouvement de la musique et révèlent un puissant sentiment de communauté forgé par un engagement et un temps partagés.
Joshua Dudley Greer : Les multiples visages de Marseille
Peu familier avec Marseille, Dudley Greer s’est intéressé aux rues, aux paysages et aux environnements bâtis pendant son séjour, à la recherche de ce qu’il a fini par considérer comme les « multiples visages de Marseille ». Les 111 quartiers qui composent la métropole peuvent être très différents les uns des autres, passant par exemple de la montagne à la plage, ou des zones industrielles à celles très touristiques. Ses photographies capturent des moments éphémères et mettent en évidence les zones où le passé, le présent et l’avenir de Marseille convergent, en mettant souvent l’accent sur les terrains rocheux qui façonnent la vie quotidienne. Les œuvres qui en résultent tournent autour de plusieurs « Marseilles », tant sur le plan géographique que temporel.
Geoffroy Mathieu : Les deux pieds sur terre
Geoffroy Mathieu a découvert Atlanta comme une ville immense, dépendante de la voiture, où il est souvent difficile de se déplacer à pied et où les transports publics sont limités. Choisissant de découvrir la ville à pied, il a documenté son infrastructure tentaculaire et rencontré des personnes qui s’y déplacent à pieds. Ses photographies retracent des chemins improvisés, des trottoirs fragmentés et représentent celleux qui négocient ces espaces. L’Atlanta qui émerge dans le travail de Geoffroy Mathieu est vaste et difficile, façonné autant par le mouvement et l’adaptation que par la conception.
Nydia Blas : Marseille, France, 2025
Au cours de l’été 2025, Nydia Blas a noué des liens avec des adolescent·es travaillant à la Friche, établissant des relations fondées sur la collaboration et l’échange. Le groupe, Mar’services, soutient la communauté en effectuant des travaux de nettoyage, d’entretien des jardins et d’autres projets. Beaucoup de ces adolescent·es sont originaires d’Algérie, des Comores et du Yémen, reflétant la population multiculturelle de Marseille et l’histoire coloniale de la France. Les portraits discrets et émouvants de Nydia Blas reflètent une co-création, car elle les a également invité·es à se photographier les un·es les autres avec son appareil photo. Parallèlement à ce travail, l’artiste a développé une nouvelle pratique consistant à assembler et à photographier de petits retables réalisés à partir d’objets trouvés, des gestes intimes qui ont ancré sa pratique dans un nouvel espace.