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Aujourd'hui samedi 17 oct.

Expérience(s)

Amine Hattou  

Par Grégoire Triau – Collectif La Friche
16 octobre 2026
© T.H.A

Le cinéaste algérien Amine Hattou était en résidence à la Friche dans le cadre du programme Baya, un dispositif de coopération culturelle entre l’Algérie, Paris, Marseille et Cassis, dont la Friche la Belle de Mai, l’AMI, Fræme et Triangle-Astérides sont partenaires. Il a poursuivi une recherche qui suit de près sa pratique cinématographique sur l’histoire et les archives algériennes. 

Peux tu décrire ton parcours et ton travail ici ? 

Je suis cinéaste, et je travaille beaucoup sur la mémoire collective. Pour la résidence j’ai proposé une installation qui est liée à un film en cours. Ce film s’appelle La Maison des Ombres, et il porte sur la ville de Laghouat et sur la mémoire du massacre qui a été perpétré par l’armée française. C’était en 1852, vingt-deux ans après le débarquement de 1830, en pleine conquête du Sud. C’est un évènement ancien, pour lequel il y a peu d’archives, mais il a des effets dans la mémoire collective qui sont encore sensibles, notamment dans les récits oraux et les légendes autour de cet endroit. Les ruines et les fantômes sont les traces et l’expression d’un traumatisme transgénérationnel, et mes personnages sont « contaminés, » touchés par cet évènement. Ce qui hante ce lieu dit des choses sur la colonialité, sur ce qui reste après le colonialisme, dans le quotidien, dans une forme de mal-être partagé. 

Je pars d’une hypothèse, et je vais la vérifier, comme dans un travail scientifique. Si elle ne tient pas, le film existe quand même. 

© Grégoire Triau
© Grégoire Triau

Comment envisages-tu les liens entre ce film et cette résidence ? 

L’installation est titrée « Opérations de classement. » Avec cette recherche je peux mettre des choses qui sont importantes mais qui n’auront pas leur place dans le film. Mes obsessions sont les mêmes. Seulement, il y a quelque chose de sensible dans l’installation que le cinéma n’arrive pas forcément à faire. 

Il s’agira d’une série de boîtes d’archives cotées, alignées sur une étagères, éclairées pour rendre un clair-obscur précis. À leur pied il y a du sable, qui semble filtrer des dossiers, et de petits transducteurs collés au dos des boîtes diffusent des prises de son captées sur place, une matière sonore organique. 

Le son entretien avec les fantômes un lien intime, c’est aussi ça qui m’a donné envie de creuser cette dimension, cette mémoire des lieux. En ancien berbère il y a un mot, « anza, » que l’on traduit par « son fantômatique » qui désigne le dernier soupir d’une personne sur le lieu de sa mort, et qui hante l’endroit.   

Je veux jouer avec le fait qu’il y a des zones d’ombres, y compris dans les archives, parfois rendues inaccessibles par l’administration. Ça me permet de donner une place au processus de recherche aussi, qui est important. 

Un film c’est une boîte où je range des fantômes.

Est-ce que le fait d’être à la Friche t’as permis de faire avancer ce projet, et en quoi ? 

J’ai pu accéder, avec l’appui de la Friche et de Fræme, aux Archives nationales d’outre-mer ; je suis aussi allé aux archives municipales. Ça m’a permis de comprendre la manière dont elles étaient classées, et décrites. C’est ce processus que je veux rendre sensible dans l’installation, pour souligner que les archives ne sont pas la vie. Pour autant, elles sont un élément important dans le deuil. 

Les fantômes sont aussi le résultat de confiscations et de prises de guerre : par exemple, il reste au Musée de l’Homme environ cinq-cent crânes de résistants algériens tués pendant ce qu’elle appelait les « expéditions. » La France en a rendu vingt-quatre en 2020 : la restitution est donc possible, elle a déjà eu lieu. Un de mes personnages demande aussi les clés de la ville de la Laghouat, gardées en France, ainsi que le retour des archives. Si celles-ci reviennent, je pense que le cercle sera fermé. 
 
Je suis touché par ce qui émeut, occupe mes personnages, et j’espère que mon travail permettra de trouver une certaine vérité, qu’il aura sa place dans le processus de deuil. 

DÉCOUVRIR LE TRAVAIL DE AMINE HATTOU
Instagram : @amine_hattou

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