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Matière à penser

Continuer d’expérimenter, chercher et créer, avec les tiers-lieux en Europe

Par Sophie Bourlet
16 juin 2026
101e rencontre Trans Europe Halles à la Friche en avril 2026 © Pierre Gondard

Alice Comte est responsable de coopération internationale pour la Société Coopérative d’Intérêt collectif Friche la Belle de Mai. En 2026, sept programmes sont menés à l’international, dans une volonté de dialoguer entre structures culturelles et de se nourrir les un·es des autres.  

Elle revient sur deux temps forts qui se sont déroulés en avril dernier : la fin du projet Future Divercities, et la conférence annuelle du réseau Trans Europe Halles.  

C’était la 101e conférence du réseau Trans Europe Halles. Qu’est-ce que ce réseau et comment a-t-il démarré ?  

En 1983, notamment sous l’impulsion de Fazette Bordage et Philippe Foulquié, cofondateur de la Friche la Belle de Mai, une réflexion collective émerge autour des friches. Iels ont été à l’origine de cette coopération européenne et des prémices du réseau, aujourd’hui devenu une ONG basée à Lund, en Suède. Quarante ans plus tard, 170 tiers-lieux et 350 représentant·es à travers l’Europe se sont rendu·es à la Friche pour discuter de nos enjeux communs, lors de cette 101e Conférence TEH. L’objectif du réseau est de tisser des liens pour partager nos récits, faire résonner notre voix jusqu’au cœur de l’Europe, et faire naître, ensemble, des projets qui nous rassemblent. 

Pour cette édition, placée sous le signe de « l’imagination sous contraintes : lieux culturels et limites planétaires », la redirection écologique était au cœur des discussions. Durant trois jours, l’événement a rythmé la vie du réseau à travers une grande plénière, de riches moments d’échanges formels et informels, ainsi qu’une multitude d’ateliers pratiques. Ce programme éclectique a notamment proposé des ateliers autour du faire ensemble, avec par exemple une création de cartographie radicale de nos espaces, ou un atelier participatif de mobilier urbain – des jardinières destinées à la place des horizons, avec le collectif Astérolide, spécialisée dans le design en réemploi de matériaux. Mais aussi de la prospective et de la cohésion : à travers des sessions de réflexion collective sur les enjeux futurs de la coopération culturelle européenne, et même des ateliers de danse pour fédérer la communauté de manière plus sensible. 

En quoi la SCIC de la Friche la Belle de Mai a-t-elle un rôle particulier à jouer dans cette communauté européenne de tiers-lieux ?  

Nous sommes assez observé·es, et beaucoup sollicité·es pour expliquer notre fonctionnement. Avec nos 35 ans d’existence, on peut raconter beaucoup de choses, à la fois en matière de gouvernance, de pérennité, que d’ancrage sur le territoire. Et il faut dire qu’aujourd’hui, Marseille bénéficie d’une nouvelle attractivité en Europe, et la Friche contribue sûrement à cette attractivité, autant qu’elle en bénéficie.  

De nombreux·ses membres venu·es assister à la conférence ont été surpris·es, par l’ampleur du site – 45 000 m2 de friche utilisable – mais aussi et surtout de la manière dont le projet est ancré dans le territoire. C’est vrai qu’au sein des murs de la Friche, on a une diversité d’audience, c’est un véritable lieu de vie, tout type de profils y circulent au quotidien : des jeunes viennent y danser, d’autres pour lire au café, des familles pique-niquent à côté du wagon jeu, des enfants font du sport au playground… L’effet ville dans la ville !  

Pour cela, ainsi que par le dynamisme de ses résident·es, son écosystème original, et son mode de gouvernance partagé, la Friche est “extraordinaire” dans le paysage culturel, national et européen.  

Visite de la Friche dans le cadre des rencontres Trans Europe Halles en avril 2026

Comment évoluent les enjeux liés aux friches et aux tiers-lieux ?  

Historiquement centrées sur la culture, les réflexions autour des friches urbaines s’articulent désormais également autour de la maîtrise d’usage citoyenne et des nouvelles dynamiques d’aménagement urbain. L’enjeu majeur est de co-construire une passerelle solide entre les habitant·es, leurs espaces de vie et les politiques des collectivités locales.  

Les négociations en cours pour définir le futur instrument financier européen rendent le rôle de notre réseau plus crucial que jamais : il s’agit d’unir nos voix pour peser dans ces arbitrages, défendre nos intérêts communs et réaffirmer la place des tiers-lieux dans la fabrique de la ville de demain !  

Cette mutation interroge directement la viabilité de nos modèles économiques : face à des ressources locales parfois contraintes, ces lieux s’inspirent de modèles résilients, souvent habitués à fonctionner avec peu ou pas de dotations institutionnelles. 

À l’échelle européenne, le programme Europe Créative, instrument de financement des projets culturels arrive à son terme. Les négociations en cours pour définir le futur instrument financier européen rendent le rôle de notre réseau plus crucial que jamais : il s’agit d’unir nos voix pour peser dans ces arbitrages, défendre nos intérêts communs et réaffirmer la place des tiers-lieux dans la fabrique de la ville de demain !  

Après trois ans de projet dans 9 pays, le projet Future Divercities a pris fin lors d’un événement à la Friche. Quels sont les apprentissages de ce projet ?  

Réunissant 13 partenaires européens dans 9 villes pilotes, Future Divercities a exploré le potentiel des espaces urbains vacants. À l’échelle de la Belle de Mai, cela s’est traduit par trois ans d’expérimentations au Jardin de Crimée à Marseille, un site délaissé qui a retrouvé une seconde vie grâce à l’implication de collectifs d’habitant·es. 

L’enjeu central de cette aventure résidait dans la gouvernance partagée des communs : comment tisser des liens solides entre les lieux, les citoyen·nes et les collectivités et quel(s) rôle(s) donner aux artistes, comme catalyseurs de ce dialogue ? La confrontation de ces problématiques dans ces contextes géographiques et culturels différents a fait de ce projet une expérience d’une incroyable richesse pour la Friche et ses partenaires. Nous espérons renouveler l’expérience prochainement ! 

Future Divercities au jardin de Crimée

Pourquoi vouloir développer des projets internationaux et quelle tonalité leur donner pour les années à venir ?  

Les projets internationaux permettent à la Friche de créer ces espaces laboratoire, propices à l’émergence d’idées et de coopération entre tiers-lieux. Nous souhaitons continuer d’expérimenter, chercher et créer ensemble, tout en renforçant notre ouverture vers les partenaires basés sur la rive sud de la Méditerranée, desquelles nous sommes très proches ici à Marseille, climatiquement, géographiquement et bien sûr, culturellement.  

En ce qui concerne Trans Europe Halles, la prochaine conférence aura lieu en 2027 à Kapeli, en Suède. Chaque année, nous organisons un format plus resserré de “camp meeting”. Cette année, il aura lieu à Basis en Italie en octobre, avec pour thématique “grinta” – la combativité.  

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